ASSASSINAT A KINSHASA DU JOURNALISTE LOUIS
BAPUWA MUAMBA (ANCIEN DE « JEUNE AFRIQUE
ECONOMIE »): UN SIGNE AVANT-COUREUR DES
ASSASSINATS PROGRAMMES

La
Voix des Sans-Voix pour les droits de
l'homme (VSV) n'a cessé depuis plusieurs
mois d'attirer l'attention sur les menaces
sur la sécurité et la vie des candidats et
de la population congolaise en cette période
d'élections prévues en fin juillet 2006.
Aujourd'hui,
la VSV dénonce et
condamne l'ignoble assassinat de monsieur
Louis BAPUWA MUAMBA , ancien
journaliste à l'Agence France Presse (AFP),
au magazine « Jeune Afrique Economie » et
enfin indépendant publiant dans les journaux
dits de l'« opposition politique», notamment
« Le Phare » et « Le Potentiel » abattu ce
samedi 08 juillet 2006 vers 2h30 du matin
dans sa chambre par des hommes en tenue
militaire, à son domicile sis quartier
Malandi n° 31/C à Kinshasa dans la commune
de Matete.
C'est au
moment où le journaliste dormait dans sa
chambre qu'un groupe d'hommes armés non
autrement identifiés a fait irruption dans
la parcelle en frappant fortement à la porte
d'entrée.
Réveillé par
ces coups violents, monsieur BAPUWA KAZADI,
neveu de la victime, qui dormait au salon,
s'est rendu dans la chambre à coucher pour
prévenir son oncle. Ils décident alors de
s'enfuir en sortant par une autre porte à
l'arrière de la maison en vue d'escalader le
mur mitoyen et se mettre à l'abri.
Son neveu a
réussi à s'éloigner du lieu et se rendre au
sous-commissariat de la police dans les
parages pour solliciter l'intervention. Deux
policiers armés trouvés sur place acceptent
de le raccompagner.
Tandis que
le journaliste incapable de grimper le mur
sort par la petite porte derrière la
parcelle débouchant sur le « tunnel ». Il
est repéré puis rattrapé par trois
assaillants qui le ramènent dans la maison
sous menaces. Selon les témoignages recoupés
des voisins, M. Louis BAPUWA MUAMBA implore
les assaillants de prendre l'argent et de le
laisser en vie, mais il s'entend dire : «
nous sommes venus t'abattre ; sinon,
nous courons le risque d'être arrêtés
…».
Alors que
les deux policiers se dirigent vers la
maison du journaliste, quatre détonations
sont entendues dont deux tirées auparavant
pour dissuader l'intervention des voisins.
M. Louis BAPUWA MUAMBA est abattu de
deux balles qui l'ont atteint à la cuisse de
la jambe gauche .
Les
policiers arrivent trop tard, la victime
agonisant gît dans une mare de sang dans sa
chambre à coucher, après avoir tenté de
nouer vainement un garrot sur sa cuisse avec
une cravate. Son téléphone portable de
marque NOKIA est emporté ainsi qu'une
importante somme d'argent. Les autres effets
de valeur n'ont pas été touchés. Cette
opération macabre n'a duré qu'environ quinze
minutes. La victime laisse une veuve et
quatre enfants résidant en France.
Ce dimanche
09 juillet 2006, le domicile du journaliste
et ses alentours semblent sous surveillance
avec la présence d'inconnus qui se font
passer pour des visiteurs, qui contrôlent
d'une façon sournoise les allées et venues…
jusqu'à filer de vrais visiteurs. Comme pour
dire que le criminel revient toujours sur le
lieu du crime…
Il convient
de rappeler que le journaliste a été victime
d'une autre agression armée le 08 mars 2006
vers 2 h 45' de la part de cinq hommes en
uniforme munis chacun d'une arme de marque
FA. Ceux-ci avaient même maîtrisé et ligoté
les quatre occupants de la maison avant
d'emporter 850$ et cinq téléphones portables
et plusieurs autres effets.
Une plainte
contre inconnu qui a été adressée le même
jour aux commandants de la police de
district, de la commune de Matete et du
sous-commissariat de la Gare/Matete est
demeurée sans suite.
Dans la même
période, M. Louis BAPUWA MUAMBA a reçu trois
appels téléphoniques anonymes menaçants : «
Tu reviens encore ici au pays, tu
vas nous trouver sur ton chemin!
».
L'assassinat
de M. Louis BAPUWA MUAMBA coïncide avec la
publication de ses articles assez critiques
sur la gestion de la transition politique en
RDCongo dont le dernier en date : « Pourquoi
la transition est-elle bloquée au Congo ? »,
publié dans le journal « Le Phare » édition
n°2875 du jeudi 06 juillet 2006.
L'assassinat
du journaliste Louis BAPUWA MUAMBA rappelle
l'allergie de la composante politique
dénommée Parti du Peuple pour la
Reconstruction et le Démocratie (PPRD) qui a
expulsé lundi 03 juillet 2006 Ghislaine
DUPONT, journaliste et envoyée spéciale de
la Radio France Internationale (RFI) dont
les analyses critiques et profondes
relatives au processus de transition
politique en RDCongo sont redoutées par
certains acteurs politiques soucieux de se
cramponner à tout prix au pouvoir quel que
soit leur bilan de gestion en défaveur de la
population.
La VSV est
choquée de constater que la mort vient une
fois de plus frapper les professionnels des
médias huit mois seulement après
l'assassinat du journaliste Franck Ngyke
Kangundu , de la Référence Plus, lâchement
abattu en compagnie de son épouse, madame
Hélène Mpaka, par des hommes armés la nuit
du 03 novembre 2005 à son domicile à
Kinshasa / Ngaba.
Jusqu'à ce
jour, le procès n'a jamais été ouvert en
dépit de l'arrestation des présumés «vrais »
assassins.
Le choc est
d'autant plus grand que les autorités
publiques congolaises (ministre de
l'intérieur, sécurité et décentralisation,
bourgmestre de la commune de Matete…) ont
publiquement banalisé l'assassinat
en le considérant comme un
cas isolé d'insécurité et un problème
individuel et ce, à la révolte des
témoins et de la population.
Eu égard à
la mauvaise foi du pouvoir en place et la
persistance des rumeurs faisant état de
l'existence au sommet de l'Etat d'un plan
destiné à semer la terreur, la peur dans la
population et des candidats aux élections,
par la multiplication des attaques armées et
autres pour mettre en péril la vie et la
sécurité des personnes, la VSV réitère ses
inquiétudes et exige :
- La mise
sur pied d'une commission d'enquête
indépendante , composée, entre
autres, du gouvernement, de la Mission des
Nations Unies au Congo (MONUC), des
organisations de défense de la liberté de la
presse en vue de faire toute la lumière sur
l'assassinat prémédité du journaliste Louis
BAPUWA MUAMBA afin de procéder dans
l'immédiat à l'arrestation des auteurs et
leurs commanditaires;
-
L'organisation d'un procès juste et
équitable par une
juridiction indépendante sur
l'assassinat non seulement de M. Louis
BAPUWA MUAMBA, mais aussi du journaliste
Franck Ngyke et son épouse, Mme Hélène
Mpaka.
Tout compte
fait, la VSV est convaincue que sans cet
exercice de lutte contre l'impunité, il est
illusoire ou démagogique de garantir, durant
la période électorale, la vie et la sécurité
des opposants politiques, des journalistes,
des défenseurs des droits humains, des
syndicalistes, des avocats, des magistrats
indépendants…et autres militants de la
liberté, de la démocratie et de la justice.
Autrement,
il est exclu de prétendre résoudre le
problème chronique de sécurisation des
élections en RDCongo.
La VSV
invite le gouvernement à avoir un regard
positif, à vaincre sa peur manifeste envers
une presse vraiment indépendante, laquelle,
au lieu de constituer une menace contre un
candidat, est plutôt un atout précieux pour
le triomphe de la démocratie, bref la
réussite des élections en RDCongo en vue de
prémunir le pays de contestations
électorales majeures.
Fait à
Kinshasa, le 09 juillet 2006
LA
VOIX DES SANS-VOIX POUR LES DROITS DE
L'HOMME (VSV)