Sur
ordre d’une autorité non identifiée, des fonctionnaires de la DGM
(Direction générale des migrations) ont dépossédé ce député kivutien,
étiqueté pourtant AMP, de ses documents de voyage. Bitakwira pointe
un doigt accusateur en direction d’un certain «lobby» à l’origine du
charivari qui règne au sein de la Chambre basse. L’homme dit
craindre désormais pour son intégrité physique.Devant rendre visite à un membre de sa famille hospitalisé à Nairobi, au Kenya, le député national Justin Bitakwira, s’est présenté jeudi 19 mars à l’aéroport international de Ndjili afin de prendre son avion. Il est interpellé par des agents de la DGM. Ceux-ci prétextent de vérifier l’authenticité de son autorisation de sortie revêtue pourtant de la signature du président de l’Assemblée nationale. Plusieurs heures après le décollage de l’aéronef, un fonctionnaire vient lui signifier qu’il s’est agi d’un «mal entendu». Retour à la maison.
Vendredi 20, «Justin» se représente à
nouveau à l’aéroport. Le même manège recommence. A sa grande
surprise, tous ses documents de voyage sont confisqués par la DGM. A
savoir : le passeport, le billet d’avion ainsi que l’autorisation de
sortie délivrée par le président de l’Assemblée nationale, le PPRD
Vital Kamerhe. Motif invoqué par la DGM : «Nous n’avons pas encore
reçu un ordre contraire disant que vous pouvez sortir du pays». De
qui devrait venir cet ordre ? L’histoire ne le dit pas. Joint au
téléphone par un journaliste de radio Okapi, Bitakwira a laissé
entendre qu’il était placé sous la surveillance des éléments de la
«Garde républicaine», en fait la garde prétorienne de Kabila.Proche
de Vital Kamerhe, Justin Bitakwira, connu pour son franc-parler,
subit les «dégâts collatéraux» de la gué-guerre qui oppose les
«super faucons» de l’AMP-PPRD au numéro un actuel de la Chambre
basse.
Ce député a eu le courage – la témérité ?
– de vitupérer les errements de «l’autorité morale» de cette
coalition politique qui n’est autre que Joseph Kabila. Les propos
tenus par ce parlementaire ont manifestement déplu au «raïs»
qualifié par l’outrecuidant député de «chef d’Etat en
perdition».Agacé par toutes ces tracasseries indignes d’un Etat
démocratique, Bitakwira n’a pas trouvé des mots assez durs pour
dénoncer son infortune. «Je me demande dans quel Etat de droit
vivons-nous actuellement, s’est-il exclamé sur les ondes de radio
Okapi. Comme nous prenons de positions défendant la démocratie,
c’est sans doute le même lobby qui cherche à nous mettre en
quarantaine.» Bitakwira de s’étonner qu’une telle mésaventure arrive
à un parlementaire en fonction. «Si ce genre de situation peut
arriver à un député national, je me demande ce qui arriverait aux
simples citoyens. Je commence à avoir des craintes pour ma vie.»Sous
d’autres cieux, la situation que dénonce le député Justin Bitakwira
aurait constitué un scandale pouvant déboucher à une crise
politique.
Le ministre exerçant la tutelle sur la
DGM devait être interpellé pour fournir des explications sur cet
acte constitutif de violation flagrante de la Constitution. «Aucun
parlementaire ne peut, en cours de sessions, être poursuivi ou
arrêté, sauf en cas de flagrant délit, qu’avec l’autorisation de
l’Assemblée nationale ou du Sénat selon le cas», stipule l’alinéa 2
de l’article 107 de la Loi fondamentale promulguée le 16 février
2006 par … Joseph Kabila. «Les députés nationaux et les sénateurs
ont le droit de circuler sans restriction ni entrave à l’intérieur
du territoire national et d’en sortir», énonce, pour sa part, le
premier alinéa de l’article 109. «Joseph Kabila et les durs de son
entourage ont décidément une conception tyrannique de la
démocratie», commente, indiqgné, un député de l’opposition joint au
téléphone à Kinshasa.
Où va-t-on ?







