|
|
|
Bukavu la ville la plus insécurisée de la République Démocratique du Congo. Je viens vous relater, après recoupements, les graves événements qui se déroulent à Bukavu présentement et vous envoyer le message de Mgr l'Évêque Auxiliaire et Administrateur Diocésain y relatif.
Photo de la ville de Bukavu au Sud-Kivu. BACK GROUNDS: On se souviendra que depuis l'assassinat odieux du défenseur des droits humains, Pascal KABUNGULU d' "Héritiers de la Justice" par des hommes en uniforme et le procès qui s'en est suivi et qui fut interrompu brutalement, la ville de Bukavu a vécu pendant un temps une certaine accalmie. La population, rassurée par les promesses faites par le Chef de l'Etat Joseph Kabila dans son discours à la Place de l'Indépendance de rétablir la sécurité dans la Province et surtout d'installer son Etat Major à Bukavu a cru en des lendemains qui chantent. Avec quelle fierté les gens ne virent-ils pas le Président de la République se promener au volant de sa jeep sur les routes cabossées de la ville lors de sa deuxième venue, en toute quiétude! Pour les Bukaviens, rien ne pouvait plus leur arriver, car ils voyaient chaque jour arriver des soldats de la Garde Présidentielle, très courtois, rassurants... Puis, tout d'un coup, le Chef de l'Etat parti, l'Etat Major promis ne fut pas installé, et les vieux démons revinrent brusquement et comme par enchantement! La dernière semaine de mars devint un cauchemar pour la population! C'est comme si les "escadrons de la mort" qui écumaient la ville à la pire époque de la rébellion venaient de se réveiller brutalement comme pour dire à la pauvre population: "nous sommes toujours-là! Ne chantez pas victoire"! Sept assassinats ciblés en dix jours! Et le tout, selon le même scenario: une dizaine de soldats armés jusqu'aux dents et en uniforme cernent la maison, tiennent les voisins en respect, opèrent tranquillement chez l'infortunée victime, et avant de partir tirent à bout portant sur quelqu'un "en vue de laisser un mort sur terrain"! Le message semble être clair: traumatiser, traumatiser, faire peur! Les deuils et les cris de douleur de la population qui ne sait à qui se confier s'élèvent en une clameur immense! Pendant ce temps, on ne sait pas où se trouve l'autorité provinciale, qui visiblement ne maîtrise rien! Le pauvre Gouverneur est occupé à "faire respecter la loi" en allant personnellement faire "déloger par la force" un "pauvre" commerçant qui a eu le malheur de perdre un procès inique contre des gens puissants en argent à propos de la maison qu'il louait et qui a été vendue sans qu'on lui rembourse les frais de la réfection qu'il avait engagés! Pendant ce temps aussi, le garant de la sécurité au plan militaire, le commandant de la 10ème région militaire est sur le pied de guerre...il est occupé à prêcher (c'est un Pasteur!) et à traquer les "pauvres" officiers résistants Mai-Mai" réfractaires au brassage et à la nouvelle mise en place qu'il a effectuée et qui semble-t-il n'a pas plu à ces "civils déguisés en soldats" comme se plaisent à les appeler les "soldats de formation" qui perdirent naguère la guerre! Certains se retrouvaient en effet sous le commandement d'anciens officiers rebelles qu'ils avaient farouchement combattus naguère et qui, par la magie du "brassage" gagnaient tranquillement "les terres " qu'ils n'avaient pu conquérir par la force du temps de la rébellion! Comme on le sait, le brassage a été un cuisant échec au Sud-Kivu! Qui pourra jamais oublier le geste fou d'un ancien officier rebelle , le fameux SIMBA USSENI, tirant sur un pauvre commerçant et le tuant pour une histoire de prix de pneu mal convenu? Et entretemps des clameurs viennent du Sud-Sud, de la Plaine de la RUZIZI, dénonçant des "infiltrations massives" de soldats étrangers et hostiles! Tout le monde parle d'une Nième guerre en gestation pour empêcher les élections au Kivu...Rien n'est vérifié! Comme du temps de Mutebusi et Nkundabatware, on traite ceux qui donnent ces informations "d'alarmistes"! Tout le monde observe! La Monuc ne voit rien comme d'habitude: elle "observe"! Kinshasa est occupé par les querelles byzantines sur Minembwe, sur le partage des postes à la banque, à la DGI, par les querelles entre Olivier Kamitatu et son ex-ami le Chairman, par les dépôts des candidatures...Et pendant ce temps la toile se tisse! LE DEBORDEMENT DU VASE Les tireurs de ficelles ne s'y sont pas trompés: pour discréditer les promesses du Chef de l'Etat, il fallait créer l'insécurité! Les gens de Bukavu y sont sensibles: on leur en a fait voir de toutes les couleurs pendant les guerres! Et Bukavu est un miroir: dès qu'une opinion part de là, elle atteint tout le Congo! Ville "frondeuse" comme l'appelaient ironiquement les rebelles! Ville de la Résistance, ville patriotique, ville-phare de tout l'EST au plan politique! On commencera par tuer une étudiante (pour que les étudiants se révoltent), puis ce fut un commerçant (pour envoyer un message à ceux qui ont des sous) puis on a attaqué une paroisse catholique , et on y a tué la sentinelle (pour dire aux catholiques, "ce grandes gueules": "nous vous tenons à l'œil, vous les empêcheurs de faire la guerre tranquillos" ) et la série noire a continué! Puis, les gens, excédés devant le mutisme des autorités civiles et militaires, décidèrent de manifester leur ras-le-bol, pacifiquement! Une marche est alors prévue le Jeudi 06 avril. Elle est autorisée. Elle n'aura pas lieu. Car, entretemps des jeunes du quartier Cimpunda ont décidé de "filer" certains des bandits en uniformes après un forfait commis la nuit! Ils découvriront le repaire des bandits, le cerneront et s'empareront de quelques-uns qu'ils conduisent tout droit chez le commandant de la 10ème région militaire. Quelle ne fut pas leur surprise de voir qu'on relâchait ces hommes! Colère donc de la population le vendredi 07 avril matin contre l'impunité. La manif commence vers le Gouvernorat: le Gouverneur , intercepté sur la route de son office sera obligé de faire le reste du parcours à pieds et de bon cœur semble-t-il. Il tente de calmer la situation. Les choses se passent moins "amicalement" du côté de la 10ème région militaire! Les choses débordent: jets de pierres, invectives entre manifestants et soldats! On ne sait pas qui donne l'ordre, mais un soldat du nom de Salumu épaule son fusil et tire en plein dans la foule: la fillette Jeannette PENDO, élève en troisième secondaire au Lycée Wima tombe, tuée sur le coup! Débandade, tirs en désordre, barricades, pneus brûlés, pillages... les blessés s'accumulent: au soir de ce Vendredi-noir, on compte déjà quatre morts et une vingtaine de blessés éparpillés dans les différents centres de santé et hôpitaux proches. L'après-midi, les autorités réagissent: l'Evêque se rend personnellement sur le lieu de la manifestation pour appeler au calme. A 15hrs, se tient une réunion du Conseil Provincial de sécurité élargie à la MONUC: des décisions importantes sont prises pour faire face à la vague d'insécurité. On espère que le calme va revenir! Que non! Le même soir du vendredi, les bandits qui tiennent à en faire baver à tout le monde récidivent: ils attaquent un pauvre hère qui venait de morceler sa parcelle à MUHUNGU et qui en avait vendu un morceau pour payer les frais d'hospitalisation de sa femme qui venait de faire des fausses couches! On lui réclame l'argent, il le donne et on lui colle une balle dans le corps! La femme, les enfant reçoivent des balles partout! Le samedi tôt matin, les voisins prennent les corps inertes et tiennent à les faire défiler dans la ville avant l'enterrement! Les soldats surgissent, arrachent les corps et les emmènent à l'hôpital! Et le cycle infernal de tirs et de balles perdues recommence suivi de pillages et de lynchages....Voilà pour ce samedi 08 avril 2006. QUESTIONNEMENTS En politique, il n'y a pas de "génération spontanée"! Une action d'insécurisassions aussi systématique et ciblée ne peut être le fait du hasard! Il y a visiblement une "planification"! A qui donc profite le crime? Ou plutôt, qui en pâtit le premier ? Le crime ne peut profiter qu'à ceux qui auraient voulu empêcher le bon peuple du Sud-Kivu d'aller voter! Celui qui en pâtit le premier c'est le peuple et en second lieu, le Chef de l'Etat qui a promis de faire revenir la sécurité sur toute l'étendue de la Province. Le message lui est sans doute destiné: "vous ne changerez rien ici, monsieur! C'est notre terrain et nous y faisons ce que nous voulons"! N'a-t-on pas d'ailleurs vu , surgies de nulle part, des pancartes hostiles au Président kabila pendant la manif, chose impensable il y a quelque temps! Visiblement, les adversaires politiques de Joseph Kabila tiennent à montrer à ses futurs électeurs et au peuple de Bukavu qui l'adule que ses promesses sont vaines! De plus, on peut s'interroger sur le sens du retard mis au déploiement de la brigade intégrée qui devait suivre l'établissement de l'Etat-major du Chef de l'Etat à Bukavu! Qui a saboté l'opération et ce déploiement tant attendu par la population ? Pourquoi l'autorité provinciale n'a-t-elle pas pris la mesure du danger qui venait et comment n'a-t-elle pas interprété à bon escient la vague d'assassinats qui s'abâtait sur la ville? Comment expliquer la léthargie de l'autorité militaire qui aurait dû dès le point de départ essayer d'attraper un des bandits et le punir publiquement "pour l'exemple" comme faisait Mbudza Mabe ? Quelle est la cause de l'impopularité soudaine du commandant de la 10ème région militaire ? Pourquoi l'accuse-t-on de trahison et de connivence avec l'ennemi? Qui a donné l'ordre aux soldats de tirer à balles réelles sur les manifestants? Dans tous les cas, celui-là est passible de la cour martiale si pas du TPI! Toutes ces questions devront trouver une réponse! Et d'abord, il faut enterrer dignement nos morts, soigner les blessés, indemniser les victimes des pillages, détraumatiser les populations, punir les coupables... Mais l'enjeu reste celui-ci: QUI VEUT EMPËCHER LE BON PEUPLE DU SUD KIVU D'ALLER AUX ELECTIONS ? Celui-là, qui qu'il soit, ne fera pas reculer la détermination de notre peuple dans sa lutte pour la liberté et l'intégrité!
JB.Bahala Journaliste
|
Le Roi Leopold II - Genocide au Congo
|