| La République démocratique du Congo
(RDC) est officiellement entrée en campagne dans la nuit de jeudi à
vendredi pour des scrutins présidentiel et législatifs historiques, qui
seront un test crucial pour la paix dans l'ex-Zaïre et la stabilité dans
la région des Grands lacs.
Le 30 juillet, 33 candidats s'affronteront au premier tour de la
présidentielle et 9.707 aux législatives (un seul tour). Plus de 25,6
millions d'électeurs seront appelés à se prononcer dans les quelque
50.000 bureaux de vote répartis à travers un pays grand comme l'Europe
occidentale.
Ces élections, qui seront suivies de scrutins provinciaux et locaux,
doivent mettre un terme à une fragile transition politique initiée en
2003 en RDC après une guerre régionale de près de 5 ans.
A quelques heures du lancement officiel de la campagne, la plus
grande confusion régnait dans les états-majors politiques, certains
partis ayant déjà donné le coup d'envoi de leur campagne, d'autres
réclamant la tenue de concertations politiques sur le processus
électoral, certains menaçant même d'entraver son déroulement.
"La campagne officielle débute ce soir à minuit et s'achève 24 heures
avant les scrutins", a déclaré jeudi matin le président de la Commission
électorale indépendante (CEI), l'abbé Apollinaire Malu Malu, pour
dissiper tout malentendu.
Mais à Kinshasa, le plus vieil opposant congolais, Antoine Gizenga
(80 ans), a lancé sa campagne devant un millier de sympathisants,
appelant à voter "pour le candidat le plus sûr, le plus sage et
expérimenté" pour permettre à la RDC de "retrouver le chemin du
progrès".
A Goma (est), des policiers ont arraché les affiches d'un candidat à
la députation sur ordre de la CEI, qui a finalement annoncé qu'elle
renonçait à contrôler les affichages sauvages compte tenu de la
confusion générale.
Outre celui de Gizenga, aucun meeting n'a été annoncé jeudi ou
vendredi, et aucun des candidats à la présidentielle n'a fourni d'agenda
de campagne.
"La campagne va durer un mois. Si on part trop vite, on va tous
s'essouffler", a commenté le conseiller en communication d'un candidat,
sous couvert d'anonymat.
Très attendues par les Congolais, dont l'immense majorité n'a jamais
voté, ces élections sont placées sous la haute surveillance de plus de
50.000 policiers congolais, de 17.600 Casques bleus de la Mission de
l'Onu en RDC (Monuc) et de quelque 1.200 soldats européens.
Ce dispositif est destiné à éviter tout dérapage du processus alors
que l'affiche présidentielle est largement occupée par les
ex-belligérants.
Le premier d'entre-eux est l'actuel président de RDC, Joseph Kabila,
arrivé au pouvoir en 2001 après l'assassinat de son père, Laurent-Désiré
Kabila. A 35 ans, ce jeune chef d'Etat se targue d'avoir ramené la paix
dans un pays au bord de la partition et d'avoir tenu sa promesse de
conduire le peuple congolais aux élections.
Il devra affronter les ennemis d'hier, dont les ex-chefs rebelles et
actuels vice-présidents de RDC Jean-Pierre Bemba et Azarias Ruberwa, des
mobutistes récemment revenus sur le devant de la scène politique (dont
Nzanga Mobutu, un des fils du dictateur zaïrois, et Pierre Pay Pay,
ancien gouverneur de la banque centrale), ainsi que quelques opposants
se prévalant de n'être ni des guerriers ni des dignitaires du régime de
Mobutu.
Face à l'éparpillement des candidatures, plusieurs plate-forme
politiques ont récemment vu le jour et devraient polariser la campagne
autour de quelques grandes formations, dont celles de MM. Kabila et
Bemba qui comptent respectivement 31 et 23 partis.
Après une pré-campagne marquée par une augmentation des atteintes aux
libertés de la presse et le développement de discours haineux, l'Onu a
appelé mercredi les candidats au respect d'un "code de bonne conduite"
pour ces scrutins visant à la "réconciliation nationale".
source AFP |