Nick Miles et Xavier Kreiss
BBC World Service
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| Les tracts de la Monuc: un
"bombardement" pacifique
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Les électeurs congolais seront bientôt consultés, dans le cadre d'un
scrutin présidentiel pluraliste, le premier du genre depuis quatre
décennies. Mais dans l'est du pays, les milices sont toujours
actives, semant la terreur et la destruction. La force de maintien
de la paix de l'ONU (la Monuc) tente de les convaincre de déposer
les armes. Les Casques Bleus sont prêts à faire usage de la force,
mais l'information est aussi une arme puissante.
Reportage de Nick Miles, qui s'est rendu dans la région.
Un hélicoptère aux couleurs de l'ONU survole la
dense forêt tropicale. Dans l'appareil, des hommes ouvrent des boîtes en
carton contenant des liasses de prospectus. Au moment où ils passent
au-dessus d'un village, ils ouvrent un hublot etjettent leurs poignées
de tracts.
Chaque bout de papier contient un message simple,
en swahili et en kinyarwanda, la langue principale parlée au Rwanda :
"civils ou combattants, d'ici ou d'ailleurs, vous êtes priés de vous
rendre dans les cntres d'accueil de la Monuc. Nous assurerons votre
sécurité."
Terrain difficile
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| Les miliciens désarmés reçoivent des
ustensiles de cuisine et des transistors |
L'invitation s'adresse à la milice du Fdlr, forte d'une dizaine de
milliers d'hommes, regroupés pour la plupart dans une forêt à une
centaine de kms de Goma, à la frontière entre la RDC et le Rwanda.
Le "noyau dur" du FDLR est consituté de
Hutus issus des milices Interahawe, qui avaient été activement mêlés au
génocide rwanbdais de 1994.
"Ce terrain, avec ses collines aux pentes escarpées
et ses forêts, rappelle celui du centre du Vietnam", déclare Ramon
Miranda Ramos, un des responsables du programme de démobilisation de la
Monuc, qui ajoute : "il est hors de question que nous puissions
remporter une victoire militaire ici."
Un centre d'accueil
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| Des milliers de miliciens ont déjà déposé
les armes |
L'alternative, selon lui, est de "convaincre les membres des milices de
mettre fin à leur action, de leur faire comprendre que vivre en forêt,
comme on dit, ce n'est pas vraiment vivre."
Le but est d'attirer les miliciens dans des centres
d'accueil comme celui qui a été mis sur pied sur une colline près de
Minova, à deux heures de piste de Goma.
Dans une ferme, non loin du poulailler et de la
porcherie, deux hommes sont assis dans une cabane et bois. Devant eux,
un émetteur-récepteur radio.
Les deux hommes se relaient au micro, et leurs voix
sont diffusées aux alentours, dans un rayon de 50 kms environ. "Pour
l'instant", précise Ramon Miranda Ramos, "nous expliquons que nous
sommes là pour permettre aux miliciens de retrouver une vie meilleure,
nous soulignons qu'ils n'ont aucun avenir dans la forêt".
Et si l'opération ne donne pas les résultats
espérés, ajoute le responsable de la Monuc, "alors nous diffuserons des
messages attaquant personnellement les dirigeants des milices, pour
saper le soutien dont ils bénéficient".
Succès du programme
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| Miliciens du Fdlr: "un danger pour la
population" |
Le FDLR est l'une des principales milices
actives dans la région, mais il n'est pas la seule. On y trouve aussi
les Mai Mai, un groupe moblisé par le gouvernement de Kinshasa en 1998.
Les deux milices sont accusées d'un nombre
important d'atrocités contre la population civile, et notamment de
milliers de viols.
"Ces groupes sont un danger pour la population"
déclare le chef de la Monuc, Jean-Marie Guéhenno. Mais il reste
optimiste: "je pense que si la volonté politique est là, nous pourrons
organiser des élections crédibles dans toutes les régions en juin
prochain".
Et les anciens membres des milices sont
effectivement de plus en plus nombreux à se présenter dans les centres
du programme de démobilisation de l'ONU. Durant l'année écoulée par
exemple, un millier de combattants du Fdlr ont ainsi déposé les armes.
Reprendre sa vie
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| Miseke Fungan veut rentrer chez lui
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Des hommes comme Miseke Fungan, que notre correspondant a rencontré au
centre de démobilisation de Goma, tenant à la main un vieux fusil
d'assaut AK47. L'arme n'a pas tardé à être jetée sur une pile qui en
contenait déjà des centaines, appelées à être détruites.
Miseke Fungan a affirmé qu'il avait fui le Rwanda
il y a douze ans craignant pour sa vie. Mais il estime que les
conditions de sécurité sont aujourd'hui assez bonnes pour lui permettre
de rentrer enfin chez lui.
"Nous avons vécu dans des conditions épouvantables", déclare le jeune
homme, qui maintenant ne veut qu'une chose: "rentrer retrouver ma
famille et reprendre ma vie".
Comme tous les anciens miliciens que notre
correspondant a rencontrés, Miseke Fungan dément avoir été témoin
d'atrocités ou en avoir commis. Et Ramon Miranda Ramos souligne que sa
mission n'est pas découvrir qui a fait quoi, mais de "faire sortir les
gens de la forêt, les désarmer, et les renvoyer chez eux".
"C'est aussi simple que ça" poursuit le responsable
de la Monuc, "ce pays a besoin de sécurité, d'abord et avant tout".
Mise en garde
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| En route pour la frontière rwandaise
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Miseke Fungan et une trentaine d'autres hommes ont
été placés dans des camions, en partance pour la frontière rwandaise.
Depuis un an, près de deux mile anciens miliciens ont été rapatriés de
la sorte.
Mais avant de partir, Miseke Fungan avait un
message d'avertissement pour la Monuc: "les gens qui se présentent dans
les centres sont ceux qui voulaient rentrer chez eux depuis un certain
temps déjà".
"Mais il y en a beaucoup qui ne se laisseront pas
faire".
Source: www.bbc.co.uk
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