Accueil Informations Forum Galerie Contacts

 

 

Rubriques

La une
Documents du parti
Politique nationale
Nouvelles de Kinshasa
Nouvelles des provinces
Actualités africaines
Politique internationale
Analyse
Sports et loisirs
Courriers des lecteurs
Archives
Liens
Galeries photos

illustration infos

La guerre électorale congolaise et ses conséquences
 
Par Professeur Kä Mana
Philosophe et théologien congolais
 
Grâce à l’intervention du Cardinal Etsou sur les ondes de RFI, le monde entier connaît maintenant ce que nous appréhendions dès les premiers instants du déclenchement du processus électoral dans notre pays. A savoir que l’orchestration incohérente du scrutin présidentiel conduirait la nation à une vaste escroquerie, avec le risque de plonger de nouveau le pays dans le chaos.
 
LES RISQUES D’UNE MASCARADE ELECTORALE
 
La commission électorale semble se laisser manipuler par nos politiciens. Aux yeux de beaucoup d’entre nous qui ont suivi de près l’élection du 29 octobre dernier, elle valide des résultats sans commune mesure avec la réalité.
Malgré les explications maladroites et alambiquées du président de cette commission, l’Abbé Malu Malu, pour justifier des anomalies injustifiables et des fraudes manifestement pensées, planifiées et froidement exécutées par les forces du pouvoir, il est difficile de croire que le scrutin congolais a été équitable, clair, équilibré et sérieux dans son déroulement.

Au mieux, on peut considérer ce scrutin comme le résultat malheureux d’un sous-développement politique. L’état d’une nation dont les politiciens n’ont aucune idée de leurs responsabilité s. Un pays où les partis en compétition n’ont aucun sens des intérêts supérieurs de la nation. Où le peuple s’agite à partir des émotions chauffées et embrasées par les bonimenteurs de la propagande. Où la communauté internationale brille par son aveuglement et sa partialité. Et où, dans l’ensemble, la politique n’a de vraie politique que le nom.

Au pire, nous assistons à un véritable coup d’Etat électoral : une sorte de continuation de l’invasion militaire qui nous est venue de l’Est, avec des hommes dont nous comprenons maintenant qu’ils considèrent notre pays comme un butin de guerre à défendre par tous les moyens, licites ou illicites. Ce hold-up électoral n’est pas celui d’un seul homme, l’actuel président de la République. Il est perpétré par un système dont Joseph Kabila n’est qu’un maillon, sans doute pas le plus fort ni le plus nuisible. Avec ses acteurs de l’ombre, ses maîtres-penseurs, ses agitateurs patentés et ses tueurs à gages, ce système a gauchi, perverti, anéanti et décrédibilisé un processus électoral qu’il a transformé en guerre électorale, alors que nous avions pour une fois chez nous l’occasion de montrer, comme le Bénin, le Cap-Vert ou le Botswana l’ont fait, que nous sommes un peuple capable de prendre ses responsabilité s devant l’histoire.
Faute d’avoir foi dans les résultats que la commission dirigée pat l’abbé Malu Malu proclamera bientôt, nous savons clairement maintenant que nos élections n’ont aucune valeur démocratique. Elles ne rendent compte ni de la volonté réelle de notre peuple, ni de la géographie politique globale du pays, ni des aspirations les plus profondes de chaque citoyen et de chaque citoyenne sur notre sol. Détournées de leur sens par ceux qui veulent le pouvoir à tout prix, elles étalent aux yeux du monde l’image d’une Afrique avec laquelle il est urgent de rompre : l’Afrique des nègres sans capacité de prendre eux-mêmes en charge les rênes de leur destinée, des nègres formatés pour se soumettre aux forces internationales de l’ombre, aux pouvoirs néocoloniaux et aux stratèges véreux d’une mondialisation pour laquelle le Congo, malgré ses atouts naturels et humains, ne serait qu’un vaste réservoir de richesses pour des prédateurs aguerris. Le gouvernement du pays ne serait ainsi que l’incarnation et l’expression de la volonté des forces mafieuses, des puissances économico-financieres occultes ou des réseaux mondiaux d’entrepreneurs au service de leurs Etats.
C’est évident, la montagne de l’élection présidentielle va accoucher d’une souris : un président sans légitimité ni réelle liberté d’action. Un chef d’Etat qui, s’il n’y prend garde, ne pourra régner que par le crime, les tueries, les intimidations, dans un système de terreur face auquel il faudra bien que notre peuple élabore des stratégies de résistance et de lutte, comme nous l’avons déjà fait contre le système mobutiste et celui de Laurent-Désiré Kabila.
Avec un tel président, il n’est pas possible de lancer pour la nation une véritable politique de sortie de crise ou de promotion d’un développement à la hauteur de richesses immenses dont notre pays est doté. Forcé d’asseoir son pouvoir au sein d’une population dont une vaste frange lui sera hostile, il devra mettre en pratique le célèbre adage : «Qu’ils me haïssent, pourvu qu’ils me craignent». Les armes lui serviront alors d’instruments politiques. Le service de renseignement et le système de surveillance permanente de son propre peuple lui deviendront un socle et un bouclier. Il aura peur tous les jours et s’entourera d’une garde prétorienne impitoyable. Il assassinera les opposants à son régime et s’entourera d’une cour de proches qui le couperont de la nation. Il n’aura confiance qu’en ces proches et se tournera vers des réseaux étrangers pour sa propre sécurité.
Son gouvernement s’attachera plus à gérer la peur qu’à construire une espérance par une politique économique, sociale et culturelle crédible. Ce sera un gouvernement de militants et de défenseurs d’intérêts particuliers. Le système enrichira ses partisans et ses zélateurs au lieu d’être un pouvoir d’action, d’initiative et de dynamique créatrice au service de la nation.
 
LES TENTATIONS FACILES
 
Face à un tel système, je sais que la tentation sera soit de pousser le gouvernement à coopter les opposants pour partager le «gâteau» national avec eux, dans le cadre d’une politique du ventre intelligemment conduite, soit de basculer dans une résistance armée et de provoquer ainsi un chaos qui rendrait le pays à jamais ingouvernable. C’est à cela qu’on veut acculer Jean-Pierre Bemba. Mais l’histoire de notre pays a déjà connu ces stratégies. Et nous savons qu’elles ne donnent rien donné de fécond. Elles nous ont affaiblis, elles nous ont crétinisés et elles nous ont livrés à la prédation étrangère dont nous payons le prix jusqu’à ce jour.
Quand je vois la manière dont la contestation des résultats de l’élection présidentielle commence à s’organiser, je sens que le chef de l’Etat qui se considère déjà comme l’élu légitime, sera forcé de recourir à des stratégies de ce type:
- acheter les leaders de l’opposition, avec l’aide de la communauté internationale dont il est manifestement le «produit» ;
- anticiper sur les risques de guerre en arrêtant tout de suite les opposants après la proclamation des résultats des élections ;
- ou laisser la guerre se déclencher et forcer par là les armées étrangères à intervenir pour écraser la rébellion.
Il se peut qu’il mette ses trois stratégies en synergie pour devenir le chef incontesté et incontestable, sans aucune opposition en face de lui. Ses réseaux internationaux l’aideront alors à asseoire une nouvelle dictature tropicale, à devenir un nouveau Roi nègre sans politique humaine ni perspective de développement réel pour son peuple. Il sera alors un nouveau petit Mobutu Sese Seko ou un nouveau petit Laurent-Désiré Kabila. Son pays sera de nouveau formaté pour servir les intérêts géostratégiques de grandes puissances, jusqu’au jour où, comme Mobutu et Kabila, le président périra dans le déshonneur et l’oubli.
Voilà à quoi nous aurons conduits les élections. Fallait-il tant d’efforts consentis, tant de sang coulé, tant de négociations toujours recommencés et tant de moyens financiers pour aboutir à un tel système? Notre peuple aura-t-il investi tant de souffrances, tant d’espérances, tant d’abnégations pour que nous nous trouvions avec un président qu’un processus électoral douteux aura rendu illégitime et condamné à recourir aux méthodes de dictature féroce pour pouvoir tant soit peu gouverner ? Avons-nous voulu sortir de la transition pour nous replonger dans un néo-mobutisme incohérent ou un dans néo-kabilisme guerrier ? Faudra-t-il que les déflagrations des armes deviennent le mode quotidien de la politique chez nous, avec chaque fois un chef d’Etat obligé d’utiliser son armée pour mater des résistants et un chef d’opposition dont le domicile serait un champ de guerre permanent ?
Notre nation mérite mieux et notre peuple a besoin d’une stabilité politique fondée sur la confiance en ses dirigeants.
 
QUE NOUS FAUT-IL FAIRE ?
 
Je sais que le camp de «vainqueurs» prépare déjà la fête de la «victoire» et tisse les stratégies de neutralisation des «vaincus». Je sais que les «vaincus», eux, se préparent à leur nouveau destin : soit à être achetés par les «vainqueurs», soit à être le plus rapidement possible emprisonnés au nom de la sécurité de l’Etat, soit à se condamner à l’exil, soit à entrer de nouveau dans le maquis. Cette situation nous conduira tout droit vers un nouveau chaos. Si l’Etat à de l’argent à dépenser face à la paupérisation absolue de notre peuple, il n’a pas à le mettre dans des cérémonies d’intronisation délirante au bout d’un processus électoral tout aussi délirant. Si l’opposition a encore de la passion pour notre pays et qu’elle pense que nous avons encore un avenir, il ne sert à rien qu’elle nous conduise à la guerre, au chaos ou à la trahison des idéaux pour lesquels elle est allée aux élections. Les plus lucides parmi nous savaient que les dés étaient pipés dès le départ dans notre processus électoral. Nous savions que nous aurions un président imposé de l’extérieur, nommé par des pouvoirs étrangers pour des intérêts économiques et géostratégiques précis. Ne faisons pas semblant de découvrir aujourd’hui ce que nous savions déjà. La seule chose de nouveau que nous savons maintenant, c’est l’existence d’une vaste frange de notre population qui veut une autre politique et un autre destin pour notre pays. Il convient de prendre toute la mesure des attentes de cette frange et d’organiser dès maintenant un mouvement d’action qui refuse la violence et la guerre, en vue de lancer des dynamiques locales de développement profond, réellement portées par nos populations pour changer nos conditions de vie. Notre vrai problème n’est pas de nous enfermer dans les manœuvres politico-politicien nés qui risquent encore de faire couler beaucoup de sang pour rien sur notre sol. J’attends qu’un leader se décide aujourd’hui à fédérer autour de lui les aspirations profondes de nos peuples à l’échelle locale. J’attends aussi que des leaders locaux se décident à entrer dans cette dynamique nouvelle.
Joseph Kabila Kabange est encore jeune : il n’a aucun intérêt à devenir un dictateur haï par son peuple et protégé seulement par les intérêts étrangers sur notre sol. Il sait comment il est arrivé au pouvoir et de quelle manière douteuse il aura été «élu». Il a donc le temps de comprendre qu’il gagnerait à être le garant d’une politique qui libère les énergies d’initiative du peuple pour un développement porté par toutes les forces vives du pays. Au lieu de faire de sa mouvance présidentielle le mouvement d’une politique opportuniste complètement destructrice, il devra la transformer en une énergie fertile pour changer en profondeur le pays, à partir de la base. C’est sa seule chance de devenir un jour un homme d’Etat digne de ce nom. Jean-Pierre Bemba n’a pas non plus intérêt à nous plonger dans une nouvelle guerre. Il est jeune et il a son avenir politique avec lui. Il pourra, s’il arrive à fédérer longtemps autour de sa personnalité tous ceux et toutes celles qui veulent un autre Congo, gagner un jour en maturité humaine et en crédibilité. Il adoucira son tempérament et pourra remporter loyalement les élections. Il deviendra alors le chef d’Etat qu’il rêve d’être depuis longtemps. Il pourra à ce moment-là montrer de quoi il est capable comme président de notre pays. Pour le moment, il a la possibilité d’être un réel chef de l’opposition, qui rassemble autour de lui les personnes capables d’animer partout sur le territoire national une politique de développement local et solidaire. C’est sa seule chance d’être un leader de confiance.
Il est donc complètement inutile pour Kabila de vouloir se débarrasser physiquement ou politiquement de Bemba comme il cherche à le faire depuis longtemps. De même, il est ruineux pour Bemba de vouloir affronter par les armes le système meurtrier qui a mis Kabila au pouvoir. Nous avons déjà eu Lumumba et Mulele comme martyrs. Nous ne devons pas ajouter Bemba à la liste. De même, nous avons déjà eu Mobutu et Laurant-Désiré Kabila comme monstres politiques et dictateurs sanguinaires. Il ne faut pas que Joseph Kabila Kabange s’ajoute à la liste. Le pays a mieux à faire.
 
Le Potentiel Edition 3880
du Jeudi 16 Novembre 2006


 
    
 Nos partenaires

www.digitalcongo.net
www.africatime.com
www.allafrica.com
www.lepotentiel.com
www.rfi.fr

Écoutez en direct les Radios internationaux à travers notre site.

Bienvenu sur le site de la CEI

> Afrique: les journales d'Afrique sur RFI.

-La Voix de l'Amérique ▪ FrenchLe Monde Aujourd'hui 
 
- Africa N°1
- BBC journal audio
- CFI TV
RADIO-GUINEE.COM

L'ACTUALITÉ INTERNATIONALE
- CNN
- L'Express
- Liberation
- Le Monde
- New York Times
- La Croix
- France 2 : JT de 13h

Multimédias
- Radio Okapi
- Top Congo     

- France 2  
- TF1

Le Roi Leopold II - Genocide au Congo