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Joseph KABILA, "le Congo va surprendre". Une interview intéressante. Par Le Potentiel. Le lendemain de la proclamation des résultats provisoires des élections présidentielles, Colette Braeckman a eu un échange intéressant avec Joseph Kabila. Au cours de cette interview, kabila a identifié cinq chantiers auxquels l’action du prochain gouvernement pourrait se consacrer prioritairement ; s’il arrivait que la Cour Suprême de Justice juge les recours de son challenger, Jean-Pierre Bemba Gombo, non-fondés. Ces cinq chantiers sont : les infrastructures (routes, rails, ponts), la création des emplois sur fond d’investissements, l’éducation, les énergies (l’eau et l’électricité) et la santé. Ces chantiers classiques sont, pour Joseph Kabila, la priorité des priorités dans « la reconstruction et le développement (du pays) sur base d’un nouveau consensus ».
S’il y a des points positifs à relever dans cette interview, il est important de souligner qu’ils font partie des promesses. Par exemple, pour la réalisation des priorités susmentionnées, Joseph Kabila pense que « nous allons compter d’abord sur nous-mêmes. Mobiliser davantage nos ressources, nos recettes. » Il estime que sa gestion de la res publica ne va pas reproduire « ce qu’on a vécu pendant la transition. Il faut remettre le pays sur les rails, et pouvoir sanctionner les gens. » Il promet qu’il va exiger un autre partenariat avec « les pays amis » de façon qu’il n’y ait plus « une structure au-dessus de nous tous», qu’il va combattre la corruption et instaurer la rigueur, la discipline ; « car sans la discipline, on ne peut pas construire une nation ». Sur ce point précis, il partage les mêmes vues que le Palu. Il promet la liberté d’expression et garantit à l’opposition qu’elle jouera son rôle. « Mais, ajoute-t-il, nous n’allons plus accepter les débordements que nous avons connus avant et pendant la campagne électorale. Nous allons recourir aux ressources de la loi, des tribunaux. Nous avons les moyens de sévir, de remettre de l’ordre. » Il a lancé un appel à la diaspora congolaise : « Venez participer à la reconstruction, il y a de la place pour tout le monde, et la liberté d’expression, la sécurité de tous seront garanties. » Il croit, dur comme fer, que le temps du « partage équitable et équilibré du pouvoir », qui définissait la transition, appartient à une époque révolue. Le temps du «partage du gâteau », c’est fini. Plus jamais ça… Attention : ceux qui entreront dans ce gouvernement avec l’idée de se faire beaucoup d’argent risquent de finir en prison. C’est clair, la justice se saisira de leur cas… Pour redresser le Congo, il faudra être sévère, et les Congolais vont être surpris. » En effet, cette interview est pleine de déclarations de bonnes intentions. Et elle est révélatrice de bien des choses. UNE INTERVIEW REVELATRICE La transition a été, pour les gouvernants provisoires, un temps du « partage du gâteau ». Le gouvernement qui a géré le pays pendant cette période a été « un gouvernement de compromis, sinon de compromission… ». Mais peut-on, dans cet ordre d’idées, s’attribuer à soi-même les mérites de ce gouvernement ? « A l’époque, je m’étais engagé à réunifier ce pays, dit Joseph, et c’est chose faite. J’avais promis la pacification, et c’est chose faite (…) ». Donc, il y aurait eu un compromis sur le «partage du gâteau » et non sur les fonctions régaliennes d’un Etat, sur la réalisation des objectifs à lui assignés par l’Accord dit global et inclusif ! Jusqu’où est-il allé dans « la compromission » ? Quelle a été la nature du «gâteau partagé»? Quelle a été la part de la population dans tout ça ? La souffrance. « Elle a dû faire beaucoup de sacrifices, supporter beaucoup de bêtises, de 1990 jusqu’à ce jour, affirme Joseph Kabila. » Donc, pendant que les gouvernants provisoires «se partageaient le gâteau», nos populations étaient appelées à consentir des sacrifices ! Ils vont encore en faire parce qu’elles ne seront pas associées dans l’équité à la reconstruction du pays : elles devront subir un maître ayant à sa disposition les moyens de sévir ! « Pour redresser le Congo, avoue Joseph Kabila, il faut être sévère, et les Congolais seront surpris », à l’exception de leur probable futur président ! Avouer d’une part que le gouvernement de la transition était « de compromis » et même de «compromission », qu’il a commis « des bêtises » que la population a supportées sur l’autel du sacrifice et vouloir d’autre part nous convaincre que, pendant cette période, « beaucoup d’écrits ont été injustes et scandaleux, mais (qu’il) faut comprendre qu’ils appartiennent à la mentalité de la deuxième République, qui était celle du mensonge, de la manipulation, des antivaleurs…), est-ce cohérent ? « Les bêtises » et « les compromissions » ne sont-elles pas à classifier dans les antivaleurs ? Quelle a été leur nature ? La justice pourra-t-elle « sévir » demain pour réparer les dommages causés à nos populations à cause de « ces bêtises », de « ces compromissions» et du « partage du gâteau » ou la grâce présidentielle remettra le compteur à zéro pour offrir aux nouveaux prédateurs une nouvelle chance ? La justice sera-t-elle pour nous garante de la bonne gestion de demain ou il nous faudra être associés à tous les niveaux de cette gestion parce que nous ne voulons plus être tournés en bourriques par les carriéristes-mangeurs au tube digestif trop long ? Dans les propos de Kabila, il se situe au dessus de la mêlée et ne prend pas en compte la nouvelle configuration de la géopolitique du Congo. Il ne nous semble pas avoir perçu une seule allusion faite au pouvoir décentralisé de la base. Tout est ramené à lui et à son futur gouvernement. Et rapprocher le gouvernement du peuple signifie tout simplement, pour Joseph Kabila : « Aller m’installer dans chaque province pendant un mois au moins, avec tout le gouvernement ». Se souvient-il qu’il avait promis d’aller installer son quartier général à l’Est pour longtemps et qu’il ne l’a fait que pour quelques jours. Une autre promesse est qu’il veut faire du Congo une Chine de 2011. « Pour moi, le Congo c’est la Chine de demain, dit-il. » C’est grave ! Pourquoi ? Parce que la Chine n’est pas un modèle de démocratie. L’Occident qui coopère avec elle aujourd’hui fait passer les relations marchandes avant le respect des valeurs liées aux droits de l’homme. Donc, discipliner les Congolais (es) demain impliquera que leurs droits élémentaires soient foulés au pied. Pour preuve, dans cette première interview de Kabila, en dehors de la liberté d’expression, aucune allusion n’est faite au respect des droits de l’homme ! Aussi, « a-t-on remarqué que la puissance de la Chine et son auréole sont totalement moulées dans le mimétisme de la puissance américaine » et cela à travers un double mimétisme ? «Un mimétisme idéologique tout d’abord : sans le dire ni crier sur le toit, la nouvelle Chine s’inscrit dans la logique du libéralisme mondialiste et de l’économie du marché, loin, très loin de l’idéologie marxiste et maoïste qui lui servaient de socle politique il y a quelques décennies encore. Elle n’a d’autre horizon que l’ordre néolibéral qu’elle masque sous le fallacieux projet d’une économie socialiste du marché. » Ensuite, «un mimétisme d’ambition : la Chine veut être une grande nation selon le modèle américain d’hégémonie et de conquête commerciale et financière du monde. Elle cherche par tous les moyens à être compétitive et hégémonique afin de devenir la nouvelle puissance des puissances, le nouveau phare géopolitique et géoéconomique des nations. » Donc, Kabila se trompe de modèle ou son modèle se situe en marge des efforts à conjuguer ensemble pour un bonheur collectif partagé. Car, la Chine, « à travers ce double mimétisme (…) s’inscrit d’ores et déjà dans une logique précise : celle de la violence dominatrice et d’une guerre politico-économique lente et ouverte contre les maîtres actuels de la terre. En fait, la grandeur de la Chine est une grandeur dangereuse, comme fut dans le temps la grandeur de l’Union Soviétique qui infligea au monde une longue et douloureuse guerre froide, économiquement ruineuse et géo-stratégiquement destructrice. » (Cfr KA MANA, Ethique, puissance et grandeur des nations, dans Congo forum) Pourquoi l’Afrique d’avant la colonisation et la traite négrière privilégiant les petites communautés de base (les tutunga) où la palabre et la participation de tous et de toutes à la chose publique corrélées au contrôle de tous par tous n’inspirerait-elle pas notre chef probable de demain ? Il y aurait, dans le chef des conseillers de ce futur président un problème sérieux de recherches approfondies sur les questions politiques, économiques et sociales de l’heure. Est-ce symptomatique que Kabila parlant de l’éducation ne puisse mentionner de manière particulière et spécifique la recherche? Le Congo de demain fera sa révolution mentale et de l’imaginaire sur fond de la recherche fondamentale à laquelle « tous les corps des métiers » pourront être associés. La rupture nécessaire se situe à ce niveau-là et non dans l’imitation servile des modèles privilégiant la discipline imposée d’en haut par des oligarques « infaillibles ». La tentation de la toute-puissance est un rêve dangereux. Mapasa ne tuamwenena pas lwanda (‘Après leur naissance, on ne parle des jumeaux qu’à leur présentation publique’) Les discours et les déclarations de bonnes intentions, nous les avons toujours entendus. Le dernier Maréchal de l’Afrique, Mobutu, nous y avait habitué. Beaucoup d’entre nous se souviennent encore de « Objectif 80 » qui nous avez fait rêver. Joseph semble oublier qu’il n’est pas facile de croire en ce qu’il dit. Qu’il justifie « ses bêtises » d’hier en arguant qu’il a participé à un « gouvernement de compromission », cela ne nous avance pas beaucoup. Comme l’atteste un politologue congolais, le probable futur président a deux lacunes fondamentales : la communication et les actes. Au sujet de cette deuxième lacune, Jean Omasombo avoue : « Depuis qu’il est au sommet du pouvoir, Joseph Kabila n’a pas posé les actes qui le placeraient parmi les stars de la bonne gouvernance. Et M. Omasombo de prendre pour exemple les contrats miniers scellés par M. Kabila qui n’ont pas nécessairement servi en priorité les intérêts de la population. » (Entretien avec Gérald Papy. ‘C’est la démocratie qui a gagné’, dans La Libre Belgique du 17/11/2006). Si « le gouvernement de compromis et de compromission» a servi de bouc émissaire pour justifier « les bêtises » d’hier, quelle garantie avons-nous que la politique de la "bouc-émissairisation" ne pourra pas continuer de porter ses fruits demain ? Il est dès lors urgent de penser beaucoup plus à la démocratie participative comme elle a été vécue hier en Afrique traditionnelle, comme elle est vécue aujourd’hui au Venezuela et au Brésil, comme elle est en train d’être proposée par les collectifs antilibéraux français et « les jurys populaires royalistes » que de chercher à imiter la Chine, reproductrice d’un modèle de la violence et de la mort. Donc, par-delà les discours, c’est par les actes que nous jugerons notre probable futur président. Mais le vocabulaire, le langage auquel Joseph recourt semble et nous convaincre qu’il lui est difficile de rompre avec la logique de la violence. Il est une main de fer dans un gant de velours. Sa personnalité est énigmatique. Il dit : « Beaucoup de gens ne connaissent pas le président Kabila. (…) Ce sera la rigueur et surtout la discipline (….) » ; « nous avons les moyens de sévir, de remettre de l’ordre » ; « pour redresser le Congo, il faudra être sévère, et les Congolais vont être surpris. Si on me connaissait comme un homme conciliant, c’est que la transition m’imposait un tel comportement. Mais maintenant que s’ouvre le chantier de la reconstruction, ce n’est plus d’une Mercedes que l’on a besoin dans ce pays, mais d’un bulldozer » renversant tout sur son passage. Comment peut-on, en pensant à la révolution mentale des populations dont on a loué la patience, le civisme et la maturité politique après la mascarade électorale, utiliser un vocabulaire, un langage rappelant l’âge de la traite négrière et de la colonisation ? Joseph Kabila ne donne-t-il pas raison à ceux qui lisent en lui les attitudes d’un « Kapita médaillé » chargé par les nouveaux esclavagistes de soumettre les Congolais (es) ? Oui ! Le langage est souvent source de malentendu. Tout ne peut être dit dans une interview. Mais celle-ci peut donner des signaux forts ! Si les recours de Jean-Pierre Bemba venaient d’être rejetée, et que l’Ouest, le Nord-Ouest et le Centre acceptaient que Joseph est le président de tous les Congolais, (car tout n’est pas encore joué à ce niveau), nous dirons, après la lecture de cette riche interview : « Mapasa ne twamwenena pas lwanda. » Nous jugerons Joseph Kabila par les actes. Et cette fois-là, reconnaissant notre liberté d’expression, qu’il accepte que « nous nous mêlions de ce qui ne nous concerne pas » en évaluant son gouvernement tous les 100 jours tout en lui réservant le droit de réponse. Aussi, ne serait-il pas mal que, déjà aujourd’hui, il prenne en compte les remarques liées à la tendance autoritariste qui le guette. Le Congo n’a plus besoin d’un homme fort. Mais d’ « un homme conciliant », d’ « un pont » que Joseph Kabila ne voudrait plus être. C’est curieux ! C’est dangereux ! Il risque, demain, malgré les moyens dont il disposera et pouvant l’aider à « sévir » et à « renverser tout sur son passage », de refaire l’expérience de l’aigle de Kawele. Le Maréchal du Congo a fini sa vie dans un bateau sur le fleuve Congo. Usé comme une orange, il était devenu, pour « ses créateurs», « une créature de l’histoire ». L’histoire est un grand livre indispensable à la vie. Nous ne sommes que des héritiers. Nous risquons de nous retrouver dans la poubelle de l’histoire si nous négligeons la pensée du passé. Que Joseph Kabila se le dise ! J.-P. Mbelu |
Le Roi Leopold II - Genocide au Congo
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