|

| |
Affrontements
post-électoraux-Kabila-Bemba : c’est pas moi non plus
(Journal Canal Futur 25/08/2006).
.Kinshasa, dimanche 20 août 2006 21.30’. Les congolais
attendent depuis plus d’une heure l’annonce, par la CEI, des résultats
provisoires de l’élection présidentielle du 30 juillet 2006. La CCTV, une chaîne
de télévision appartenant à Monsieur Bemba, informe l’opinion qu’elle n’est pas
en mesure de présenter normalement son programme car elle est attaquée par les
éléments de la GSSP, la garde personnelle de
Monsieur Kabila.
Monsieur Yves Kisombe, secrétaire national MLC à la communication, contacté par
l’auteur, confirme l’information livrée par la CCTV et condamne cette attaque
des bureaux du MLC par les éléments de la
GSSP, laquelle attaque a causé, à ses dires, deux morts parmi la garde du
Vice-président Bemba.
Pourquoi la garde de Kabila devrait-elle attaquer le quartier général du MLC ?
Existe-t-il un lien entre cet incident et l’annonce des résultats de l’élection
présidentielle ? D’une source de la CEI, proche du PPRD, il faut le dire, on
apprend que le centre de presse de la CEI essuie des tirs nourris de la garde du
MLC qui l’a encerclé depuis 19 heures. Information reprise par une des chaînes
du réseau PPRD qui précise que Malu Malu est exfiltré et escorté par les
éléments de la MONUC vers la RTNC, la radiotélévision ‘‘nationale’’ pour y
rendre public les résultats.
Quand apparaît finalement Malu Malu à l’écran, sa mine ne rassure pas du tout
les téléspectateurs. C’est la première fois en plus de trois ans que les
congolais lisent, sur le visage de l’abbé président, un air
grave, en lieu et place de son éternel sourire moqueur et suffisant. Quelque
chose de grave doit lui être arrivé. Mais quoi ?
Après tout, qu’importe ! Malu Malu ne finit-il pas par confirmer le deuxième
tour de l’élection présidentielle entre Kabila et Bemba ? Confirmation suivie
d’un concert des casseroles, sifflets, acclamations et cris de joie d’une
Kinshasa à qui politiciens, pasteurs, journalistes, diplomates et lèches bottes
de tout poil, étrangers et congolais, prétendus fins analystes de la politique
congolaise et
exclusifs détenteurs de la révélation de la volonté de Dieu, avaient fait
craindre pire.
Qu’importe vraiment ? Lundi 21 août, la ville est paralysée. Les affrontements
reprennent de plus belle, entre les troupes de Kabila et celles de Bemba,
jusqu’à l’attaque à l’arme lourde sur la résidence
privée du ‘‘chairman’’ qui recevait les ambassadeurs occidentaux. Mais que se
passe-t-il ? Qui a ouvert les hostilités ?
Les deux camps jouent à ‘‘c’est pas moi non plus’’. ‘‘Bemba n’a pas accepté son
maigre score. Il n’a fait que tenir sa promesse de mettre le pays à feu et à
sang. La garde républicaine n’est intervenue que pour libérer ses deux éléments
et les policiers de roulage
enlevés par les troupes de Bemba ’’, lancent les milieux proches du PPRD ;
‘‘Kabila n’a pas toléré d’être contraint au deuxième tour. C’est pourquoi il a
envoyé sa garde tirer sur le siège du parti’’,
rétorquent l’entourage du ‘‘Muana Congo’’. Même la très informée Radio Okapi
veut aussi savoir. M. Okala, porte-parole adjoint de la Monuc, ne sait répondre.
Il faut, dit-il, mener une enquête pour tirer la
situation au clair.
Dans ce pays, les congolais savent qu’il n’y a pas meilleur moyen de clôturer un
dossier que d’ouvrir une enquête. Donc rideaux. Après tout, nous dit-on, la
situation ne s’est-elle pas détendue ? Ce n’est pas le
moment de jouer les alarmistes et les prophètes de malheur. Mais plutôt de
développer un discours de tolérance et de paix pour préparer le deuxième tour en
toute sérénité.
En attendant, les chaînes de télévision CCTV et CKTV, la Radio RALIK,
appartenant à Bemba, la Molière TV et RTMV, propriétés de M. NEMBALEMBA et du
Pasteur Kuthino sont, aux dires de la HAM (Haute Autorité des
Médias), qui, quand il s’agit des autres, ne se limite qu’à déplorer,
illégalement réduites au silence par les services spéciaux de la police. Comme
au bon vieux temps du son unique, le PPRD, à travers la RTNC et ses autres
médias, donne sa version des faits à travers
laquelle les méchants sont naturellement les autres.
Bel exercice de démocratie dans ce Congo dit démocratique. Ça sera plus beau
encore quand les médias MLC donneront demain la réplique. Les deux camps ne nous
ont-il pas déjà habitués avec les injures contre les Kinois et la menace de
mettre Kinshasa à feu et à sang, des propos prêtés aux uns par les autres et
naturellement niés par les uns et
les autres ?
Mais qui est le gagnant et qui est le perdant de ces affrontements ? Tous les
camps ont perdu des hommes. Bemba a en plus perdu le matériel, dont un hélico.
Mais Kabila semble avoir perdu le socle de son pouvoir : l’ouvert soutien
occidental. Même si quelques médias
belges continuent de faire du zèle de samouraïs défendant une forteresse tombée,
la presse occidentale, dans sa majorité, s’est mise du côté des faits. Et le
milieu politique belge observe, pour la
première fois depuis plus de trois ans, un silence inhabituel et embarrassé.
Quant à la suite, on veut bien être positif, et même hyper positif. N’empêche
qu’il reste tout de même assez de discernement pour comprendre qu’au moins l’un
de deux camps n’a pas accepté le verdict des urnes, et que l’autre n’a pas voulu
se laisser marcher sur les
pieds. Mais qui est le bon et qui est le méchant ?
Allez savoir ! Avant la publication des résultats, les plénipotentiaires de la
communauté internationale, la hiérarchie de la redoutable Eufor et les
courtisans locaux qui se cachent sous couvert des titres religieux et d’ONG,
croyant comme toujours avoir réponse à tout, lancent d’inopportuns appels au
calme et des menaces des représailles à l’arme létale, en direction de paisibles
populations de Kinshasa et du Kasaï, ces méchants d’avance désignés, car taxés
de
contestataires des résultats avant même que ceux-ci ne soient rendus publics.
Hier, on a stratégiquement écarté de la compétition, par toutes sortes de
subterfuges, le Docteur Etienne Tshisekedi, ce leader historique de la lutte
démocratique non violente. Il a été remplacé par des gens n’ayant comme seule
expérience ‘‘politique’’ que d’avoir tué, pillé et violé pendant leurs
rébellions, et démontré leur incapacité à réaliser complètement un seul objectif
de la transition, une fois au gouvernement.
Juin 2005, les plénipotentiaires de la communauté internationale laissent leurs
protégés violer la constitution en prolongeant automatiquement et illégalement
la transition, après un bilan
complaisant. Seulement depuis, avec la première personne du singulier ‘‘je’’
utilisée par Kabila dans son discours, les autres membres du gouvernement ne se
sentent traités ni plus ni moins que comme de simples accompagnateurs. Le 1+4 a
effectivement volé en éclats
sans que les parrains s’en rendent compte.
Il ne reste qu’à tricoter l’histoire d’anthropophagie contre les pygmées de
Mambasa par les uns. La négation de la nationalité et le bradage du patrimoine
minier par les autres. Par médias interposés, la guerre éclate.
Juin 2006, nouvelle violation de la constitution par une autre prolongation
automatique avec la complicité active des plénipotentiaires de la communauté
internationale. Au moins cette fois-ci, le gouvernement n’a pas énervé le peuple
avec un bilan imaginaire. Mais tout de même, un membre du 1+4 se déclare seul
détenteur d’un bilan à défendre. Il est présenté, entre autres, comme l’artisan
de la paix et le champion de la lutte contre l’inflation réduite à 2
chiffres. Dans cette logique tropicalisée nous prêchée par la très civilisée
communauté internationale, les autres ont certainement eu tort de n’avoir pas
applaudi pour préserver la sérénité, non ?
30 Juillet 2006, des élections organisées dans des conditions de manque de
transparence, de « consensualité » et de liberté sont imposées aux
congolais qui y participent bien malgré eux mais en nombre colossal et avec,
derrière la tête l’envie de sanctionner tout ce foutoir qui dure depuis trop
longtemps.
Les concertations réclamées pour requalifier et crédibiliser le processus ont
été récusées par une seule composante avec le soutien des plénipotentiaires de
la communauté internationale pour lesquels, tant
que le camp des ‘‘bons’’ donnait l’impression d’avoir toutes les faveurs des
pronostics d’une élection taillée sur mesure, tout allait bien comme dans le
meilleur des Congo. À l’arrivée pourtant, il
semblerait que le plan savamment ourdi n’ait pas marché comme prévu. Ceci
expliquerait-il cela ?
Le pire est-il vraiment derrière les congolais comme les plénipotentiaires de
l’internationale veulent le leur faire croire ? Comment leur donner raison quand
à la place de la rationalité, ils préfèrent l’optimisme ? Comment participer à
leur optimisme quand au lieu de parler d’évaluation et de qualification, ils
égrènent
des prouesses qui n’en sont pas le moins du monde ? La non réalisation des
objectifs de la transition aussi clairs que la réunification et la pacification
du pays, la réconciliation nationale et la formation
d’une armée intégrée et républicaine est noyée dans les fanfaronneries d’une
communauté internationale grisée par l’organisation plus que discutable d’une
élection qui n’aurait dû logiquement être qu’un point
d’achèvement d’un processus de normalisation de la vie politique du pays.
Les congolais à qui on rabattait les oreilles avec un processus dit réussi de
brassage des troupes, n’en croient pas leurs oreilles quand ils entendent les
parrains du 1+4 reconnaître que les affrontements du
20 au 22 août sont le fait des milices privées de deux candidats à l’élection
présidentielle. Par où a-t-on alors commencé le brassage quand les gardes des
premiers responsables du pays sont des armées dans
l’armée ? Avant les élections, le CIAT a appelé, en vain, au désarmement et au
cantonnement des éléments non brassées, y compris la GSSP de Kabila. Mais on se
rappelle bien la fin de non-recevoir à cette
proposition, pour une fois pleine de bon sens de la part de la communauté
internationale, que fit un des caciques du PPRD, Sieur Mova Sakani. L’on ne sera
pas étonné que le CIAT renouvelle la même demande, avec la même mollesse, pour
essuyer le même refus qui sera
suivi des mêmes conséquences.
On veut bien croire que tout ira mieux après le deuxième tour. Mais avec ces
marches de protestation instrumentalisées au Katanga où des populations menacent
de se retirer de la république en cas d’organisation du deuxième tour, comment
se comportera demain le camp du candidat donné favori dans cette partie de la
république otage des leaders aux relents sécessionnistes avérés ?
Hier, sur l’agenda international, le deuxième tour n’était pas à l’ordre du
jour. Aussi le dispositif de répression était-il mis en place contre les
protestations de la population civile. Il y a eu
deuxième tour et les problèmes sont venus d’ailleurs. Est-on sûr que demain le
vaincu sera celui qu’on attend ? Comment éviter au Congo la somalisation si
demain comme hier les problèmes viennent de là où on
ne les attend pas ? La question ne semble préoccuper personne de ces messieurs
les dirigeants occidentaux qui ont réponse à tout.
De toutes les façons, quand la pleine mesure de l’échec occidental sera patente
demain, les plénipotentiaires ne perdront pas complètement la
face. Ne saluent-ils pas déjà l’immense exploit d’avoir organisé les premières
élections dites libres, démocratiques, transparentes, inclusives et crédibles,
depuis plus de 40 ans dans un pays grand
comme l’Europe occidentale, sans infrastructures routières ?
Ce qui a été, c’est ce qui sera. A l’heure des comptes, les plénipotentiaires
refuseront leurs mécomptes et les ‘‘nouveaux espoirs congolais’’ rejetteront les
décomptes. Aujourd’hui, même s’il faut
déplorer quelques effets collatéraux, ils ont été assez sportifs pour régler
entre eux leurs comptes.
Et demain, alors que le glas sonnera pour de bon, seront-ils aussi assez
fair-play pour ne pas faire passer le Congo à la caisse régler l’addition d’une
comédie meurtrière ?
Anthony Katombe
Journal Canal Futur
| |

Le Roi Leopold II - Genocide au Congo
|