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J.P. Bemba : « Pas de provocation, pas de casse »/Les « combats de Kinshasa » : les partis politiques se sont tus (Congo Tribune 25/08/2006).

Après les affrontements des 20, 21 et 22 août jours dans la capitale entre les éléments armés du MLC et de la garde républicaine (GSSP), le temps semble aller dans le sens de l’apaisement de deux côtés des belligérants. Hier jeudi, un des proches du vice-président Jean-Pierre Bemba a annoncé à la foule venue l’ovationner de regagner leurs domiciles dans le calme, sans procéder à la casse ni verser dans la provocation.
Jean-Pierre Bemba, vice-président de la République et président national du MLC devrait donner un point de presse hier. Le premier après les affrontements de ces derniers jours.

Mais, après près de deux d’attente, les professionnels des médias invités par le service de communication du vice-président de la République en charge de la commission économique et financière se sont contentés d’une brève communication du président national du MLC, dite par un de ses proches collaborateurs. Pas de point de presse prévu, pas non plus de meeting improvisé pour le candidat à la présidence de la République Jean-Pierre Bemba Gombo.

En lieu et place, c’était un bain de foule de près de quinze minutes. Une salutation de la main suivie d’une ovation d’environ un quart d’heure que le président du MLC a gratifié le jeudi 24 août 2006 les nombreux militants de son parti qui s’étaient attroupés devant sa résidence située sur le boulevard du 30 juin, en face du cimetière.

Pendant un quart d’heure, un large sourire a traversé le visage du candidat président de la République comme pour rassurer sa base.

L’initiative de cette sortie presque insolite de Jean-Pierre en public pour la première fois après les événements tragiques des 20, 21, 22 août reviendrait au président provincial du MLC, Adam Bombole Intole. Ce dernier tenait à réconforter les nombreux militants du MLC par une apparition en public de leur leader pour, soutient-on, couper court aux rumeurs folles qui avaient couru sur son intégrité physique et son éventuel exil.

A noter que le vice-président de la République Jean-Pierre Bemba n’a pas fait de discours, il n’a pas non plus tenu de point de presse pour lequel la presse nationale et internationale avaient été conviées. Le rendez-vous finalement a été remis à une date ultérieure.

Après cette exhibition en public, Jean-Pierre Bemba s’est retiré à l’intérieur de sa résidence sous les ovations de la foule. Aussitôt après, un de ses proches a embouché un mégaphone pour transmettre le message du leader du MLC.

« Le président vous remercie pour votre accueil. Il n’a pas prononcé de discours parce qu’il n’avait pas prévu un meeting ce jour. L’apparition de ce jour tenait à vous rassurer sur son état de santé et couper court aux rumeurs qui ont circulé sur son éventuel exil », a dit le porte-parole improvisé avant de demander à la foule, toujours au nom du président du MlLC de garder le calme et de rentrer dans la discipline et l’ordre. « Pas de casse, ni de provocation en cours de route », a-t-il encore lancé en direction de nombreux militants qui exigeaient, dans la foulée, la réouverture des chaînes de télévision Canal Kin et CCTV.

VERS UN CLIMAT D’APAISEMENT

Quand bien même d’aucuns auraient souhaité que ce soit Jean-Pierre Bemba qui envoie le message à la population, la manifestation de ce jeudi constituerait un signe avant coureur d’un climat d’apaisement. C’est le vœu de la communauté tant nationale qu’internationale après les affrontements tragiques qui ont endeuillé la ville de Kinshasa à la suite de la proclamation des résultats du premier tour de l’élection présidentielle.

Tout le monde est d’accord pour reconnaître que la tenue du deuxième tour du scrutin présidentiel dépend du retour au calme dans la capitale et des conditions propices à une campagne électorale sur l’ensemble du territoire national.

La Monuc, le Ciat et l’Eufor travaillent d’arrache-pied au rapprochement entre les deux membres de l’Espace présidentiel demeurés les seuls candidats en lice au deuxième tour de la présidentielle. L’Union africaine et la SADC ne sont pas en reste, elles ont envoyé des messages clairs dans ce sens.

Pour rappel, le dimanche 20 août, des éléments de la garde présidentielle et ceux du président du MLC se sont affrontés à quelques heures de la proclamation des résultats du premier tour du scrutin présidentiel. Ces affrontements se sont poursuivis et aggravés le lendemain. Ce qui a eu pour effet de perturber la quiétude de la capitale et de geler toutes les activités économiques pendant plusieurs jours.

Les appels au calme ont fusé de partout ; le Ciat et la Monuc ainsi que l’Eufor ont mis en place un groupe de travail et un mécanisme pour le rapprochement de ces deux membres de l’Espace présidentiel et candidats en lice pour le deuxième tour de l’élection présidentielle.

En même temps, une commission d’enquête a été diligentée pour déterminer les responsabilités des uns et des autres. Pour ce qui est de la circulation des éléments armés, l’Etat-major général des FARDC a rendu publique une batterie de mesures visant à réglementer leurs mouvements de manière à prévenir et sauvegarder l’ordre public. Dans les milieux proches de la Monuc, l’on apprend que les deux candidats auraient accepté de se rencontrer. Reste à déterminer le lieu et la date de cette rencontre tant attendue pour garantir la bonne poursuite du processus électoral. Tant mieux.

Par Le Potentiel



Les « combats de Kinshasa » : les partis politiques se sont tus.

Par Freddy Monsa Iyaka DukuKinshasa vit toujours dans la peur. Après trois jours d’affrontements meurtriers entre les partisans militaires de Kabila et ceux de Bemba, la psychose de la terreur est manifeste. Seuls les partenaires extérieurs de la Communauté internationale s’emploient à ramener les protagonistes dans la voie de la raison. Entre-temps, silence radio du côté des partis politiques.
Où sont parties toutes ces personnalités politiques qui se sont toujours distinguées par des discours flamboyants pour vanter l’existence de leur parti politique ? Où sont-ils ces acteurs politiques qui envahissent les plateaux de télévision et les rédactions de la presse écrite pour appeler la population à descendre dans la rue ? Qu’attendent-ils pour se manifester, voler au secours de cette même population kinoise terrorisée pendant que la Nation est en danger ?

Voilà exactement cinq jours que la situation à Kinshasa est tendue. Curieusement, aucun responsable politique n’a eu le courage de faire une déclaration pour condamner cette violence qui ne s’explique pas et appeler les adversaires du deuxième tour de l’élection présidentielle au calme. Seul Me Azarias Ruberwa, vice-président en charge de la Politique, Défense et Sécurité, président national du Rassemblement congolais pour la démocratie, RCD, s’est prononcé sur ces incidents malheureux. Mais encore faut-il le préciser qu’il a fait cette déclaration au quatrième jour de ce drame. Néanmoins, son mérite est d’avoir réagi et appelé tout le monde à l’apaisement après avoir fait le point de ses démarches auprès du président Kabila et du vice-président Bemba, du Ciat et du président du Comité international des sages pour la RDC, Joachim Chissano. Surtout d’avoir pris l’engagement de ramener tout le monde dans l’exercice de la démocratie.

Mais en dehors de lui, aucune autre personnalité politique n’a encore élevé sa voix pour voler au secours des populations kinoises. Les partis politiques se sont tus. Exactement comme ce fut le cas aux lendemains de deux guerres qui ont endeuillé le pays. Et lorsqu’ils se sont réveillés, c’était trop tard, le mal était déjà profond. Pire, ils ont saisi cette opportunité du Dialogue inter-congolais pour bénéficier des privilèges du pouvoir.

LE ROLE DES PARTIS POLITIQUES IGNORE

Cette réalité des « trois jours des combats de Kinshasa » relance les débats sur le rôle des partis politiques en République démocratique du Congo. Crée-t-on des partis politiques par conviction politique ou s’agit-il tout simplement d’un élan opportuniste dans le cadre de la stratification sociale ? Nous craignons fort que ce soit cette deuxième hypothèse qui l’emporte compte tenu du vagabondage politique.

Il est un fait que la culture politique en RDC pose encore problème. L’absence de partis politiques classiques, dirigés par une élite éprouvée, demeure un handicap sérieux dans la quête d’une mise en place d’un véritable Etat classique. Jusqu’à preuve du contraire, ces partis politiques se confondent avec certaines personnalités, les « Pères fondateurs ». Ils n’ont comme discours politique que celui du « Fondateur » et toute la stratégie politique ne gravite qu’autour lui. Aucune initiative nationale ni des perspectives d’avenir pour consacrer l’idéal politique ainsi que les projets de société.

Voilà qui explique tout ce tâtonnement politique caractérisé par des rébellions armées, des coups de force, ce grand retard dans le développement, cette impunité, ce clientélisme nauséabond, cette médiocrité exécrable. Bref, toutes ces tares qui font le lit de toute dictature n’honorent point la classe politique congolaise.

La dernière illustration la plus éloquente est justement ce silence des partis politiques pendant que le peuple congolais est pris en otage, terrorisé alors qu’il vient de se comporter dignement en donnant une nouvelle impulsion au processus de démocratisation dans notre pays.

Ces partis politiques, pour des raisons d’opportunisme politique, se sont-ils dilués dans ces plates-formes électoralistes jusqu’ à perdre leur propre identité ? La question reste posée.


"Joseph KABILA " craint d'être déshabillé


Derrière les violents affrontements armés : la crainte d’un déshabillage

23 août 2006 - On attendait des violences de la rue, et en particulier des partisans de JP Bemba dans le cas où Kabila l'aurait emporté au premier tour des élections présidentielles. Mais les incidents sanglants sont venus de troupes théoriquement sous contrôle.

Cela était prévisible. En vain la Communauté Internationale avait invité à une réunion de l'espace présidentiel avant le scrutin et au cantonnement des troupes. Kabila avait choisi de caracoler en avance sur le calendrier de la campagne officielle. Et la veille du scrutin, ce sont Zaidi Ngoma, Azarias Ruberwa et Bemba qui s'étaient réunis pour dénoncer les risques des troupes de Kabila. Mais cela n'explique pas la survenance des incidents. A qui le crime profite-t-il?
Tout au cours de la campagne JP Bemba n'avait jamais affiché l'ambition de gagner les élections au premier tour, mais de mettre Kabila en ballottage. Autant dire que la perspective d'un second tour lui avait apporté satisfaction. Il est difficile d’imaginer qu'avec cette ambition limitée, JP Bemba aurait cherché à saboter la soirée électorale et à faire retarder de plusieurs heures l'annonce des résultats. Mais l'attente était tout le contraire pour le camp Kabila. La victoire au premier tour avait été proclamée avant les élections, au lendemain des votes et tout le long du dépouillement des résultats.
Des fêtes avaient démarré dans l'Est, car la victoire de Kabila était assurée. Et si un camp était crispé et porté à des frustrations profondes, c'était bien celui-là. Mais cela n'explique pas que l’avance de 24 points de Kabila sur Bemba ait pu être perçue comme une cuisante défaite. C'est que la victoire finale de Kabila est loin d'être certaine. L’Alliance pour la Majorité Présidentielle (AMP) a été bâtie sur deux piliers : l' argent et les insuffisances de Kabila. L'argent provenait du financement occulte provenant des contrats miniers; et ce n'est pas un hasard si les personnalités attirées pour remettre en question ces contrats (à savoir l'ancien président de l’assemblée Kamitatu et le président de la Commission parlementaire Lutundula) se sont retrouvés dans l'AMP et que le trésorier du groupe n'est autre que Katumba Mwanke à qui ont donne la paternité des fameux contrats.
Mais l'argent de la campagne était bien suffisant pour financer deux scrutins et même les autres élections provinciales et locales. Pourquoi donc cette crispation sur le seul premier tour des présidentielles? Pourquoi fallait-il que Kabila passe absolument en force dès le premier tour? On trouve au sein de l'AMP des personnalités brillantes et qui ont évalué la situation. Ils en parlent à voix basse. Tout ce monde est convaincu que Kabila n’a pas une personnalité brillante et forte. On est passé des capacités d’un Président à servir le pays, aux possibilités de se servir de lui. Tout le monde a peur que le masque du jeune homme calme ne tombe en cas de confrontation directe avec un seul adversaire.
Le face à face. Aussi, toute le campagne du premier tour avait été sérieusement encadrée par des collaborateurs qui chauffaient les foules avec de véritables discours, ne laissant à Kabila que de brèves apparitions et des interventions répétitives. La Radio France Internationale qui est la chaîne la plus écoutée n'avait pas réussi à surprendre Kabila. La chaîne avait interviewé tous les candidats présidentiables, mais Kabila, le favori, n'avait pas osé répondre aux questions improvisées et spontanées des journalistes, laissant la tribune à un assistant. Une telle dérobade ne se reproduira plus.
En effet, beaucoup s'étonnent de l’adversité des Kinois envers Kabila. Ce n’est pas une simple question de langues, mais de leadership. Tshombé ne parlait pas lingala, mais il avait été le chouchou premier ministre. Car voilà cinq années que les kinois répètent qu'ils ne connaissent pas leur chef d’Etat qu'ils ne le voient qu'à la télévision. Sa seule apparition publique à quelques heures de la clôture de la campagne avait été désastreuse. Même sa jeune et fraîche épouse avait eu plus de prestance en public. Comment en ce cas imaginer que Kabila pourra tenir tête aux foules, aux journalistes et à son challenger pendant les deux prochains mois? Il n'y aura plus d’échappatoire possible.
Et c'est un véritable cauchemar. D' où la rage du clan présidentiel obligé de se soumettre au scénario qu'il voulait éviter à tout prix. Beaucoup spéculent sur les alliances et les reports de voix en faveur des deux candidats. Mais les derniers résultats ont démontré que les populations ne suivent pas leurs leaders locaux. Le risque est réel qu'au cours des deux prochains mois, Kabila se trouve déshabillé (pas tellement au sujet des affaires et qu’ on qualifié de déballage), mais « dévoilé » ou « dénudé ». Une gaffe personnelle et tout pourrait basculer.

Par Willy Ngoie.


 

    
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