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Aldo Ajello toujours très inquiet. Risques de guerre civile en RDC. Par  Le Potentiel. Kinshasa, le 4 septembre 2006.

Les derniers propos de Aldo Ajello, envoyé spécial de l’Union européenne dans la région des Grands Lacs sonnent comme une véritable sonnette d’alarme. La dernière, sans doute pour éviter le pire si toutes les dispositions ne sont pas prises et que les principaux acteurs de derniers affrontements ne revenaient pas à de bons sentiments.

Dans une interview qu’il a accordée à RFI après un séjour d’une semaine à Kinshasa, Aldo Ajello a évoqué des questions soulevées par certaines parties congolaises pour la bonne préparation des élections dans la perspective d’une bonne fin de transition. Il donne ainsi raison à ceux qui avaient privilégié la mise sur pied, d’abord, d’une armée réellement intégrée. Mais aussi à ceux qui soutenaient l’organisation des concertations, notamment la Conférence épiscopale nationale du Congo, par la bouche de Mgr Monsengwo, pour que tous les acteurs politiques, la Société civile y compris, prennent acte des modifications éventuelles dans la mesure où tout n’était pas encore prêt pour organiser les élections. Le camp acquis aux élections, soutenu par ceux qui ont financé le processus électoral ont opposé un avis contraire : les élections d’abord, le reste après. Les inquiétudes de l’envoyé spécial de l’Union européenne dans les Grands Lacs constituent-elles un aveu, une vive interpellation pour une véritable pression dans le but de sauver les murs ? La question reste posée.

LA GUERRE CIVILE ?

L’Union européenne a-t-elle compris qu’elle avait mis la charrue devant le bœuf ? C’est l’impression que nous retenons de la dernière interview que Aldo Ajello, Envoyé spécial de l’Union européenne dans la région des Grands Lacs, accordée à Radio France internationale. Devant s’enquérir de la situation qui prévaut sur le terrain aux lendemains des affrontements meurtriers des 20,21 et 22 août 2006, Aldo Ajello demeure inquiet. Très inquiet même dès lors qu’il affirme dans cette interview que la situation reste très tendue à Kinshasa. Plus grave, Aldo Ajello relève qu’il y a trop d’armes qui circulent à Kinshasa et que même des personnes qui n’ont pas qualité de les porter en disposent.

En d’autres termes, comme s’il ne voulait pas le dire, la guerre civile pourrait repartir de Kinshasa avant d’embrasser d’autres provinces. Mgr Monsengwo Pasinya, président de la Cenco n’est pas allé par quatre chemins pour prévenir cette catastrophe, la guerre civile, qui nous guette juste aux lendemains des affrontements.

Ce sont là des manifestations de l’échec de la transition. A la signature de l’Accord global et inclusif, et même bien avant, l’ on avait insisté sur la démilitarisation de la capitale. Ceux qui avaient des agendas cachés s’y étaient opposés farouchement. Voilà qu’aujourd’hui, l’on parle du cantonnement des troupes.

Il convient aussi de rappeler, lorsqu’il s’agissait de constituer des unités de protection rapprochée, l’acharnement avec lequel les ex-belligérants défendaient la hauteur de leurs gardes rapprochées. En établissant l’état des lieux, selon le consensus intervenu, il avait été prouvé que Kinshasa serait hyper-militarisé avec plus de trois mille hommes qui disposaient des armes. La méfiance aidant, on est actuellement inquiet devant la tournure prise par les mesures de protection et de sécurité des ex-belligérants. Les chiffres donnent la chair de poule, pendant que les agendas cachés ont influé négativement sur le processus de l’intégration de l’armée.

Au regard des derniers affrontements de Kinshasa, les Nations unies doivent parer au plus pressé. C’est-à-dire, requalifier le mandat de la Monuc en s’inspirant du débat qui a entouré l’envoi des troupes au Liban. Par voie de conséquence, le mandat de l’Eufor devra subir une reformulation s’il faut à tout prix imposer la paix en RDC et éviter la somalisation du Congo.

LA LETHARGIE DU GOUVERNEMENT

Aldo Ajello n’a pas eu sa langue en poche. Il est, une fois de plus, inquiet devant l’inertie du gouvernement, en plus de l’Espace présidentiel qui donnent désormais l’impression de ne plus gérer le pays. Certainement que si cette situation perdure, il y aura vacance au sommet de l’Etat avec abus du pouvoir. Aldo Ajello a posé la pertinente question de la gestion de la petite transition. Pourquoi ce blocage politique ?

Face à cette évidence, il revient au Ciat de secouer les principaux animateurs de la transition. Ces problèmes, comme l’a si bien souligné le rapport de la Fondation Carter, doivent trouver des solutions avant le second tourde la présidentielle. En fait, le moment est venu pour que le Ciat accentue sa pression au risque d’assumer une grande part de responsabilité dans l’hypothèse de l’échec de la transition. Dans tous les cas, le peuple congolais a démontré le 30 juillet, les 20,21 et 22 août 2006 qu’il a dignement rempli son contrat. Aux autres d’assumer les leurs.

Aldo Ajello : « Les activités des institutions de la transition doivent reprendre pour continuer à gérer le pays »

Rfi. Monsieur Aldo Ajelo, vous venez de terminer un séjour d’une semaine à Kinshasa. Quelle est votre impression générale à l’issue de cette semaine ?

A.A. : Malheureusement, la situation reste très tendue après les événements des 20, 21 et 22 août. On s’emploie à réussir une rencontre entre les deux acteurs principaux. Donc le président Kabila et le vice-président Jean-Pierre Bemba, pour qu’ils puissent passer un message rassurant à la population congolaise qui est fort préoccupée par ce qui s’est passé afin que cela ne puisse plus se répéter. Il y a un prix énorme résultant de ces affrontements avec cette atmosphère de peur, c’est la rentrée scolaire. Il y a une forte tension parce que les institutions pour le moment ne fonctionnent pas. Le gouvernement n’arrive pas à se réunir, l’espace présidentiel encore moins. Donc, il y a un peu toutes ces choses-là. On envisage de procéder par deux voies. D’abord, cette rencontre entre le président et le vice-président vue comme un signal que la situation se normalise, et de l’autre côté la reprise des activités des institutions de la transition ; le Conseil des ministres, l’espace présidentiel pour pouvoir recommencer à gérer le pays.

La rencontre Jean-Pierre Bemba et Kabila, d’après-vous, est-elle possible ?

Je crois qu’elle devrait se dérouler d’ici quelques jours ou dans quelques heures. S’il y a des moyens de le faire, les deux hommes sont d’accord pour se rencontrer. Là, il n’y a pas de problème. Le seul problème que l’on doit résoudre est d’assurer les mesures de sécurité pour les uns et les autres, surtout le vice-président Bemba se sente en sécurité en allant à cette rencontre. Les deux sont intéressés à se rencontrer, à soumettre chacun son cahier de charges . On a pensé à une formule de mettre ensemble l’espace présidentiel et le Ciat, une formule qui puisse être la meilleure pour que cette rencontre ait lieu.

Pensez-vous que ce n’est plus qu’une question des jours sinon des heures…

Au moins pour cette rencontre, cela doit marcher d’autant plus qu’on a mis en place tout un mécanisme qui s’est institué en un groupe de travail qui se rencontre tous les jours. Les patrouilles mixtes circulent et font rapport pour témoigner du respect des accords signés si toutes les forces militaires qui se sont affrontées les 20,21 et 22 août sont retournées au point de départ. Il y a aussi une commission d’enquête pour s’enquérir sur ce qui s’est passé durant ces jours des affrontements. Pour le moment, le travail consiste à récupérer des informations de part et d’autre, tandis que l’enquête véritable se fera plus tard. Et par la suite, il y a une autre commission qui est en train de préparer le code de bonne conduite pour la prochaine campagne électorale.

Car, le type de langage très violent qui a été utilisé dans la première campagne électorale, celle du premier tour de présidentielle, ne doit plus se répéter.

Vous avez évoqué tout récemment l’accord de cantonnement qui a été signé le 22 août dernier. Avez-vous le sentiment que les deux camps appliquent actuellement cet accord de cantonnement ?

Evidemment, l’application se fera de façon progressive mais graduellement. Mais je ne crois pas que cet accord est appliqué à cent pour cent. La chose essentielle, c’est qu’il y a des patrouilles mixtes au sein desquelles se retrouvent les deux parties, la Monuc et les représentants de l’ Eufor qui vérifient cette application.

Nous venons de vous entendre récemment dire qu’il y a trop d’armes à Kinshasa ?

C’est évident. Il y a trop d’armes qui circulent à Kinshasa. Et ces patrouilles devraient permettre à empêcher que des gens, surtout des gens en civil qui n’ ont pas le droit de porter des armes continuent à se balader avec des armes.

Les derniers événements posent naturellement la question de la réforme de l’armée, du brassage des troupes. Quel est le bilan faites-vous de cette réforme de l’armée ?

Ceci démontre, une fois de plus, que notre analyse de la situation qui avait posé la réforme des services de sécurité au premier point des priorités était tout à fait correcte. Malheureusement, le processus se déroule avec une énorme lenteur. C’était prévisible, car réformer une structure comme l’armée est une chose difficile. En plus, quand on parle de la réforme des services de sécurité, nous incluons aussi la Police et la Justice. Donc, c’est un mécanisme assez compliqué qui doit prendre des années. Ce n’est pas une chose qui devrait être fait très rapidement. Nous envisageons au moins 5 ans pour que ce pays puisse se doter d’une armée républicaine, entraînée, équipée et surtout régulièrement bien payée.

Or, ce sont des choses qui ne se passent pas aujourd’hui. Actuellement, l’armée congolaise n’est pas régulièrement payée, n’est pas nourrie et se paie sur le dos de la population civile. C’est pour cela qu’elle est devenue un élément d’instabilité et d’insécurité et pas ce qu’elle devrait être. C’est-à-dire, le bastion de la défense de la souveraineté du pays.

Avez-vous le sentiment que l’on avance actuellement sur cette voie de l’intégration, ou la situation est-elle bloquée ?

Non. On avance. Même dans cette situation dans laquelle presque rien ne fonctionne du mécanisme de la transition, la seule commission qui continue à se réunir régulièrement, elle l’a fait encore le Ier septembre 2006, c’est justement la commission qui s’occupe des questions de sécurité.

Le chemin reste long parce qu’on ne réforme pas une armée en quelques jours. Surtout quand on dispose d’une armée au niveau où se trouve aujourd’hui l’armée congolaise.

    
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