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L'affaire Kahemba traduit les contradictions au sommet de l'Etat
Pl__ni__re_Ass._nationale__3_.JPGLe rapport Lumbala, adopté à l'unanimité à l'Assemblée nationale (AN) confirme l'invasion de 9 villages de la collectivité Chefferie Mwamushiko, Groupement Shayimbwanda, territoire de Kahemba, district du Kwango dans la Province de Bandundu par l'Angola. Le débat marathon qui a d'ailleurs vu la clôture de la session extraordinaire de l'AN, s'est déroulé mercredi 18 juillet jusque tard vers 22 heures 30. Les conclusions de ce rapport rejettent de facto celles publiées par le Gouvernement, sous la conduite du ministre de l'Intérieur, Denis Kalume, l'Institut géographique du Congo et la Commission mixte d'experts de l'Angola et de la RDC. L'AN relève un cas flagrant d'atteinte à l'intégrité du territoire.

Le rapport Lumbala, du nom de Roger Lumbala, président de la Commission parlementaire dépêchée par l'AN pour enquêter sur le différend frontalier, se fonde sur les témoignages des populations riveraines et à cheval sur la frontière commune entre l'Angola et la RDC. ''Les villages concernés par ce conflit avec l'Angola se situent entre la borne 20 et 21 et qu'il s'agit des villages congolais habités par des citoyens congolais. Que ces villages sont aujourd'hui sous contrôle des forces angolaises ; les forces angolaises les ayant probablement investis très lourdement en ont empêché fermement la visite à notre Commission'', affirme le rapport.

 
Clair comme l'eau de fontaine

Lumbala_Roger_net.jpg''… Mais les vérités rencontrées sont trop évidentes'', peut-on lire dans la dernière livraison du Soft. Une assertion rapportée par Kin Kiey Mulumba, membre de la coalition au pouvoir et rapporteur de la Commission, pour indiquer qu'aucun doute ne pouvait transparaître sur l'évidence de la violation du territoire. ''La Commission a établi…, estime incontestable, … déclare incontestable, … la Commission d'Enquête Parlementaire établit de manière indéniable qu'une partie du territoire congolais, dans la Province de Bandundu, District du Kwango, Territoire de Kahemba, Collectivité Chefferie Mwamushiko, Groupement Shayimbwanda, est aujourd'hui sous l'empire d'un pays étranger, à savoir, l'Angola, qui y a hissé son drapeau national ''. Des mots que la Commission aurait pesés, tournés et retournés pour trouver le sens exact à donner au fait, sachant les conséquences qui pourraient survenir si cela s'avérait faux, au regard de la puissance régionale militaire du pays qui querelle cette partie à la RDC.

Ainsi, la Commission a-t-elle proposé quelques recommandations à l'endroit du Gouvernement, notamment désenclaver la partie du territoire de Kahemba occupée en vue de soulager la misère criante de la population qui ne sait pas accéder à certains services essentiels de la vie; renforcer dans la partie occupée où réapparaissent des maladies autrefois éradiquées, surface aggravant la situation socio-économique des populations, la présence des ministères du secteur social.

La Commission a appelé à l'attention du gouvernement sur la question de la surveillance des frontières et recommande enfin au Président de la République, à l'Assemblée Nationale, et au Gouvernement de la République ''d'user, chacun en ce qui le concerne, des pouvoirs que lui confère la Constitution de la République afin de régler le plus rapidement possible ce conflit ''.

 
Kabila bientôt à Luanda

Joseph Kabila est attendu en Angola. L'affaire Kahemba constituera sans doute le point de mire des entretiens avec son homologue angolais, José Eduardo Dos Santos. Mais pour beaucoup de commentateurs qui pensent que Dos Santos parraine Joseph Kabila, il n'y a pas grand-chose à attendre de concret. Même si c'est clairement démontré dans un rapport parlementaire que l'Angola a violé l'intégrité territoriale de la RDC, Luanda se tient droit dans ses bottes sur cette affaire, soutenue d'ailleurs par l'administration Kabila. D'aucuns affirment que l'Angola se faisait payer pour toutes ses interventions militaires d'extrême importance pour le régime.

D'autres évoquent la thèse farfelue du vice-ministre angolais des Mines, Carlos Sumbula qui revendiquait '' le droit de poursuite géologique '' sur les alluvions riches en diamant provenant des roches des hauts plateaux de son pays, charriées par des rivières qui traversent la RDC, notamment le Kwango. A cette allure, l'Afrique du Sud pourra poursuivre des poissons qui se sont reproduits dans ses fonds marins mais qui migrent vers le nord ou l'Europe les oiseaux qui migrent vers le sud en hiver. Faut-il être Angolais pour tomber aussi bas ?

L'ambassadeur Angolais à Kinshasa, Joao Batista Mawete, imbu de lui-même, n'a pas fait la différence. Il s'est tout simplement moqué, lors d'un point de presse à l'ambassade d'Angola jeudi 19 juillet, des députés Congolais qui gesticulaient à l'hémicycle mercredi dernier autour de cette affaire. Du haut des biceps militaires et financiers qu'a pris l'Angola, il a martelé que les démonstrations des députés sur la tribune visaient tout simplement à se faire voir sur le petit écran. ''Soyons logique avec ce que nous disons, avec ce que nous déclarons, avec ce que nous voudrons démontrer devant vos images, parce que celui qui est à la maison doit entendre que j'ai parlé '', a-t-il expliqué. '' Nous ne sommes pas dans ce dossier '', a-t-il nié. Pour lui, le litige est une machination aux visées cachées. '' C'est un problème congolo-congolais '', a affirmé Mawete qui a brandit '' ses '' preuves, un paquet de dossier dans deux chemises : ''C'est ce que nous croyons, parce que nous avons confiance en nos techniciens ''.

 
La Belgique offre ses bons offices

Il est entendu qu'auprès des instances judiciaires internationales, priorité sera accordée aux données techniques. Ce qui pourrait nécessité les avis de la Belgique et du Portugal.

L'ambassadeur belge à Kinshasa, Johan Suinnen a annoncé mercredi 11 juillet dernier que son pays offrait ses bons offices pour une résolution pacifique du litige frontalier entre les deux pays. '' La Belgique est prête notamment à apporter son expertise, du matériel, des cartes, de la documentation et des archives en vue du règlement du différend frontalier angolo-congolais '', a indiqué le diplomate belge, à l'issue d'un entretien avec le Premier ministre Antoine Gizenga. C'est une façon de répondre à l'idée de la Commission technique mixte proposée par le ministre belge des Affaires étrangères, Karel De Gucht lors de sa dernière mission en Angola.

Mais si la Belgique, puissance coloniale, affirme auprès du premier ministre que son pays peut apporter une solution, cela traduit sa méfiance à l'égard de la position que soutient le gouvernement. La Belgique part d'innombrables occasions qu'elle a eu à démontrer aux Portugais déjà, alors puissance en Angola que cette portion de terre revenait bel et bien à la RDC. Et beaucoup d'observateurs affirment que les Angolais ne sont pas très différents de leurs colonisateurs.

Lire extrait du rapport de la Commission Lumbala dans notre rubrique ''Document''.

 
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