Les laïcs chrétiens viennent
d'adresser une lettre
confidentielle au peuple
congolais dont la teneur suit :
Objet : C’est maintenant que
tu dois prendre possession du
pays que Dieu t’a donné (Josué
18, 3)

Peuple congolais,
Cette lettre te parviendra en
cinq langues (français, lingala,
swahili, tshiluba et kikongo)
afin que, dans chaque hutte,
dans chaque case et dans chaque
famille congolaise mais aussi
dans chaque Paroisse, dans
chaque Usine, dans chaque
Entreprise, dans chaque service
public, dans chaque Ecole, dans
chaque Université ou Institut
supérieur…, un débat de fond
puisse s’engager sur notre
devenir collectif en tant que
peuple réellement libre et
maître de son destin. C’est
pourquoi, elle débute par un
bref rappel historique (d’où
viens-tu ?) ; elle se poursuit
par un rapide état des lieux (où
te trouves-tu aujourd’hui ?) et
se termine par une esquisse des
sombres perspectives qui
s’ouvrent à toi (où vas-tu ?)…si
tu ne réagis pas correctement
maintenant pour enfin prendre
effectivement possession du pays
que Dieu t’a donné.
Peuple congolais,
C’est ce dimanche 04 janvier
1959 - il y a un peu plus de 47
ans aujourd’hui ! - que tu vas
manifester « bruyamment » ton
ras-le-bol au sujet de ta
détestable condition d’asservi
et ton ardent désir
d’émancipation. Tu nous
pardonneras cette impertinence
mais, au vu de ce que nous
observons sur le terrain depuis
lors, nous sommes souvent amenés
à nous demander si c’était
réellement cela le vrai
sentiment qui t’animait.
Toujours est-il que le Roi des
Belges - qui, en tant que tel,
exerce sa souveraineté sur le
Congo - réagit positivement à ta
revendication en décidant de
t’accorder l’INDÉPENDANCE … «
sans atermoiements funestes mais
sans précipitation inconsidérée
» ! Un an après cette mémorable
journée, des chefs coutumiers,
des délégués d’associations
tribales ou culturelles, des
chefs de partis politiques se
réunissent, en ton nom, à
Bruxelles, avec la partie belge.
En toute logique, tu attends
d’eux qu’ils négocient, avec
tout le sérieux nécessaire, les
conditions dans lesquelles cette
indépendance te sera accordée.
Peut-on dire aujourd’hui qu’ils
ont correctement répondu à tes
attentes en réclamant une «
indépendance immédiate et totale
au 30 juin 1960 », soit après
une transition d’à peine quatre
mois ?
Peuple congolais,
Souviens-toi que c’est moins
d’une semaine après la
proclamation de cette
indépendance que l’Armée s’est
mutinée, que la province du
Katanga est entrée en sécession
suivie de peu par le Sud-Kasaï.
A Kinshasa (alors Léopoldville),
la majorité parlementaire
choisie par toi – à la suite
d’élections dites « libres,
démocratiques et transparentes »
– et dirigée par Patrice Emery
Lumumba, a été neutralisée et
mise en congé avant
d’être…décapitée à travers
l’assassinat de son leader.
Qu’as-tu pu faire, toi le
souverain primaire, toi le
patron, pour arrêter cette
dérive ? Rien ou presque ! En
1965, une nouvelle majorité
parlementaire choisie de nouveau
par toi – à la suite d’élections
« libres, démocratiques et
transparentes » ! – et conduite
par Moïse Tshombe, est empêchée
d’exercer son leadership. La
crise institutionnelle qui en
résulte servira de prétexte au
Général Mobutu, du reste
fortement soutenu par les
puissances extérieures, pour
s’emparer du pouvoir et cela,
sous tes applaudissements !
Entre 1965 et 1990, le Général
Mobutu va régner sans partage
sur ton pays certes avec une
forte dose de contrainte,
d’intimidation et de terreur.
Mais, peut-on oublier que toi,
le patron, tu lui as souvent
facilité la tâche en courbant
l’échine, en dansant pour lui…
bref, en te transformant en
obligé, en serviteur mieux, en
esclave ? Qui peut oublier cette
terrible phrase du Maréchal
Mobutu : « Le peuple (congolais)
me doit tout » ?
Peuple congolais,
Qu’advint-il au début des
années 90 après la chute du mur
de Berlin et le Sommet
franco-africain de La Baule (en
France) ? Une vague des «
Conférences Nationales
Souveraines » déferle sur
l’Afrique noire francophone.
Celles-ci sont censées faire une
lecture plus pointue de
l’histoire de nos pays en trente
années (1960-1990)
d’indépendance formelle avant de
tirer un trait définitif - du
moins l’espères-tu - sur ce
passé que tu veux vite oublier.
Que feras-tu, toi le patron,
lorsque sera neutralisé le
Premier Ministre pourtant
démocratiquement élu par les
quelques 3.000 participants
issus de toutes les sphères de
la société pour diriger le
Gouvernement de Transition ? En
1997, l’AFDL prend le pouvoir
certes par les armes. Mais,
aurait-elle pu tenter un tel
coup si elle n’avait pas acquis
la quasi-certitude qu’à défaut
de coopérer ouvertement, tu
laisserais faire ? Il se fait
que cette prise du pouvoir par
les armes et…sous tes
applaudissements créera un
précédent aux conséquences
incalculables. En effet, la voie
semble désormais grandement
ouverte à tout conglomérat
d’aventuriers tenté de conquérir
le pouvoir par les armes. C’est
ce qui arrive du reste à peine
une année après la fameuse
libération de l’AFDL lorsque les
parrains extérieurs de cette
dernière déclenchent une
nouvelle guerre -
particulièrement meurtrière et
destructrice - contre leurs
protégés d’hier ! Comme, cette
fois-ci, il n’y a ni vainqueurs
ni vaincus, ce conflit se
terminera autour d’une table à
Sun City et à Pretoria (Afrique
du Sud) où des délégués des
belligérants, des partis
politiques et des forces vives
se retrouvent pour négocier les
conditions du retour à la paix
et à la démocratie. Une nouvelle
période de transition de deux à
trois ans est, une fois encore,
convenue entre les parties.
Peut-on, cette fois-ci, espérer
que cette transition sera la
dernière au vu des péripéties
qui l’ont émaillé depuis son
démarrage, péripéties dont
l’organisation bâclée du
référendum constitutionnel,
l’inversion de l’ordre des
scrutins préalablement convenu
et l’exclusion tacite du
processus électoral de certaines
forces politiques
significatives, risquent de
conduire le pays tout entier à
l’éclatement ?
Peuple congolais,
Voici donc plus de quarante
cinq ans que tu es, sur papier,
ton propre patron. Quel bilan
peux-tu dresser ? CATASTROPHIQUE
!!! A nos yeux, ce bilan est en
effet catastrophique parce que
des pays comme la Corée du Sud,
l’Afrique du Sud - voire même le
Canada - étaient, en 1960, à peu
près au même niveau de
développement que le Congo, ton
pays. Aujourd’hui, l’écart entre
ces derniers pays et le tiens
donne tout simplement le
vertige. Chez toi, il n’y a plus
d’écoles, plus d’universités,
plus de Centres ou Instituts de
recherche dignes de ce nom.
L’eau et l’électricité sont
devenues des denrées rares même
dans ta Capitale. Les routes,
les chemins de fer, la
navigation fluviale, lacustre et
maritime, le transport
aérien…bref, toutes les
infrastructures de transport
sont, soit détruites, soit
complètement délabrées. L’Armée,
la Police et les autres services
de sécurité sont clochardisés.
La Magistrature, la Santé
publique, l’Administration
publique et territoriale, la
Diplomatie, l’Agriculture,
l’Environnement, le Tourisme, la
Culture, le Sport….tout,
absolument tout, est détruit.
Par la faute de qui ? Par la
faute de ceux-là mêmes pour qui
tu danses et tu chantes depuis
1960 ! Et qui cherchent à
décrocher demain un nouveau
mandat mieux, un chèque en blanc
pour continuer à te clochardiser
derrière un semblant de
prospérité que leurs complices
extérieurs te font déjà
miroiter. Comme ces hommes et
ces femmes savent que le vrai
patron, c’est toi, ils font tout
pour que tu ne puisses jamais en
prendre conscience. Ils savent
bien que le jour où tu le
découvriras, tu vas complètement
changer de comportement à leur
égard. Que fait en effet un
patron conscient de son pouvoir
et de ses responsabilités ? Il
commence par s’organiser et se
donner les moyens de sa
puissance afin qu’en toutes
circonstances, ses serviteurs
aient réellement peur
d’enfreindre les règles édictées
par lui pour gérer son
patrimoine. S’ORGANISER, voilà
le maître mot ! S’organiser pour
installer définitivement la peur
dans le chef de ses serviteurs.
S’organiser parce qu’il faut
faire l’inventaire de ses forces
et de ses faiblesses en vue
d’assurer en permanence le
contrôle total de son
patrimoine.
Peuple congolais,
Tes forces (à savoir, des
potentialités considérables et
diversifiées) étant trop
connues, quelles peuvent être
tes principales faiblesses, les
principaux obstacles qui
t’empêchent de décoller ? On en
dénombre généralement - et à
titre principal - au moins deux
: ton ignorance et…ton extrême
pauvreté. Il est vrai que tu
peux avoir deux ou plusieurs
faiblesses dont ton extrême
pauvreté - synonyme d’extrême
vulnérabilité, d’extrême
malléabilité - n’est pas la
moindre. Mais, n’est-ce pas là
justement le comble des
paradoxes qu’avec une telle
concentration de potentialités,
tu puisses afficher une pauvreté
aussi scandaleuse ? Non,
convenons que, quel que soit
leur nombre, quelle que soit
leur nature, tes faiblesses
semblent avoir toutes le même
dénominateur commun :
l’IGNORANCE !
Seule ton ignorance peut en
effet expliquer ce qui t’est
arrivé depuis que tu as
formellement pris ton destin en
mains. Un rapide « flash back »
sur tes quarante cinq ans
d’existence en tant que peuple «
libre » permet de le démontrer.
N’est-ce pas ton ignorance qui,
en arrière plan, explique la
complaisance avec laquelle tes
délégués à la Table Ronde de
Bruxelles (janvier - février
1960) traitent les questions
essentielles engageant ton
avenir ? N’est-ce pas ta
méconnaissance des enjeux réels
qui explique l’audace de ceux
qui ont craché sur tes choix «
démocratiques » de 1960 (avec la
mise à mort du gouvernement
Lumumba) et de 1965 (avec
l’obstruction faite à la
majorité parlementaire dirigée
par Tshombe) ? N’est-ce pas ta
non maîtrise des réalités qui
explique l’avènement facile et
l’extrême longévité du régime
Mobutu ? N’est-ce pas ton
ignorance qui explique la
témérité avec laquelle ton
Premier Ministre pourtant
démocratiquement élu à la CNS
est neutralisé sans autre forme
de procès ? N’est-ce pas
toujours cette même
méconnaissance des vrais enjeux
qui explique tout ce qui est
arrivé à ton pays depuis
l’avènement de l’AFDL jusqu’à
cette organisation cavalière du
dernier référendum
constitutionnel ? Enfin, ton
étonnante passivité suite à
l’inversion par la « Commission
Electorale Indépendante » de
l’ordre normal et, à nos yeux,
impératif des scrutins
(commencer par la base pour
terminer par le sommet)
n’est-elle pas, là encore,
imputable à ton ignorance des
conséquences extrêmement
dommageables de cette manœuvre ?
Peuple congolais,
Ton premier et seul vrai
ennemi est donc bel et bien
celui-là : l’IGNORANCE. Cet
ennemi sans lequel tes autres
ennemis - appelons-les
secondaires - ne sauraient rien
faire contre toi. Pour
t’atteindre, tes autres ennemis
de chair et d’esprit en font en
effet leur principal allié, leur
complice le plus efficace.
Comment, sans sa complicité, ces
hommes et ces femmes congolais
et leurs parrains extérieurs
pourraient-ils, un seul instant,
envisager par exemple de truquer
des élections pour ensuite les
qualifier de libres,
démocratiques et transparentes ?
Comment, sans sa complicité, ces
hommes et ces femmes congolais
aux « mains sales des richesses
perfides, rouges du sang de nos
compatriotes ou pleines des
démissions face à ta misère »
(de plus en plus révoltante)
oseraient-ils encore se
présenter à toi pour solliciter
ta confiance ? Comment, sans
cette ignorance massive des
enjeux réels, resterais-tu
impassible face aux ingérences
quotidiennes dans tes affaires
intérieures, ingérences tout à
fait inacceptable par aucun
peuple au monde ? Comme ton «
élite » ne peut être que l’exact
reflet de ce que tu es, il
devient absolument nécessaire de
revenir à toi pour s’attaquer à
la racine de ce mal qui te
bloque.
Peuple congolais,
L’ignorance étant clairement
identifiée comme étant
effectivement le mal absolu, la
mère de tous tes maux, tu peux,
en tant que patron et,
désormais, conscient de l’être,
décider de l’éradiquer au plus
vite. Tu peux décider d’y mettre
fin, au plus tard dans dix ans.
Pour ce faire, tu ouvriras, dans
chaque village ou quartier, un
centre d’alphabétisation des
adultes. Car, en plus de
l’enseignement obligatoire et
gratuit jusqu’à l’âge de 16 ans,
tu peux décider qu’apprendre à
lire et à écrire en Swahili,
Lingala, Tshiluba ou Kikongo
soit désormais l’horizon minimum
de tout Congolais adulte
désireux de jouer pleinement son
rôle de citoyen. Mais, que faire
en attendant la réalisation de
cet objectif ? Que faire pour
que, dans cet intervalle de dix
ans, ce terrible handicap ne
profite plus à tes ennemis
intérieurs et à leurs parrains
extérieurs ?
Peuple congolais,
C’est ici que tu dois faire
preuve d’imagination, de
créativité et d’inventivité.
Car, il s’agit en fait d’une
question de vie ou de mort. En
effet, dans plusieurs milieux à
l’intérieur de ton pays comme
autour de tes frontières et
au-delà, des esprits brillants –
d’aucuns diraient « à
l’intelligence diabolique ! » –
travaillent nuit et jour à ton
maintien dans l’asservissement.
Il s’agit donc d’imaginer une
formule imparable, des
mécanismes à la fois simples et
efficaces capables de déjouer
les noirs desseins de ceux qui
cherchent à t’asservir à jamais
avec la complicité de certains
de tes fils et filles indignes.
Il s’agit de faire échec à ceux
qui veulent que le Congo
devienne la propriété des
puissants de ce monde et non ta
propriété éternelle. Il s’agit
de s’assurer qu’en attendant
l’éradication de
l’analphabétisme (principale
cause de ton ignorance), ta
Collectivité, ta Commune, ta
Ville, ta Province, ton
Entreprise et tout ton pays soit
dirigé désormais par des
serviteurs qui, craignant ton
impitoyable sanction, commencent
enfin à se comporter avec
beaucoup de sagesse. Il s’agit
de faire en sorte que, dès
maintenant, chaque centime qui
te revient tombe effectivement
dans tes caisses et n’en sorte
que pour régler tes vraies
créances. Il s’agit de tout
faire pour que, du malheureux
milliard de dollars US (ou un
peu plus) difficilement mobilisé
aujourd’hui, tu réunisses - au
terme des douze premiers mois
indispensables aux nécessaires
réformes et autres réglages -
dix milliards de dollars US
chaque année pour commencer
enfin à .développer ton pays. Il
faut en effet démarrer, sans
plus tarder, un vaste programme
de développement correspondant
aux multiples défis que ton pays
doit relever.
Peuple congolais,
Ton premier geste de peuple
réellement libre et conscient de
son énorme pouvoir - geste qui
va surprendre, désarçonner et
désorienter tous tes ennemis
intérieurs et leurs parrains
extérieurs - sera de ne plus
jamais accepter de participer à
une consultation électorale ou
autre dont tu ne maîtrises pas
les tenants et les aboutissants.
Tu dois en effet, commencer à
refuser toute consultation
électorale dont tu ne maîtrises
pas les enjeux afin de ne plus
continuer à te faire le complice
de tes bourreaux. Ton premier
réflexe sera désormais de te
poser à chaque fois la question
suivante : Quelles sont les
conséquences politiques,
économiques, sociales,
culturelles, environnementales
ou autres de mon choix pour ou
contre ? La dernière
consultation référendaire montre
en effet à quel point une
question d’une très grande
importance peut être banalisée
voire « folklorisée » à partir
du moment où 80 % des consultés
ne peuvent même pas saisir la
portée de leur choix encore
moins les grandes articulations
du texte qui leur est soumis !
C’est en effet à partir de
maintenant que tu vas commencer
à découvrir les véritables
enjeux de cette Constitution
conçue pour mieux t’asservir. En
vrai patron, tu dois exiger
désormais une vraie démocratie,
celle qui puisse te permettre
d’opérer - en âme et conscience
- un choix rationnel et
responsable au moment du vote,
afin de pouvoir suivre avec
toute la rigueur nécessaire, le
travail de tes élus tout au long
de leur mandat, avant de leur
infliger la sanction qu’ils
méritent au terme de celui-ci.
Peuple congolais,
Pour surprendre, désarçonner
et désorienter tes ennemis
intérieurs et leurs parrains
extérieurs, invente pour tes
citoyens la seule vraie
démocratie qui vaille la peine
d’être vécue c’est-à-dire celle
qui privilégie le contenu plutôt
que la forme, la substance
plutôt que la procédure. Il faut
en effet noter que, pour mieux
te soumettre, tes ennemis
intérieurs et leurs parrains
extérieurs ont trouvé une astuce
en or et pratiquement imparable
à l’heure actuelle : le suffrage
universel ! Qui peut en effet
aujourd’hui oser remettre en
cause le principe du suffrage
universel sans s’attirer les
foudres de toutes ces âmes bien
pensantes qui peuplent notre
planète ? Mais en même temps, on
est en droit de se demander à
quoi rime un tel procédé lorsque
tes dirigeants au plus haut
sommet de l’Etat sont, en fait,
préalablement « sélectionnés »
par la fameuse Communauté
Internationale avant d’être «
légitimés » par toi à travers
des élections dites libres,
démocratiques et transparentes !
Aucun peuple sérieux, aucun
peuple responsable ne peut
accepter que certains de ses
enfants notoirement inféodés aux
puissances étrangères viennent
solliciter auprès de lui une
sorte d’autorisation légale pour
brader le patrimoine national au
profit de leurs « patrons »
étrangers. Un peuple qui
accepterait cela serait pour
toujours méprisé par le reste du
monde. Il est vrai que tout
peuple épris de paix et de
justice aspire à être, à travers
ses dirigeants, ami de tous les
peuples du monde. Donc,
serviteur du seul peuple
congolais et ami de tout le
monde, OUI ; mais «
commissionnaire » de tous les
puissants de ce monde auprès du
peuple congolais, NON, NON et
NON ! Démocrates jusqu’à la
moelle des os, nous sommes bien
sûr pour le suffrage universel,
mais, contrairement à ce que
pensent certains, ce modèle est
tout à fait adaptable à nos
réalités parce que l’important
en démocratie c’est de
préserver, quoi qu’il en coûte,
ton statut de patron. Cette
adaptation ne peut s’opérer
sereinement qu’une fois libéré
du carcan dans lequel tu es
aujourd’hui enfermé. Sais-tu par
exemple que l’inversion de
l’ordre des scrutins opérée par
la CEI visait à endiguer le «
raz de marée purificateur » que
le travail en profondeur sur le
profil des dirigeants réalisé
par les confessions religieuses
risquait de provoquer à partir
de la base ? Il fallait donc
commencer par le sommet – là où
ton ignorance des enjeux cause
le maximum de dégâts ! – pour
que les échelons inférieurs
soient à l’image de celui-ci et
non l’inverse !
Peuple congolais,
C’est après ta victoire sur
ces forces du mal – certes très
puissantes mais pas autant que
toi ! - que tu pourras engager
les indispensables réformes pour
remettre les choses en place. Il
te sera en effet loisible de
réhabiliter l’autorité
traditionnelle aujourd’hui
réduite au rôle de simple
machine à « couronner » les
autorités politiques ! Tu
pourras mettre en place des
mécanismes appropriés pour
récompenser, stimuler, faire
honneur au mérite, au talent et
à l’esprit d’entreprise…C’est
ainsi que, même peu ou pas
alphabétisés, les commerçants,
les planteurs, les éleveurs, les
transporteurs routiers, fluviaux
ou lacustres mais aussi les
créateurs artistiques (
musiciens, plasticiens et autres
) devront faire l’objet d’une
attention particulière dans la
mesure où ils constituent à leur
manière un modèle à suivre.
Mais, d’ici là, il faut
d’abord gagner ces élections ou
plutôt empêcher tes ennemis
intérieurs et leurs parrains
extérieurs de les gagner. Dieu
merci, dans chaque hutte, dans
chaque case, dans chaque famille
congolaise évolue au moins un
homme ou une femme capable de
saisir à la fois la gravité de
la situation et la portée de
cette lettre. C’est à cet homme
et à cette femme qu’incombe la
charge d’expliquer aux autres
destinataires de cette lettre
qui l’entourent que ta survie en
tant que peuple est en jeu. En
organisant ces élections dans la
précipitation et dans un ordre
renversé, tes ennemis intérieurs
et leurs parrains extérieurs
cherchent à te surprendre et à
t’extorquer cette LEGITIMITE
dont ils ont tant besoin pour
poursuivre de plus belle leur
sale besogne. A ton tour de les
surprendre – tel est surpris qui
croyait surprendre ! – en
demandant aux citoyens d’adhérer
librement au schéma ci-après
dont le principal mérite est
qu’il transforme chaque voix
en…or ! Ici, toute voix
susceptible d’être « bradée »
est, en quelque sorte, retirée
de la circulation.
Peuple congolais,
La seule façon de faire échec
au plan machiavélique de tes
ennemis réside dans ta capacité
à administrer « de grands
remèdes aux grands maux ». Comme
ils ont imposé le démarrage du
processus par le sommet, à toi
de les surprendre en décidant
que seuls les citoyens
connaissant la valeur exacte de
leurs voix à ce niveau te
représenteront aux élections
présidentielles et législatives.
Il s’agit de ceux qui peuvent au
moins maîtriser les grandes
articulations de ta Constitution
– qui sera du reste réécrite
après ces élections législatives
et sera traduite dans les quatre
langues nationales - car, à ce
stade, il faut au moins être
capable de protéger la
Constitution aujourd’hui trop
facilement violée. Ceux qui
choisiront nos dirigeants au
niveau national doivent en effet
être capables d’IMAGINER quel
Congo ils veulent pour eux et
pour leurs enfants afin de
choisir avec toute la rigueur
nécessaire les hommes et les
femmes ayant le profil de la
fonction. Les dirigeants
provinciaux (gouvernement et
assemblée provinciaux) devront
être choisis, contrôlés et
sanctionnés par les seuls
citoyens qui savent au moins
lire et écrire en Swahili,
Lingala, Tshiluba ou Kikongo non
seulement parce qu’il faut
parfois écrire à son élu,
souvent éloigné, pour lui
demander des comptes mais aussi
parce qu’il faut inciter les
compatriotes analphabètes à se
libérer rapidement de cet
handicap. Les dirigeants locaux
enfin (mini-gouvernement et
assemblée locaux) devront, quant
à eux, être choisis, contrôlés
et sanctionnés par tous les 29
millions de citoyens adultes
parce que, compte tenu de la
proximité par rapport à leurs
gouvernants, tous les congolais
adultes connaissent la valeur de
leur voix à ce niveau et sont
donc capables de faire
constamment valoir ton statut de
patron. Tes ennemis ne te
montreront jamais que le
véritable développement de ton
pays prend appui sur le travail
qui se fait ici c’est-à-dire au
niveau local.
Peuple congolais,
Autant la Constitution
reconnaît à chaque citoyen le
droit de désobéir à tout ordre
manifestement illégal, autant
elle protège tout citoyen qui
refuse de s’inscrire dans un
schéma manifestement suicidaire.
Refuser de prendre part à un «
vote -extorsion » est un acte à
la fois subliminal et
libérateur. Tu n’as donc aucune
crainte à avoir par rapport à
cette décision que les
générations futures et mêmes
présentes salueront comme étant
ta seule vraie grande décision
de peuple enfin libre !
Tu dois t’imposer cette
discipline de fer si tu veux
t’affranchir de l’asservissement
actuel ; tu dois t’imposer cette
discipline de fer pour faire
disparaître de la scène
politique tous ces médiocres qui
y pullulent ; tu dois t’imposer
cette discipline de fer si tu
veux que ce pays t’appartienne
encore demain…bref, si tu veux
mettre définitivement fin à la
carrière de tous ces politiciens
de pacotille, fais disparaître
du jeu politique toutes ces «
voix de l’ignorance », voix que
ces politiciens sans foi ni loi
ramassent à la pelle moyennant
une bouteille de bière, un
pagne, un t-shirt, un poisson,
une aspirine… toujours
accompagnés d’une montagne de
promesses jamais tenues. Du
reste, ces minables « présents »
proviennent du sang de tes
compatriotes versé pour
permettre à la plupart de tes
dirigeants actuels d’accéder au
pouvoir, pouvoir dont ils se
sont servi par la suite pour
dilapider ton patrimoine. A toi
de décider, en toute liberté,
d’être effectivement le PATRON
en appliquant les propositions
ci-dessus ou, au contraire, de
demeurer éternellement un
esclave, un serviteur, un
asservi car, comme dit l’adage,
« il existe des peuples
colonisables » !
Peuple Congolais,
Pour terminer cette longue
lettre, laisse-nous te rappeler
que c’est en fait depuis plus de
120 ans qu’en tant que peuple,
tu es dominé, soumis et
exploité. D’abord, durant 23 ans
(1885 -1908), par un Roi –
Léopold II – trop grand pour son
pays et dont le rêve était de
constituer un vaste empire
colonial à léguer à son royaume.
Ensuite, durant 52 ans (1908 –
1960 ), par le royaume de
Belgique qui amorce
l’exploitation à grande échelle
de tes ressources. Enfin, durant
plus de 45 ans (1960 – 2006), de
pseudo–indépendance,
successivement par le monde dit
libre et, depuis la fin de la
guerre froide, par le monde,
tout court. Voulu par tous les
puissants de ce monde, ton
asservissement ne peut donc
prendre fin que si tu organises
de façon intelligente les seules
vraies forces dont tu disposes
en propre. Tout au long de cette
lettre, nous avons désigné ta
méconnaissance des enjeux réels
comme étant le socle sur lequel
se construit le système qui
t’exploite. Prends en compte
cette ignorance – qui, au
demeurant, n’est que relative –
dans l’organisation et la
distribution des responsabilités
citoyennes et tu te seras ainsi
doté de la seule arme vraiment
efficace dont tu puisses
disposer pour arrêter
définitivement ton
asservissement. Juste un mot sur
l’identité de tes fils et filles
qui participent à cette sale
besogne. Tu dois savoir qu’ils
sont dans tous les rouages de la
vie politique, économique,
académique et scientifique,
sociale, culturelle, etc. Ne
sois pas surpris de les
retrouver jusque et y compris
dans les confessions religieuses
! Comment les découvrir ? Rien
de plus facile ! Il te suffira
de décrypter les différentes
réactions au contenu de cette
lettre pour savoir qui est qui !
Peuple congolais,
C’est vraiment maintenant que
tu dois briser les chaînes qui
t’enferment dans une ignorance
savamment entretenue pour
effectivement prendre possession
du pays que Dieu t’a donnée.
Lève-toi !
Pour la Plate-forme « DEBOUT
CHRETIENS ET CROYANTS »
Modeste MBONIGABA M. MULIMBI
Coordonnateur Adjoint.
Porte Parole
François KANDOLO wa KASHALA,
Coordonnateur.
Source: Congoone |