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Malu Malu bouc émissaire Par Le Potentiel Ne tirez pas trop sur le pianiste.
11 candidats à l’élection présidentielle viennent, dans un mémorandum, exiger la démission du président de la Commission électorale indépendante, Cei. Auparavant, le président de la Conférence épiscopale nationale du Congo, Cenco, reprochait à la Commission électorale indépendante d’avoir décidé unilatéralement du calendrier électoral définitif au-delà de la date du 30 juin. Mais c’est l’Udps qui avait donné le ton en mettant en doute la crédibilité de la Cei. Trop de tirs sur le pianiste. Il ne se passe plus un seul jour sans qu’on tire à boulets rouges sur la Commission électorale indépendante, Cei, et particulièrement sur son président. Déjà, aux lendemains du référendum constitutionnel, nombreux sont ceux qui avaient mis en doute le résultat définitif de ce référendum. Par des interprétations sélectives de ce résultat, chacun y est allé de son goût avec ses calculs pour démontrer que le « Oui » ne l’avait pas remporté et que l’enrôlement ne s’était pas déroulé dans des conditions de fiabilité irréprochable. Pour prouver qu’ils avaient raison, ils brandissent aujourd’hui la plainte de la même Cei à la Justice, mettant en examen plus de 50 mille électeurs qui ont réussi à se faire enrôler plusieurs fois. Or, ces personnes ont pris part au référendum constitutionnel. Doit-on revoir à la baisse le résultat de ce vote ? La grande salve a été tirée par Mgr Monsengwo, président de la Conférence épiscopale nationale du Congo, Cenco. Il conteste au président de la Cei le pouvoir d’avoir décidé unilatéralement du calendrier électoral définitif, prolongeant tacitement la transition, alors qu’il devait s’agir d’une décision politique prise lors d’un consensus politique qui aurait connu la participation de toutes les forces vives de la Nation. Comme s’ils venaient de sortir de leur torpeur, 11 candidats à l’élection présidentielle ont préféré appuyer sur l’accélérateur en exigeant la démission du président de la Commission électorale indépendante. Ils mettent en doute la crédibilité des listes électorales, la non publication de la liste des enrôlés, la partialité et bien entendu la prolongation unilatérale de la transition Ainsi, trop de tirs sur le pouvoir organisateur des élections, mettant ainsi sa crédibilité en cause. Ce qui n’est pas de bonne augure dès lors que cette contestation intervient avant les élections. Qu’en sera-t-il de l’après-élection dans la mesure où il y a trop d’appelés mais peu d’élus ? Quelle action politique entreprendre en ces moments précis pour que la crédibilité de la Cei ne soit pas totalement entamée ? Malu Malu doit-il porter le chapeau de toute cette polémique autour de la Cei . DE LA CONFIANCE INTERNE Face à tous ces tirs, il importe d’examiner froidement la question. Les critiques émises contre la Cei sont-elles fondées ? De prime abord, il est un fait que la peur des élections peut pousser des candidats à plusieurs réactions, voire à de la surenchère politique. Mais en prenant seulement les cas de plus de 50 mille fraudeurs, la multiplicité des calendriers électoraux dont les délais n’ont jamais été respectés, il y a lieu de reconnaître que les critiques sont en partie fondées. Tout comme le reproche fait à la Cei de ne pas interpréter unilatéralement les articles 196 de la Constitution de la transition et 222 de la Constitution du 18 février 2006 est également justifié. La sagesse politique devrait pousser le président de la Cei à se concerter avec d’autres institutions de la transition, au-delà la classe politique, dans le seul souci de transparence et non de défi. La Cei s’est comportée sagement dans l’interprétation des articles 28 et 110 de la Loi électorale en saisissant la Cour suprême de justice. Le ciel ne lui est pas tombé sur la tête. Pourquoi cette précipitation qui érode la confiance interne, indispensable à la bonne tenue des élections ? Le crédit externe dont bénéficie la Cei pour le travail abattu demeure un atout important. Réalisé ce que cette commission a fait dans un pays sans administration relève de la gageure. Pourquoi alors cet acharnement sur la Commission électorale indépendante ? En attendant la réponse à cette interrogation, il convient de retenir que cette confiance externe pourrait ressembler à un château bâti sur du sable si, au plan interne, la crédibilité de la Cei est remise progressivement en doute. Il en sera de même des résultats des élections soutenues dans une spirale de contestations, avec toutes les conséquences imprévisibles que cela comporte. REAJUSTER LE TIR Evidemment, la question fondamentale qui se pose est celle de savoir si la démission de l’ Abbé Malu Malu résoudrait le problème. D’emblée, la réponse est négative au stade actuel des choses. Il n’existe aucune procédure pour le destituer, les acteurs politiques le savent. Ce serait tomber dans le piège de la surenchère politique. Celle-ci, en effet, tient de la peur des élections. Nombreux sont ces formations politiques qui tiennent à un processus électoral exclusif et non inclusif : ils ne veulent pas aller aux élections avec les autres. Alors, ils s’empressent à entretenir cette pression sur la Cei et faire de Malu Malu le bouc émissaire de la non tenue des élections avant le 30 juin 2006. En plus, le retard occasionné dans la préparation des élections n’incombe pas directement à la Cei qui ne disposait pas d’arguments juridiques pour fixer le calendrier électoral ; à savoir le projet constitutionnel ; la loi électorale pour ne citer que ces textes juridiques. Le gouvernement des composantes et entités a pris tout son temps; tandis que les parlementaires ont accordé de l’ importance à l’accessoire avant de se décider sur l’essentiel. Conséquence ? Il s’est passé un bon bout de temps qui influe maintenant sur la date butoir de la transition et la fixation du calendrier électoral définitif. En plus, les partenaires extérieurs, souvent dubitatifs et réticents, n’ont délié la bourse qu’à compte gouttes. En décidant du calendrier électoral définitif, la Cei tient à ce que les élections aient effectivement lieu, contrairement à certains acteurs politiques qui ne veulent plus des élections. Mais il n’empêche que la Commission électorale indépendante, le Ciat, le Parlement et le gouvernement, pour ne citer que ces institutions, peuvent se mettre autour d’une table afin d’examiner, point par point, les critiques formulées à l’endroit de la Cei. L’objectif poursuivi est de consacrer « l’indépendance et la neutralité » de la Cei à tout moment, plutôt que de donner l’impression d’être « dépendante », suscitant ainsi de la méfiance, comme c’est le cas en ces moments. Ce qui permettra à la Cei dont l’ œuvre est perfectible de prendre note des observations pertinentes pour pouvoir rectifier le tir. LA CREDIBILITE DE L’EGLISE Ce n’est peut-être pas un élément essentiel, mais il mérite d’être souligné. Il est d’abord difficile de concilier la morale « religieuse » avec la morale « politique ». Mgr Monsengwo en a fait une amère expérience, alors président de Haut Conseil de la République -Parlement de transition, Hcr-Pt. Les « politiciens zaïrois », inspirés par Mobutu, avaient fini par le désacraliser, ne lui laissant même pas le temps de démissionner de son poste. On n’avait pas seulement tiré à boulets rouges sur Monsengwo, mais également sur l’Eglise catholique du Congo. Aguerri par les turpitudes d’une classe politique imprévisible et versatile, Mgr Monsengwo avait déjà pris cause et effet pour le président de la Cei en précisant que, « bien qu’il soit prélat catholique, ses actes n’engageaient pas l’Eglise catholique ». Aujourd’hui, le président de la Cenco constate que l’Abbé Malu Malu pourrait sûrement commettre les mêmes erreurs que lui. Or, la meilleure façon de rencontrer les préoccupations des partenaires extérieurs pour qu’ils trouvent leurs comptes après tant de sacrifices financiers, réside aussi dans cette volonté d’être à l’écoute des acteurs locaux des forces vives, représentatives des intérêts supérieurs de la Nation. Sinon, on continuera toujours à tirer sur le pianiste, faisant de lui le bouc émissaire. Jusqu’à ce qu’il tombe de son piédestal. |
Le Roi Leopold II - Genocide au Congo
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