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Les éléments sont réunis pour une nouvelle guerre au Kivu, selon l’Archevêque de Bukavu, Mgr Maroy
Maroy_net.jpgComme sorti d’une torpeur, le Kivu réalise aujourd’hui le bourbier dans lequel il se retrouve. Ceci ressort, après la motion ‘‘incidentielle’’ des députés nationaux de cette partie meurtrie de notre pays, du réveil des principaux acteurs de la société civile partisans indéfectibles lors des dernières élections et complètement désabusés aujourd’hui. La rédaction de votre journal a reçu une missive signée de la main de Monseigneur François-Xavier Maroy, archevêque de Bukavu, sorte de mémo ouvert adressé à l’ambassadeur de France en RDC, en visite la semaine dernière à Bukavu.
Ce sont des larmes de la population du Sud-Kivu que le chef spirituel catholique présente à un étranger de passage chez lui. Son geste traduit l’ampleur du spleen, de la désorientation d’une population qui avait investi ses suffrages dans la ‘‘paix’’ pendant les consultations électorales mais qui récolte au pire des cas la guerre. ‘‘Aujourd’hui, nos villages et nos villes sont dominés par une psychose de la guerre’’, écrit Mgr Maroy. Pour le prince d’Eglise, et selon le constat de la population, ‘‘les éléments sont apparemment réunis pour une nouvelle guerre au Sud-Kivu’’.

Comme votre journal n’avait de cesse de le mettre en évidence au cours de ces éditions, s’attirant parfois la vindicte des fils des provinces de l’Est, le réveil est aujourd’hui sans appel, brutal, peut-être tardif, dans la torpeur.

‘‘Il y a un mouvement d’infiltration massive et systématique en provenance du Rwanda par les points frontaliers de la Rivière Ruzizi, d’Uvira, de Nyengezi, de Kaza-Roho à Cahi Bukavu’’, dénonce-t-il. Il évoque même le placement militaire qui, selon lui, ‘‘reproduit le même schéma que celui qui a prévalu juste avant le déclenchement de la guerre par le RCD en 1998’’.

L’évêque fait allusion au commandement des brigades laissé entre les mains des officiers issus de l’ex mouvement rebelle RCD-Goma, notamment la onzième brigade dans le territoire de Walungu à Kanyola où a été perpétré le massacre, le week-end dernier, d’une trentaine de Congolais par les extrémistes hutus rwandais des FDLR, ‘‘la quatorzième brigade un peu plus au Nord et la troisième brigade dans la ville de Bukavu’’.

Et l’archevêque de s’interroger sur l’ensemble de fait, mais aussi sur la présence d’un autre ancien du RCD-Goma comme commandant second de la Dixième Région militaire chargé des opérations : ‘‘Pur hasard ou réelle stratégie militaire ?’’.


Mgr_Maroy_net_2.jpgUn ingrédient de base utilisé par la recette et le fonds de commerce rwandais resurgit : ‘‘la campagne médiatique de la prétendue haine ethnique’’. Monseigneur Maroy dresse des parallèles entre la série des massacres, à l’image de celui de Kanyola qui rappelle étrangement un autre perpétré à ‘‘Lemera, dans le territoire d’Uvira avant les attaques décisives de la guerre de l’AFDL’’. ‘‘La nature de la cruauté à l’arme blanche est contraire à notre culture et rappelle les massacres de Kasika et de Makobola’’, à quelques lieues du sommeil du commandant de l’armée régulière, sans que les cris des douleurs des victimes ne l’émeuvent ou ne perturbe sa quiétude, fait remarquer Mgr François-Xavier Maroy.

Et signe avant-coureur, comme en 1996, précise l’archevêque de Bukavu, les femmes et enfants des Banyamulenge ‘‘instrumentalisés’’ se retirent vers les pays voisins ‘‘et laissent seuls les hommes dans les hauts plateaux du Sud-Kivu’’.
 
Le silence du Chef de l’Etat

Les interrogations demeurent, affirme Monseigneur Maroy. ‘‘Que signifie le silence des institutions de la République à savoir le chef de l’Etat, le Parlement, le Gouvernement central et le Haut Commandement militaire devant les massacres à répétition à Kanyola? ''

‘‘Sous d’autres cieux, pour une prise d’otage, même d’une seule personne, l’appareil étatique de son pays se mobilise. Pour le gouvernement de la République Démocratique du Congo, devant la menace d’une nouvelle guerre et pendant que sévissent des massacres de la population civile, au lieu de s’attaquer au vrai problème qui est d’ordre sécuritaire et militaire, on nous propose la Table-ronde inter-communautaire’’’, déplore le prince d’Eglise qui avait soutenu ouvertement Kabila lors de la présidentielle 2006.

‘‘Complicité ou ignorance ?’’, s’interroge-t-il à nouveau. Il évoque ensuite le ‘‘mixage négocié dans les pays voisins’’ dont les résultats ne sont pas probants… ‘‘Existe-t-il des accords ou des contrats de nos gouvernants politico-militaires avec nos agresseurs ?’’, se demande Mgr Maroy comme s’il avait compris quelque chose.

Il veut aussi comprendre pourquoi envoie-t-on des soldats en guerre, à l’instar des campagnes précédentes, ‘‘sans logistique ni ravitaillement suffisants : est-ce pour les affamer et les décourager ou tout simplement pour les livrer à l’ennemi ?’’, quatrième question lumineuse.

Et enfin, à la fameuse Communauté internationale qui a drainé les Interahamwe, les Rasta et les FDLR en RDC, il voudrait savoir à quand leur retour ? ‘‘Est-ce la manière de récompenser le peuple congolais de l’Est pour son hospitalité ?’’, veut-il savoir.
A Kabila de prendre ses responsabilités


Sans trop se décourager, il interpelle Joseph Kabila, massivement voté au Sud-Kivu sous le thème de la ‘‘Paix’’ de prendre ses responsabilités. Cela se résumerait par l’envoie des troupes d’élite en vue ‘‘de contrer la guerre imminente au Nord et Sud-Kivu avant qu’il ne soit trop tard’’, prioriser le problème de la sécurité au Sud-Kivu tout en évitant de ‘‘distraire l’opinion avec des plans de Table-ronde qui n’aboutissent à rien’’. ‘‘Nous en avons l’expérience’’, avise Mgr Maroy. Et sans le désigner, il demande au peuple de l’Est d’ouvrir l’œil contre l’ennemi. Lequel ? ‘‘L’ennemi encore est là’’, écrit-il, textuel.

Drôle de réalité et de naïveté

Même dans la rubrique ‘‘ Ça n’existe qu’à l’Est’’, il est inconcevable de comprendre que les agents des services de sécurité et de l’intelligence aux frontières soient domiciliés dans des pays voisins, à fortiori ceux qui menacent l’intégrité de la RDC.

C’est le constat amer qu’a fait le Vice-gouverneur de la province du Nord-Kivu, Feller Lutaichirwa. Des agents et cadres de la Direction Générale de Migration (DGM), 19 au total et de l’Agence Nationale de Renseignement (ANR), 14, résident pour certains à Gisenyi et Ruhengeri au Rwanda, d’autres à Kisoro en Ouganda.

Et au lieu de les virer tout simplement, en tant qu’agents des services névralgiques du pays, ils sont seulement suspendus et sommés de trouver des habitations au Congo. Cette décision fait suite à la réunion du comité provinciale de sécurité du Nord-Kivu tenue la semaine dernière.

Le Vice-gouverneur de la province avait expliqué que ces services étaient rattachés à des attributs de l’Etat et que le fait que ces agents résidaient à l’étranger comportait des risques de trahison. Qui sait s’ils n’ont pas déjà vendu la mèche ? N’est-ce pas de la naïveté ?


 
Emmanuel Makila
    
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