|

| |
Les éléments sont réunis pour une
nouvelle guerre au Kivu, selon
l’Archevêque de Bukavu, Mgr Maroy
Le
Révélateur. vendredi 01 juin 2007
Comme
sorti d’une torpeur, le Kivu
réalise aujourd’hui le
bourbier dans lequel il se
retrouve. Ceci ressort,
après la motion ‘‘incidentielle’’
des députés nationaux de
cette partie meurtrie de
notre pays, du réveil des
principaux acteurs de la
société civile partisans
indéfectibles lors des
dernières élections et
complètement désabusés
aujourd’hui. La rédaction de
votre journal a reçu une
missive signée de la main de
Monseigneur François-Xavier
Maroy, archevêque de Bukavu,
sorte de mémo ouvert adressé
à l’ambassadeur de France en
RDC, en visite la semaine
dernière à Bukavu.
Ce sont des larmes de la
population du Sud-Kivu que
le chef spirituel catholique
présente à un étranger de
passage chez lui. Son geste
traduit l’ampleur du spleen,
de la désorientation d’une
population qui avait investi
ses suffrages dans la
‘‘paix’’ pendant les
consultations électorales
mais qui récolte au pire des
cas la guerre. ‘‘Aujourd’hui,
nos villages et nos villes
sont dominés par une
psychose de la guerre’’,
écrit Mgr Maroy. Pour le
prince d’Eglise, et selon le
constat de la population,
‘‘les éléments sont
apparemment réunis pour une
nouvelle guerre au
Sud-Kivu’’.
Comme votre journal n’avait
de cesse de le mettre en
évidence au cours de ces
éditions, s’attirant parfois
la vindicte des fils des
provinces de l’Est, le
réveil est aujourd’hui sans
appel, brutal, peut-être
tardif, dans la torpeur.
‘‘Il y a un mouvement
d’infiltration massive et
systématique en provenance
du Rwanda par les points
frontaliers de la Rivière
Ruzizi, d’Uvira, de Nyengezi,
de Kaza-Roho à Cahi Bukavu’’,
dénonce-t-il. Il évoque même
le placement militaire qui,
selon lui, ‘‘reproduit le
même schéma que celui qui a
prévalu juste avant le
déclenchement de la guerre
par le RCD en 1998’’.
L’évêque fait allusion au
commandement des brigades
laissé entre les mains des
officiers issus de l’ex
mouvement rebelle RCD-Goma,
notamment la onzième brigade
dans le territoire de
Walungu à Kanyola où a été
perpétré le massacre, le
week-end dernier, d’une
trentaine de Congolais par
les extrémistes hutus
rwandais des FDLR, ‘‘la
quatorzième brigade un peu
plus au Nord et la troisième
brigade dans la ville de
Bukavu’’.
Et l’archevêque de
s’interroger sur l’ensemble
de fait, mais aussi sur la
présence d’un autre ancien
du RCD-Goma comme commandant
second de la Dixième Région
militaire chargé des
opérations : ‘‘Pur hasard
ou réelle stratégie
militaire ?’’.
Un
ingrédient de base utilisé
par la recette et le fonds
de commerce rwandais
resurgit : ‘‘la campagne
médiatique de la prétendue
haine ethnique’’.
Monseigneur Maroy dresse des
parallèles entre la série
des massacres, à l’image de
celui de Kanyola qui
rappelle étrangement un
autre perpétré à ‘‘Lemera,
dans le territoire d’Uvira
avant les attaques décisives
de la guerre de l’AFDL’’.
‘‘La nature de la cruauté
à l’arme blanche est
contraire à notre culture et
rappelle les massacres de
Kasika et de Makobola’’,
à quelques lieues du sommeil
du commandant de l’armée
régulière, sans que les cris
des douleurs des victimes ne
l’émeuvent ou ne perturbe sa
quiétude, fait remarquer Mgr
François-Xavier Maroy.
Et signe avant-coureur,
comme en 1996, précise
l’archevêque de Bukavu, les
femmes et enfants des
Banyamulenge ‘‘instrumentalisés’’
se retirent vers les pays
voisins ‘‘et laissent
seuls les hommes dans les
hauts plateaux du
Sud-Kivu’’.
Le silence du Chef de
l’Etat
Les interrogations
demeurent, affirme
Monseigneur Maroy. ‘‘Que
signifie le silence des
institutions de la
République à savoir le chef
de l’Etat, le Parlement, le
Gouvernement central et le
Haut Commandement militaire
devant les massacres à
répétition à Kanyola? ''
‘‘Sous d’autres cieux,
pour une prise d’otage, même
d’une seule personne,
l’appareil étatique de son
pays se mobilise. Pour le
gouvernement de la
République Démocratique du
Congo, devant la menace
d’une nouvelle guerre et
pendant que sévissent des
massacres de la population
civile, au lieu de
s’attaquer au vrai problème
qui est d’ordre sécuritaire
et militaire, on nous
propose la Table-ronde ‘inter-communautaire’’’,
déplore le prince d’Eglise
qui avait soutenu
ouvertement Kabila lors de
la présidentielle 2006.
‘‘Complicité ou ignorance
?’’, s’interroge-t-il à
nouveau. Il évoque ensuite
le ‘‘mixage négocié dans
les pays voisins’’ dont
les résultats ne sont pas
probants… ‘‘Existe-t-il
des accords ou des contrats
de nos gouvernants
politico-militaires avec nos
agresseurs ?’’, se
demande Mgr Maroy comme s’il
avait compris quelque chose.
Il veut aussi comprendre
pourquoi envoie-t-on des
soldats en guerre, à
l’instar des campagnes
précédentes, ‘‘sans
logistique ni ravitaillement
suffisants : est-ce pour les
affamer et les décourager ou
tout simplement pour les
livrer à l’ennemi ?’’,
quatrième question
lumineuse.
Et enfin, à la fameuse
Communauté internationale
qui a drainé les Interahamwe,
les Rasta et les FDLR en
RDC, il voudrait savoir à
quand leur retour ? ‘‘Est-ce
la manière de récompenser le
peuple congolais de l’Est
pour son hospitalité ?’’,
veut-il savoir.
A Kabila de prendre
ses responsabilités
Sans trop se décourager, il
interpelle Joseph Kabila,
massivement voté au Sud-Kivu
sous le thème de la ‘‘Paix’’
de prendre ses
responsabilités. Cela se
résumerait par l’envoie des
troupes d’élite en vue ‘‘de
contrer la guerre imminente
au Nord et Sud-Kivu avant
qu’il ne soit trop tard’’,
prioriser le problème de la
sécurité au Sud-Kivu tout en
évitant de ‘‘distraire
l’opinion avec des plans de
Table-ronde qui
n’aboutissent à rien’’.
‘‘Nous en avons
l’expérience’’, avise
Mgr Maroy. Et sans le
désigner, il demande au
peuple de l’Est d’ouvrir
l’œil contre l’ennemi.
Lequel ? ‘‘L’ennemi
encore est là’’,
écrit-il, textuel.
Drôle de réalité et
de naïveté
Même dans la rubrique ‘‘
Ça n’existe qu’à l’Est’’,
il est inconcevable de
comprendre que les agents
des services de sécurité et
de l’intelligence aux
frontières soient domiciliés
dans des pays voisins, à
fortiori ceux qui menacent
l’intégrité de la RDC.
C’est le constat amer qu’a
fait le Vice-gouverneur de
la province du Nord-Kivu,
Feller Lutaichirwa. Des
agents et cadres de la
Direction Générale de
Migration (DGM), 19 au total
et de l’Agence Nationale de
Renseignement (ANR), 14,
résident pour certains à
Gisenyi et Ruhengeri au
Rwanda, d’autres à Kisoro en
Ouganda.
Et au lieu de les virer tout
simplement, en tant
qu’agents des services
névralgiques du pays, ils
sont seulement suspendus et
sommés de trouver des
habitations au Congo. Cette
décision fait suite à la
réunion du comité
provinciale de sécurité du
Nord-Kivu tenue la semaine
dernière.
Le Vice-gouverneur de la
province avait expliqué que
ces services étaient
rattachés à des attributs de
l’Etat et que le fait que
ces agents résidaient à
l’étranger comportait des
risques de trahison. Qui
sait s’ils n’ont pas déjà
vendu la mèche ? N’est-ce
pas de la naïveté ?
Emmanuel Makila
|
|
|
|
| |

Le Roi Leopold II - Genocide au Congo
|