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Le RDC face à plusieurs guerres à la fois ! Par Jean-Pierre Mbelu du CongoOne

En plus de l’agression rwando-burondo-ougandais dont le Congo continue d’être la proie, ce pays fait face à une guerre idéologique et à une « guerre sans merci dans les mines congolaises ». Il y a aussi la guerre psychologique utilisant la mort, la faim, la soif, l’appauvrissement à l’extrême des masses importantes de nos populations, le décervelage et la violence gratuite entretenue par « la police politique » des oligarques au pouvoir à Kinshasa pour briser en nous toute capacité de résistance.

Mais,chaque fois que les Congolais(es) essaient, tant soit peu, de se serrer les coudes pour faire face à cette barbarie multiforme, « les bien pensants » élaborent des théories sur la xénophobie, le goût effréné des Congolais(es) pour l’épuration ethnique et sur leur incapacité à vivre des relations intercommunautaires apaisées. Ainsi fomentent-ils, à quelques exceptions près, une guerre idéologique dont les médias « coupagistes » congolais et les médiamensonges internationaux font un grand écho. En catimini, ils se disent qu’un Congo uni est une force imbattable ! Leurs laquais le savent.

 I. La guerre idéologique

En effet, la guerre idéologique est une constante dans l’histoire des peuples et surtout de ceux qui vivent au Sud du monde. Pour justifier sa « barbarie exterminatrice », l’Occident lancé à la conquête du monde a fabriqué des pseudo-justifications de « sa mission civilisatrice ». Un sociologue et philosophe français avoue que « dans les manuels de géographie de mon enfance, la race blanche était définie par des qualités éminentes, alors que les « Noirs » étaient présentés comme paresseux et indolents, les « Jaunes » comme habiles et rusés » (E. MORIN, Culture et barbarie européenne, Paris, Bayard, 2005, p.81) La science a été mise au service de la légitimation de ces pseudo-justifications du racisme et de l’exploitation des peuples différents. Au vrai, « la science anthropologique (…) a longtemps soutenu que les races étaient qualitativement distinctes, affirmant la supériorité de certaines. » (Ibidem) Georges Vacher de Lapouge a soutenu anthropologiquement la supériorité de « la race aryenne ». « On sait, écrit Edgar Morin, que Gobineau avait également soutenu cette supériorité et que, par l’intermédiaire de Wagner, il a influencé Hitler. Chamberlain, qui a écrit en 1899 les Fondements du XIXe siècle, a prétendu fonder scientifiquement la supériorité raciale des aryens. » (Ibidem, p.81-82)

L’agression rwando-burundo-ougandaise du Congo s’est servi d’une pseudo-justification que nous, Congolais(es) avons été plusieurs à avaliser. « Les Congolais aiment l’argent, la musique les femmes et la bière. » (Comme s’ils étaient une race rare au monde ! Et quand, Pierre Péan, dans Noires fureurs et blancs menteurs soutient que les Tutsi utilisent leurs filles pour appâter « les grands du monde », il est vite qualifier de révisionniste !) Bien que cette agression ait été téléguidée par « les maîtres du monde », elle a eu besoin d’ « une idéologie de pacotille » pour que ses victimes déconsidérées ne puissent pas compter à la face du monde. Pourquoi la communauté dite internationale s’occuperait-il de plus de 5000.000 d’ « alcooliques », d’ « adultères » et d’ « idolâtres » du dieu argent ? La preuve est que jusqu’à ce jour, nos morts n’ont jamais fait l’objet d’une quelconque enquête ni au niveau national, ni au niveau international.

Cette « idéologie de pacotille » n’a pas manqué d’être démentie par la réalité des faits. L’échec de « la guerre de 1998 », l’unanimité des députés (institutionnels) autour des résultats de la Commission Lumbala sur Kahemba, le refus du discours complaisant de William Lary Swing à Rutshuru (suivi de la lapidation de ce haut responsable de l’ONU), la colère des populations de Moba contre les fonctionnaires de l’ONU,  etc. sont autant des preuves que les Congolais ne sont pas continuellement des « ivrognes ». Il leur arrive de se de marquer des limites à leur patience, de se réveiller de leur somnolence et de résister.

 Et souvent, ils sont capables de justifier les actes qu’ils posent. Le cas des chefs coutumiers de Moba est un exemple éloquent. Dans une lettre datée du 21 juillet (non remise en question jusqu’à ce jour), ils argumentent pour justifier leur refus du retour des réfugiés Tutsi Rwandais (abusivement dénommés ‘Banyamulenge’ pour le besoin de la cause) sur le territoire de Moba. Ils notent ce qui suit : « Vu le refus notoire des Tutsi Rwandais, ayant résidé dans le Territoire Moba avant la guerre d’agression, de s’intégrer dans la communauté, attitude illustrée par les faits ci-après :

-Les velléités hégémonistes en créant une chefferie de fait dans le Secteur de BENA KAMANA,

-Avoir excellé à la récidive en créant une fois de plus un territoire dont la rivière Lufuko était la limité au Sud ;

-Création anarchique d’un aérodrome, de plusieurs écoles, églises, etc.,

-Mise à mort de leurs travailleurs autochtones dans les travaux champêtres et le commerce, qui osaient réclamer leur salaire », etc. (cfr site de l’Apareco)

Là où les Congolaise parlent de velléités hégémonistes, des créations anarchiques d’aérodrome, d’écoles et d’églises, de mise à mort des travailleurs autochtones, les « bien pensants » voient le souci d’exclusion, d’épuration ethnique et les excès de xénophobie.

Le comble est que souvent, ces « biens pensants » font partie des pays où le refus d’intégration est un motif plus que suffisant pour être expulsé de leurs territoires…(Les Belges n’ont pas supporté que la femme du président de l’Equateur soutienne qu’en gardant deux équatoriennes dans leur centre fermé, ils ont eu recours aux méthodes dignes de la Gestapo !) Mais face à tout un peuple réduit aux « alcooliques », aux « adultères » et aux « idolâtres » du dieu argent, le recours à ces arguments spécieux (de xénophobie, d’épuration ethnique,etc.) fait des émules !

Quand, avant la mascarade électorale de 2006, les quelques « empêcheurs de penser en rond » que compte encore ce scandale géologique avaient exigé qu’il y ait recensement et que les candidats à différentes élections déclinent leurs identités, les mêmes « bien pensants » avaient crié à la xénophobie. Ils avaient décrié « la congolité » assimilée à « l’ivoirité ». Et tout propos sur ces questions avait été proscrit des médias jusqu’au jour où, à travers les mêmes médias, le Président de l’Assemblée Nationale avouera que plusieurs députés à double nationalité avaient été élus en violation flagrante de la Constitution. (Nous attendons que le moratoire de trois mois qui leur avait été accordé expire « avant longtemps »…)

Donc, chaque fois que des Congolais(es) essaient de prouver dans les faits que « l’idéologie de pacotille » soutenant le pillage des richesses de leur pays et les velléités hégémonistes de quelques « maîtres du monde » et/ou de leurs valets peut être considérée, à certains moments, comme une vue d’esprit, la rengaine revient : ils sont xénophobes et épris des désirs d’épuration ethnique. L’évocation de l’épuration ethnique sert d’échappatoire pour anéantir les efforts de résistance déployés par les filles et fils du Congo conscients de véritables enjeux auxquels leur pays fait face dans la nouvelle géopolitique mondialiste.

Dans l’entre-temps, le pillage poursuit son petit bonhomme de chemin, une « guerre sans merci (se mène) dans les mines congolaises ». Et Heureusement ! Le monde entier n’est plus aussi dupe que le croiraient les marchands du «turbo-capitalisme ».

II. La guerre dans les mines

Les visiteurs du site de Michel Collon (www.michelcollon.info) peuvent avoir lu un article intitulé « Au Congo, bat le cœur de l’Afrique » publié le 22 juillet 2007. Faisant allusion au Kivu, l’auteur de cet article note : « Ici, les ingérences occidentales ne sont même pas occultes. Elles peuvent décemment pas se targuer d’être ‘humanitaires’ quand elles fournissent en armes les groupes qui leur permettent de se servir en minerais et que le projet de fragmenter le cœur de l’Afrique en petites entités sans autonomie politique et militaire, sorti de sa latence depuis les cartons de l’AMFI et de la Barrick est en cours d’exécution depuis le milieu des années quatre vingt dix. » L’auteur de cet article sait (comme la plupart des Congolais(es)) que « l’Est du Congo a été traité par le Rwanda et l’Ouganda comme leur arrière-pays à dépecer pour ses ressources minières, les bénéfices servant en retour à financer la guerre. Les transnationales minières et les grands financiers se sont arrachés les marceaux du Congo les plus rentables immédiatement en s’alliant aux tendances politiques qui leur étaient favorables ainsi qu’à leurs groupes rebelles. Elles ont parfois créé leurs milices privées. Parmi elles, peuvent être citées les compagnies géantes comme la Consolidated Eurocan Ventures du Lindin Group, Barrick Gold Corporation (BGC),(…) l’Anglo American Corporation (AAC) d’Afrique du Sud (…) » Il mentionne aussi le fait que dans « le Conseil de transaction de la Barrick siège l’ex-président Bush, père de l’actuel président » des U.S.A.  Et que « l’AMFI (American Minerals Fields Inc.) créé en 1995 a pour dirigeants des financiers occidentaux qui participent à l’élaboration d’enjeux stratégiques mondiaux dans tous les domaines techniques, politiques et même scientifiques. Leur ambition n’est plus seulement d’avoir des Etats assujettis à leur puissance, mais de forger de nouvelles entités étatiques qui seraient leur prolongement. » Pour ce faire, ils disposent des moyens économiques et militaires ad hoc. Leur ambition est de créer un ‘Nouvel Ordre Mondial’. La RD Congo demeure l’une de leurs cibles préférées. (Les 26 provincettes prévues par la Constitution de la troisième République ne sont-elles pas les futures nouvelles entités étatiques sans autonomie politique et militaire prévues par ce projet ? Le Congo uni fait peur. Il est fort et difficilement déboulonnable !)

Il n’y a que les amnésiques qui ont oublié que l’agression du Congo en 1996-1997 visait la conquête de sa partie dite « utile » ; c’est-à-dire tout l’Est. C’est ainsi que le Katanga n’échappe pas aujourd’hui à cette « guerre sans merci ». Et les méthodes sont restées les mêmes que celles utilisées avant la mascarade électorale de 2006 : créer les alliances avec les hommes au pouvoir et leur entourage. Pour dire les choses autrement, créer des réseaux. Ces réseaux se font et se défont. Dans un article publiait dernièrement sur le site de Tends Tendances, Eric Bruyland en témoigne quand il écrit : « Dans les milieux politiques de Kinshasa, on parle même d’une partie de bras de fer au sein de la famille présidentielle. Aiguillonnée par son conseiller Katumba Mwanke (très proche de Dan Gertler), Joseph Kabila aurait insisté pour qu’on arrête le Zimbabwéen blanc et exploitant minier Billy Rautenbach. Ce dernier, principal actionnaire de camec, a été expulsé du pays par le gouvernement congolais la semaine dernière. Jaynet Kabila, la sœur du président, s’y serait opposée sans succès. » (E. BRUYLAND, Guerre sans merci dans les mines congolaises, dans www.trends.be du 03 août 2007) Que vient faire Jaynet Kabila dans cette affaire ? Où se trouve le gouvernement ?

De tout ce qui précède, il ressort que réduire la question de la sécurisation et de la pacification du Congo à un problème de convivialité ou du vivre-ensemble entre les différentes communautés congolaises, c’est édulcorer la réalité. La question congolaise n’est pas qu’un problème intercommunautaire comme certains « bien pensants » et leurs valets voudraient nous le faire croire. Elle est complexe. Elle participe des décisions du « turbo-capitalisme », par les multi et  transnationales interposées, d’engager les pays africains riches en cerveaux et en matières premières, sur la voie de ce qu’elles estiment être ‘le Nouvel Ordre Mondial’ en vassalisant certains hommes politiques africains ayant transformé la gestion politique des pays qu’ils gèrent en des affaires personnelles et familiales.

Dans ce contexte, la solution prônée, le jour de la célébration du dernier anniversaire de son parti, par le président du RCD, Maître Azarias Ruberwa, de créer une Commission Permanente Justice, Vérité et Réconciliation serait insuffisante si elle ne se limite qu’ à mettre autour d’une même table les Congolais(es) et ceux de leurs voisins voulant partager la nationalité congolaise.

Cette solution est insuffisante dans la mesure où elle n’implique pas  ceux qui, un jour, dans leurs bureaux climatisés, ont décidé de dépecer le Congo. Et puis, ils ne sont qu’à mi-chemin de leur projet en attendant la subdivision de ce pays en 26 provincettes…

(Il y a trois ans que dans Crimes organisés contre en Afrique centrale, Honoré Ngbanda abondait dans ce même sens. Pour des motifs  non-avoués de décervelage, la campagne de dénigrement orchestré contre ce grand intellectuel congolais – au passé sombre confessé- n’a pas permis à certains compatriotes de lire ce grand livre. Ils ont confondu l’homme et ses idées fondées sur des preuves incontestées jusqu’à ce jour.)

Pour tout prendre, soulignons que la question congolaise exige, fondamentalement, une rupture avec l’ordre politique actuel et ses alliances politico-économiques maffieuses pour une refondation d’un autre Congo avec d’autres alliés. Consommer cette rupture est un travail titanesque de renaissance impliquant un immense travail de l’intelligence, de connexion et d’interconnexion avec nos populations. Ce travail a déjà débuté. Les aveugles ne voient rien…

    
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