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Mbusa Nyamwisi : «Pour consolider la paix et l’unité nationale, il faut bâtir une Armée nationale, remettre l’ensemble de l’Administration publique à niveau». Par Freddy mulumba kabuayi

Un gouvernement de coalition est en instance d’être formé par le patriarche Antoine Gizenga. Une coalition faite de plusieurs forces politiques n’ayant jusque la en partage presque pas de vision commune de gestion des affaires publiques. D’autre part, le bas niveau du débat politique en RDC recentré plus autour des motivations de lutte de positionnement sacrifiant la réflexion dialectique sur les problématiques du développement du pays, nous avons décidé à engager des discours avec certaines forces politiques le plus représentatives de la coalition, de façon à permettre la compréhension de la note synthèse que défendra le premier ministre devant l’Assemblée nationale. C’est dans ce cadre que nous avons approché le ministre Mbusa Nyamwisi, président des Forces du renouveau, regroupement politique membre de l’AMP pour nous exercer à scruter ce que sera la contribution de cette plate forme dans cette vision partagée à élaborer.

M. le ministre, le regroupement politique que vous dirigez fait partie de l’AMP et va certainement participer au gouvernement de M. Antoine Gizenga. Avec quelle vision partagée autour d’un programme commun?

J’apprécie cette initiative qui peut-être constitue le déclic qui décidera les élites et les citoyens à soumettre au débat public la politique du gouvernement de la République. Une politique d’un gouvernement de coalition. Les Forces du Renouveau ont en partage la vision d’une praxis politique empreinte de moralité et de modernité en termes de rationalité de gestion de la respublica. De ce point de vue, nous sommes heureux de constater qu’au sein de l’ AMP, les défis de moralisation et de modernisation de la gestion des affaires publiques sont affirmées comme des conditions et des valeurs cardinales qui vont aider à refonder l’Etat et à relancer une économie presque en banqueroute, pour espérer offrir des réponses durables à la forte demande sociale de notre peuple.

Plus concrètement, cela signifie quoi pour le peuple congolais ? .

Nous sommes heureux de noter que le chef de l’Etat et son Premier ministre sont en communion d’esprit pour la révolution morale, la lutte contre les antivaleurs qui privent l’Etat de ses moyens d’action. Ce concept de moralité, nous le partageons entièrement parce que nous sommes un regroupement des forces politiques qui s’inspirent des valeurs spirituelles et chrétiennes.

Ensuite, nous insistons sur le défi de modernité pour requalifier la gouvernance et permettre de réaliser les promesses du Président autour de ses cinq chantiers. Cela signifie en termes plus concrets que nous devons travailler pour rebâtir notre Etat et relancer notre économie avec la mise en valeur de notre potentiel naturel c’est-à-dire les Ressources humaines et naturelles.

Le chantier de l’Etat ou le défi de sa refondation, parlons-en. Il est vaste et complexe. Quelles seront vos priorités, les partagez-vous avec les ténors de la coalition? .

En toile de fond, nous sommes tous d’accord qu’il faut réhabiliter les pouvoirs régaliens de l’Etat. Pour consolider la paix et l’unité nationale, il faut bâtir une Armée nationale, mais il faut remettre l’ensemble de l’Administration publique à niveau pour améliorer la gouvernance.

Parlons un peu de l’Armée et des FARDC. Cet outil par éxcellence de réalisation de première exigence de l’exercice de la souveraineté. Le brassage n’a pas été parachevé, les effectifs sont flottants et les statistiques peu fiables, la couverture nationale par les unités opérationnelles quasi déficitaire avec des seuils de performance peu glorieux. Le cas Kundabatware constitue encore une énigme, mettant en déroute forces armées nationales et éléments de la force internationale des Nations unies. Que faire? .

Tout d’abord sur le plan politique, il incombe au président de la République la compétence et la mission de la définition de la stratégie de la défense national et que la mise en œuvre de la politique de défense suppose une structure qui va guider les choix stratégiques déterminant la nature et l’orientation de notre politique de défense.

Une politique qui doit s’inspirer de notre propre expérience historique car il faut se convaincre à la lecture de cette expérience que l’évolution des contextes géopolitique et géostratégie internationale ont toujours eu des incidences sur la défense de la RDC. C’est pourquoi des réflexions doivent être articulées pour fixer les choix concernant les quantités, les qualités et le taux de couverture du territoire national en matériel, équipements, infrastructures et en unités opérationnelles.

Puisque nous parlons d’expérience historique. Celle-ci devra aussi s’inspirer de l’expérience de gestion pour espérer relever le défi de bâtir une Armée nationale. Il y a plusieurs centres d’impulsion, la Présidence de la République, le Conseil supérieur de la défense, le ministère de la Défense.

Tout à fait et fondamentalement il y a la valeur cardinale de moralité dans la gestion. Il faut combattre les antivaleurs pour redresser ce secteur vital. S’agissant des organes et des institutions qui interagissent pour la politique de la défense, la Constitution de la République est claire. Le président de la République a ses missions et ses prérogatives, le Conseil supérieur de la défense, les siens, le ministère de la Défense, naturellement.

Et le Conseil supérieur?

Il faut dire que le Conseil supérieur a mission d’élaborer des plans de défense conçus à moyen et à long terme et qui sont traduits sous forme de plans de développement, d’accroissement, de réhabilitation, d’infrastructures et de remplacement des matériels et équipements militaires.

Le Conseil supérieur prendra l’initiative de la programmatique et, tout en aidant à faire prendre une loi de programmation militaire pour esquisser les différentes séquences d’une loi programme portant sur le développement, la montée en puissance et l’équipement des forces armées.

Selon la vision des Forces du Renouveau, quelle sera la configuration de la nouvelle armée ?

Au finish, c’est-à-dire dans une perspective à construire dans la durée, il nous faut parvenir à l’assainissement et à la maîtrise des effectifs de la troupe, à la mise en place des moyens nécessaires, la réhabilitation et construction des infrastructures, la reprise de la formation militaire. Il faut, avec un effectif réduit, réorganiser les unités territoriales ou forces de couverture, les former et les équiper selon les missions. Avec objectif majeur de constituer une Force de réaction rapide très mobile capable d’intervenir sur l’ensemble du territoire national. Mais il faut cependant affirmer avec force que le développement du dispositif défensif du pays est toujours fonction du développement économique et social. Il va falloir s’attaquer à la relance de l’activité économique du pays pour escompter générer les ressources nécessaires pour requalifier l’exercice de la défense du territoire national.

Le budget national ne dépasse pas les 2 milliards de dollars. Avec quel argent la RDC va-t-elle se permettre de caresser le rêve de se doter d’une armée républicaine, forte et professionnelle?

Nous n’avons pas le choix si nous voulons continuer à exister comme Etat et Nation RDCongolaise. Notre foi dans ce dessein est conforté par les convictions du Premier ministre et sa détermination à moraliser la vie publique, très fortement soutenu en cela par le Président de la République. Si ce combat contre les anti-valeurs est bien mené, nous pouvons multiplier notre budget national dans des proportions très encourageantes. Ce qui va nettement améliorer notre image face aux différents partenaires. Au même moment que l’Etat devra allouer des ressources conséquentes à ses ambitions dans le secteur, nous devons impérativement passer par les arcanes de la coopération pour requalifier certains secteurs clés de l’Armée, dont: la formation, l’Administration, le génie, les transmissions, les unités para, blindées et autres spécialisées. Pour ce faire, nous devons, avec en prime le respect de intérêts majeurs de la Nation, négocier et établir des partenariats plus responsables avec la Belgique, la France, la Chine, les USA, la Grande-Bretagne, l’Angola et l’Afrique.

Et les autres secteurs?

Nous nous sommes étendu sur l’armée, parce qu’il est un secteur clé. Ensuite, il y a la Police et la justice. L’effort amorcé doit être poursuivi et consolidé. C’est autant dire que dans le moyen terme: il faut réhabiliter l’Etat et ses différentes administrations de façon à en faire l’instance catalyseur du développement national. C’est pourquoi nous parlons à la suite du Président de la République et du Premier ministre qu’il faut engager le combat contre les anti-valeurs. Le respect des dispositifs du code minier, à défaut de revisiter certains contrats, doit restaurer une pratique minière qui soit conforme au format et au standard international. Le pactole minier étant la principale mise qui permette au pays la levée des fonds nécessaires au financement de l’économie nationale. Il faut une remise en ordre du secteur. Bref, il nous faut un Etat crédible et efficace.

Il y a un autre vaste chantier de refondation de l’Etat dont je m’en voudrais de n’avoir pas fait mention. Il s’agit du chantier de la décentralisation. Il constitue le passage obligé de la consolidation de notre démocratie. Le gouvernement devra lui accorder une attention toute particulière de façon à consolider une gouvernance de proximité et de développement.

Et puis il y a le chantier économique...

Nous sommes pour une économie sociale du marché. Un marché au service de la société et non un marché pour le marché. Pour cela, il faut des infrastructures de base: routes, autoroutes, chemins de fer, ports et aéroports, électricité, écoles, hôpitaux, universités et centres de recherche pour accroître la mise en valeur des ressources naturelles du pays. Le Congo a le potentiel qu’il faut pour booster notre économie. Nous devons promouvoir l’investissement privé. La Chine et l’Inde vont monter en puissance. Les deux pays peuvent nous permettre une compétitivité économique dans cette phase de mondialisation avec notre possibilité de connexion autant sur l’Atlantique que sur l’océan Indien. C’est dans ces perspectives de coopération et d’intégration économique que nous pourrons davantage concilier nos intérêts à ceux de nos partenaires tout en générant des ressources pour financer les chantiers sociaux.

Par quoi allez-vous conclure ?

Il nous faut croire en notre pays. Redevenir maître de sa destinée. Il nous faut d’avance développer la masse critique et faire de ce savoir l’élément moteur de l’action gouvernementale dans la moralité et selon les normes de la .modernité. Fort heureusement que le Patriarche a fait de ces exigences son cheval de bataille. Mais au demeurant, il faut que davantage le débat public se développe autour des problématiques et de défi du développement national dans un environnement international par ailleurs impitoyablement compétitif.

Source: www.lepotentiel.com

    
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