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Dans une interview au journal Libre Belgique Mgr Monsengwo: «Faute d’un climat d’apaisement, on peut faire le lit d’une troisième guerre» Par Le Potentiel
De passage à Bruxelles, Mgr Monsengwo Pasinya a accordé une interview au journal Libre Belgique. Toujours préoccupé par l’évolution de la situation politique peu rassurante, le président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) continue à tirer la sonnette d’alarme. Il insiste sur un processus électoral inclusif, la tenue d’un dialogue pour un compromis politique. Faute d’un climat apaisé, a-t-il souligné, on fait le lit d’une troisième guerre. ENTRETIEN En avril, le cardinal Etsou a lancé un appel aux Congolais à tout faire, lors des élections, pour ne pas continuer à subir la domination des étrangers. C’est de la xénophobie ou une attaque directe contre le président Kabila, accusé de ne pas être Congolais? Je ne sais pas si ça concerne le président Kabila. Il est normal qu’un pays soit gouverné par des citoyens de ce pays, au moins au niveau de grands décideurs. Nous savons qu’en 1997-1998, le pays a été complètement dirigé par des étrangers, en dépit des personnes qui étaient en place. Et vous savez que la deuxième guerre a commencé, en 1998, en réaction à ce phénomène. Donc, s’il s’avérait que le pays n’est pas dirigé par des Congolais, il est normal que le cardinal tire la sonnette d’alarme. Moi, j’ai tiré la même sonnette d’alarme lorsque j’ai réclamé la vérité sur les personnes. C’est simplement un rappel aux Congolais qu’ils fassent bon usage de leur liberté et votent pour des Congolais dignes de gouverner ce pays et qui se mettent au service du peuple. C’est une question de principe qui n’a rien à voir avec la xénophobie ou avec une invitation touchant des personnes bien déterminées. On demande aux gens d’ouvrir les yeux. On note quand même un mouvement de plus en plus hostile à la communauté internationale. Comment l’expliquer et est-ce que ça risque de déboucher sur des violences? Effectivement, il y a un certain énervement. Je ne pense pas que ce soit le cas de craindre que les gens puissent s’attaquer aux étrangers purement et simplement. Je crains seulement que si la population avait la moindre impression d’une fraude structurelle ou d’une fraude organisée, que ça ne puisse nous amener à des dérives. Lorsqu’on considère la réaction des Congolais, cet énervement est dû au fait qu’ils ont l’impression que les jeux sont déjà faits, qu’on a déjà choisi qui gouvernera le Congo et que le reste ne sert à rien. Que plus vite on ira, mieux cela réussira. D’autres, comme moi, disent qu’il vaut mieux s’entendre sur les règles du jeu pour arriver aux élections dans un climat d’apaisement. Faute de quoi, on peut faire le lit d’une troisième guerre. L’Udps présente la force européenne d’intervention, qui doit être déployée lors des scrutins, comme destinée à réprimer le peuple. Est-ce une opinion générale au Congo? Je crois qu’il revient à la Force européenne d’expliquer l’objectif de sa mission. Et si l’Udps affirme ce qu’elle affirme -mais je ne suis pas le défenseur de l’Udps - c’est qu’il y a quelque part un malentendu. Il revient à la communauté européenne d’expliquer le bien-fondé de sa mission; et si cela a déjà été expliqué et que l’impression reste contraire, c’est qu’il faut mieux expliquer la raison d’être de cette force, qui peut faire du travail utile. Il va y avoir, après les présidentielles, 32 perdants et 9.207 après les législatives. Est-ce que les cultures congolaises sont capables de l’accepter? Je ne suis pas sûr qu’il y ait 32 perdants. Encore faut-il qu’il y ait 33 candidats, parce qu’il se peut que, par le jeu des alliances électorales, il y ait beaucoup moins que 20 candidats. Il y aura peut-être une dizaine de perdants. Ils devront chacun apprendre à gagner et à perdre. Mais il faut que les conditions pour l’apprendre soient claires dans le processus électoral et dans le calendrier électoral. Quel rôle joue l’Eglise dans la vulgarisation électorale et quel appui apporte-t-elle à la Commission électorale indépendante (Cei)? L’Eglise catholique, avec toutes les autres confessions religieuses, a fait un partenariat en juillet 2004 pour former le peuple, lui donner une éducation civique et électorale. Un programme a été mis en place, appuyé sur tout le territoire national par toutes les confessions religieuses. Et le peuple a été formé; c’est la raison pour laquelle, nous souhaitons qu’on ne précipite rien. LE RISQUE: «PREPARER DES TURBULENCES» Le président de la Cei, l’abbé Malu Malu, a annoncé le report des élections au 30 juillet. Vous vous êtes prononcé contre. Pourquoi? La position que j’ai prise au nom de tout l’épiscopat se fonde sur l’histoire du Congo. En 1960, les textes semblaient donner raison au président Kasa-Vubu pour qu’il révoque Lumumba. Cela a été fait et la communauté internationale était d’accord. Il se fait que Lumumba avait la majorité au Parlement. Et donc, nous avons commis un impair de nature constitutionnelle: dans la constitution, c’est celui qui a la majorité au Parlement qui aurait dû être le Premier ministre. Cela a créé une confusion qui nous a menés à différentes rébellions. Nous avons connu un autre cas en 1965, quand le parti de Moïse Tshombé a gagné les élections. Au lieu de nommer celui-ci, on a commis une nouvelle maladresse de nature constitutionnelle en nommant M. Kimba; aucun des gouvernements Kimba n’est passé devant la chambre. Cela a mené à 32 ans de dictature. Aujourd’hui, nous risquons de commettre encore un impair. La Constitution de la transition dit que celle-ci dure 24 mois, à compter de la formation du gouvernement de transition et prend fin avec l’investiture du président de la République, élu à l’issue des élections marquant la fin de la période transitoire. Une prolongation de deux fois six mois était prévue «en raison de problèmes spécifiques liés à l’organisation des élections». La transition a été prolongée de deux fois six mois, restant entendu qu’elle s’arrête au 30 juin 2006. A ce moment-là, est intervenue la constitution de la 3éme République. Celle-ci, en son article 222, dit: «Les institutions politiques de la transition restent en fonction jusqu’à l’installation effective des institutions correspondantes prévues par la présente constitution et exercent leurs attributions conformément à la constitution de la transition». J’ai interrogé des constitutionnalistes. Cet article 222 auquel les gens recourent pour re-proroger la transition, ne parle pas de la durée de celle-ci - elle est déjà définie dans la constitution de transition - et donne le primat à la constitution de transition sur la constitution de la 3éme République puisqu’ils continuent à gérer le pays conformément à la constitution de transition. Et là, les annales du Parlement, nous viennent en aide, qui précisent: «Cet article concerne le temps qui court entre l’élection du Président et les institutions jusqu’à la fin de la transition». Cela concerne le temps entre l’élection et l’entrée en fonction, durant lequel il doit y avoir la prestation de serment du Président et la validation des mandats des parlementaires; Et donc, le 30 juin 2006, la transition est terminée. Il faut donc - pour calmer les esprits - que la classe politique et la société civile en discutent, dialoguent. On n’a pas besoin de beaucoup de jours pour que, sur rapport du président de la Cei, on puisse décider. S’il dit qu’il faut deux mois pour tout finaliser et que les gens pensent que c’est crédible, ils vont le lui accorder. Mais, il faut qu’il y ait un consensus, avec un acte formel de la classe politique et de la société civile pour arriver à s’entendre sur l’après-30 juin. Personne ne le peut le faire tout seul, unilatéralement. Nous alertons l’opinion car, si l’on n’y prend garde, nous risquons de préparer des turbulences. Certains diplomates disent que l’Eglise joue un jeu dangereux en laissant croire qu’on peut encore retarder le processus. La position de la Conférence épiscopale est la suivante. Notre option fondamentale est que la conquête du pouvoir se fait par les urnes. De plus, on a tellement investi en moyens matériels, en moyens humains pour faire réussir les élections, qu’il serait bête de rater le coche parce qu’on veut se précipiter alors que tout n’est pas prêt. Enfin, nous, nous vivons avec le peuple; nous allons jusqu’au fin fond du pays, ce que ne font pas les hommes politiques. Nous ne voulons pas qu’on rate la mise en place d’hommes capables de bien gérer le pays - parce que nous ne pouvons pas continuer tel qu’on le fait. Vous parlez de la nécessité d’un consensus. Or, un des plus anciens partis politiques, l’Udps d’Etienne Tshisekedi, ne participe pas aux élections. Faut-il s’en contenter? Dans l’histoire de notre pays, jamais on n’a résolu un problème politique par l’exclusion. Jamais. L’exclusion a toujours entraîné des rébellions. En outre, tout le monde vient à Kinshasa prêcher l’inclusivité - l’Onu, des Européens, des ministres belges... Tirons-en les conséquences! L’inclusivité, c’est que Tshisekedi et les autres soient là. Est-ce qu’en soulignant qu’étant un des partis les plus importants, l’Udps devait être incluse, on ne lui a pas donné un instrument de chantage sur le processus? Je ne pense pas que l’Udps le considère comme un élément de chantage. Ils pensent que les jeux étaient faits à l’avance et que, donc, ça ne servait à rien d’aller aux élections. L’abbé Malu Malu, qui sert-il? La population? Kabila, comme le disent ses détracteurs? L’Eglise? Pour moi, l’abbé Malu Malu est un prêtre. Nous devons donc le protéger contre tous les dangers éventuels, physiques et moraux, et contre toute pression. Nous lui avons dit qu’il doit faire son travail dans un cadre purement technique et de laisser le politique aux politiciens. Il n’est pas toujours compris, mais nous voulons le protéger. C’est pour cela que nous prenons certaines positions que lui ne peut pas prendre. Vos critiques contre l’abbé Malu Malu ont été interprétées par certains comme un geste de dépit de votre part. Avez-vous encore des ambitions politiques? Si j’avais une ambition politique, j’aurais posé ma candidature aux présidentielles. Il y avait 4 millions de signatures, à Kinshasa, sur une pétition dans ce sens adressée au Saint-Siège mais je leur ai dit que c’était peine perdue parce que je n’ai aucune intention de m’occuper de politique. Ma mission est ailleurs. On ne quitte pas un état de vie pour une fonction éphémère. source: LA LIBRE BELGIQUE |
Le Roi Leopold II - Genocide au Congo
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