Article 112 de la loi électorale :
« La Haute autorité des médias organise, en sus du temps
d’antenne attribué à chacun de deux candidats demeurés en lice au
second tour de l’élection présidentielle, des débats
radiodiffusés ou télévisés contradictoires, qui permettront
à chacun d’eux d’intervenir.
Le nombre, la durée, les horaires des émissions ainsi que les
modalités pratiques de leur réalisation sont déterminés par
la Haute autorité des médias en concertation avec la
commission électorale indépendante. »
Karel de Gucht avait déclaré, lors d’un de ses voyages dans notre
pays, n’avoir pas rencontré d’hommes d’Etat digne de ce nom au Congo
avant d’aller féliciter le voisin rwandais pour son intelligence.
Modeste Mutinga de la Ham vient de lui donner raison.
Cette institution qui s’est montrée intransigeante, voire
inquisitrice, envers les médias et hommes politiques véhiculant des
messages contraires à l’éthique électorale vient de plonger notre
pays dans une épouvante difficilement inimaginable.
Alors qu’une fois de plus l’article 112 de la loi électorale ne
souffre d’aucune interprétation, un débat étant une discussion
généralement animée entre interlocuteurs exposant souvent des idées
opposées sur un sujet donné, la Ham a tout fait pour
manipuler cet article afin de le rendre conforme au souhait de
Kabila, ne pas participer au débat contradictoire.
Elle a commencé par proposer trois formats de
débats aux deux candidats là où la loi stipule que les modalités
pratiques de ce débat sont déterminées par la Ham en
concertation avec la Cei. Il n’est nullement question d’une
quelconque concertation avec les candidats !
Et devant le blocage prévisible engendré par le camp Kabila, qui
pour rappel avait déjà en son temps bataillé ferme pour qu'un tel
débat ne figure pas dans la loi électorale, la Ham aurait dû imposer
le face à face car plus conforme au principe du débat contradictoire
tel que décrit par l’article 112 de la loi électorale.
La Cei de Malu Malu avait déjà sauvé la mise à Kabila en
l’enrôlant tout militaire qu’il était. La Ham de Modeste Mutinga
vient d’éviter au même Kabila une humiliation certaine en refusant
ce qui était juste un débat d’idées où chaque candidat devait
défendre son projet politique et contredire, dans la forme et dans
le fond, les pensées et dires de son adversaire.
Kabila vient tout simplement de nous donner la preuve
supplémentaire que la démocratie des analphabètes est en marche au
Congo. Dommage qu’il soit la figure la plus emblématique de cette
démocratie et dommage pour le Congo que cette marche soit une marche
forcée en reculant. Vraiment dommage!
Jean-Eric Badibanga,
Le 26 octobre 2006