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Personnel politique, élections et vision de la nouvelle Cité,  Le Potentiel, (Kinshasa), 14 Janvier 2006.
Analyse de KABASUBABO KATULONDI, politologue, Essayiste, Président fédéral RDC.

Après 40 ans de gouvernance sous-développante, ayant abouti à la faillite de l'Etat (sa disparition à en croire Crawford Young) il n' est pas absurde d' affirmer qu'il y a au sommet de la pyramide sociopolitique beaucoup d'acteurs inaptes et impropres à la construction républicaine.

Cette pseudo-élite parle de la république et de la démocratie par mimétisme, sans en avoir solidement intériorisé les valeurs directrices. On ne peut traduire en actes, on ne peut construire que ce qui gît au fond de son système de pensées et donne un sens à sa marche dans le réel. Le Congo, à bien considérer la réalité de la transition, est dépourvu des bâtisseurs d'une nouvelle Cité. Cette réalité, qui d'ailleurs laisse très peu d'espace pour la polémique, tant le déficit de leadership transformationnel fouette l' esprit, exige que l' on pose avec sincérité le problème de l'obsolescence de l'élite politique au Congo.

Indubitablement, l'un des défis auxquels notre pays fait face est celui du renouvellement de sa classe politique. Eu égard à la nécessité de réinventer la politique et de bâtir une autre société, les opérateurs politiques vieillissants, les acteurs politiques obsolètes et ceux qui sont dépourvus d'un véritable engagement à la renaissance du Congo devraient être purgés du corps politique national. En effet, il nous semble absurde d'envisager la construction d'une nouvelle Cité avec des acteurs politiques dont le discours et les actes ne portent aucun indice de transfert sur le mode d'une politique novatrice et d'excellence.

A ce sujet, l'argument le plus répandu est qu'il faut qu'il y ait inclusion et que seules les élections peuvent permettre d'élaguer les opérateurs politiques ayant perdu les vertus de gouvernance. Certains de ces opérateurs politiques, note-t-on dans cet ordre d'idées, sont porteurs d'une expérience remarquable méritant d' être remise au service de la société. Ce sont surtout ceux qui sont pointés du doigt (comme fossoyeurs du peuple) dans ce débat sur l'élite dysfonctionnelle qui brandissent cet argument. Ces thèses sont porteuses d'un sophisme qu'il convient de déchiffrer et de répudier.

Commençons par régler cette partie de la réflexion. La République est l'espace où les hommes célèbrent leur humanité par le rayonnement de leur être. C'est un champ de civilisation dont la finalité est le bien-être de tous, par l'égalité et la justice, loin des instincts primaires, des pulsions de l'ego et de la libido qui provoquent les calculs et les réflexes d' anéantissement mutuel. Dans la République ainsi conçue, ne se présentent devant le peuple que les meilleurs de la société de par leurs idées, leur savoir- faire et leur savoir-être, offrant ainsi à ladite société les plus grandes chances d'une existence éclatante.

En d'autres termes, le peuple choisit parmi les meilleurs de sa société, ceux en qui il est en mesure de repérer les aptitudes d'éminence et les plus grandes possibilités de sa transformation. C'est là toute l'essence et tout le sens de la méritocratie: le gouvernement des meilleurs: des hommes en or, dont parle Thracymacus. C'est pourquoi dans les sociétés politiquement avancées, les mécanismes et critères de sélection des candidats aux élections sont extrêmement rigoureux. Ils exigent l'éducation du peuple pour qu'il soit en mesure de repérer ses fils et filles dignes de l' amener à la conquête de nouveaux horizons existentiels.

T. Ferneuille souligne à ce sujet: « L'Etat démocratique appelle le gouvernement des meilleurs. L'avenir du gouvernement populaire est subordonné à cette condition expresse que les masses démocratiques acquerront, par l'éducation et la pratique des institutions libres, la clairvoyance nécessaire pour discerner dans leurs rangs les éléments les plus sains, les plus vivaces et leur conférer le pouvoir ».

Seule la véritable crème politique pure d 'une nation peut se présenter devant le souverain primaire. Les immoraux, les acteurs incapables de présenter des schémas cohérents, les condamnés, les adultères patentés, les meurtriers, les escrocs, les tricheurs, ceux qui ont démontré leur incapacité de transformer la société, ne peuvent se permettre de se placer devant le souverain primaire pour accéder à la gestion de l'Etat. Ce sont là des dispositions que les sociétés prennent pour maximiser leurs chances de développement. Ces précautions empêchent de courir le risque énorme d'avoir aux commandes de la société des félins et autres kleptocrates de notoriété publique, capables de compromettre le bien-être de tous à cause de leur instinct naturel de prédateurs politiques. Cet instinct les amène à toujours s'accaparer les biens et ressources publics au détriment du reste de la société. C'est cela qui crée la crise de distribution, productrice des réflexes de la violence pour la sur vie dans un contexte où le peuple se voit nié les ressources et moyens nécessaires à une existence normale. Les élections sont, dans cette optique, des opérations de sélection qui, pour donner à une société des « leaders transformationnels », sont précédées par une rigoureuse présélection. Cette présélection consiste en un tamisage que la société, consciente des enjeux de son développement, s'impose pour se protéger contre les agents politiques dangereux.

C'est ainsi que cette réflexion insiste sur]a réinvention de la société civile au Congo. Elle doit être en mesure d'aider le reste de la société à s'exprimer, à s'éduquer et à se mobiliser pour participer au processus pré-électoral et électoral en vue de maximiser ses chances de se doter des meilleurs de ses fils et filles. Cette conception développementaliste des élections permet de les cerner comme l'une des opérations par lesquelles la société renouvelle son corps politique en y injectant les porteurs de la vision, les bâtisseurs de son futur. Soulignons qu'une telle toile des élections n'est envisageable que dans l'optique de la démocratique gouvernante.

C'est pourquoi, nous soulignons les périls de la conception réductionniste et institutionnaliste des élections, qui prévaut actuellement dans la transition, et qui ne les capte pas dans le périmètre général de la conquête d'autres horizons existentiels de la société. Sans contemplation d'un devenir heureux, on ne peut réaliser la nécessité d'avoir au sommet de l'Etat un personnel politique taillé à la hauteur des cimes du développement que nous, en tant que société, voulons atteindre. C'est pourquoi on peut affirmer que le Congo n' a que les dirigeants à la mesure de la misère dans laquelle il se vautre. II nous faut une vision d'ascension collective pour chercher des acteurs sculptés à la mesure de cet envol.

En termes de management politique, on peut noter que les élections constituent un mécanisme d'embauche des managers de l'Etat au regard d'une volonté collective de changement total. Ce changement implique la construction d'une nouvelle Cité avec des bâtisseurs dotés d'une gamme d'aptitudes. Il nous faut donc un personnel politique renouvelé. Et ce personnel doit avoir un profil conforme aux contours qualitatifs du développement contemplé par l'esprit de la nation. L'absence de vision, le délabrement intellectuel et éthique ont fait que, finalement, nous sommes une société complètement dénormativisée. Une société de la politique au rabais, du pouvoir de la misère, dans laquelle n'importe qui peut exercer n'importe quel mandat public et trouver certainement de charognards intellectuels capables de lui conférer des vertus extraordinaires et de prôner sa pérennité pour une mission messianique - qu'ils sont les seuls à repérer dans l'intensité de leur cupidité. La notion de manage rs d'Etat utilisée ci-haut nous permet de revenir sur la question de l'expérience sous la Deuxième République. Elle est brandie par certains acteurs politiques pour revendiquer leur retour massif dans l'arène politique.

Nous situant dans la perspective de la démocratie développementaliste, nous ne pouvons que considérer cette expérience par rapport à ses prouesses. La question, sous cet angle, est de savoir en quels termes concrets cette expérience a élevé la nation congolaise. La Deuxième République fut une faillite scandaleuse avec un passif de U$14 milliards, un PIB de moins de $4 milliards et une société hideuse et retardataire sur tous les plans. Sur le plan de la psychologie politique, une expérience sous-développante, comme celle de la Deuxième République et celle du sultanat qui lui a succédé, crée des réflexes de prédation et une culture politique inhibitrice de l'élan du renouveau collectif. Ces traits sont d'ailleurs identifiables chez certains acteurs de la Deuxième République (croyance à la détention de la vérité exclusive, illusion de compétence, fascination morbide pour le pouvoir, etc.). S'il est extrêmement difficile de confier une nouvelle entreprise privée aux gestionnaire s ayant conduit une autre compagnie à la faillite, n'est-il pas autant âpre de concevoir une nouvelle Cité avec les fossoyeurs de l'ancienne ?


 
    
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