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Le phénomène Kuluna en question Par Le Potentiel L’Etat est une organisation politique gouvernant la société ou le pays et dans laquelle des règles sont supposées établies en vue de régenter ses membres et leurs différentes activités. Vu sous cet angle, il ne peut y avoir sur la planète de société ou de pays sans Etat, dès lors que ce facteur détermine l’essence même de tout groupement d’hommes vivant dans un espace donné. De la doctrine dominante sur la question, l’on retient que l’idée même d’un Etat sous-entend (sous –tend) le règne ou le triomphe d’un certain établi, d’un ordre s’imposant à tout le monde, gouvernants ou gouvernés, et dont l’inobservance ou la violation entraînerait ipso facto la sanction. Et l’on dit très souvent « pas d’Etat sans ordre, tout ordre en dehors de l’Etat est désordre ». Aujourd’hui, la capitale Congolaise vit continuellement un phénomène nouveau jamais connu des Kinois jusque là, dénommé « Kuluna » pouvant être traduit littéralement, et peut être abusivement, comme « une colonne » (tiré d’un Kikongo archaïque) ; effectivement, la réalité cadre curieusement bien avec l’explication bien que laconique. Des colonnes entières des jeunes gens sèment la terreur, la désolation, la tyrannie, l’horreur ; bref, elles s’illustrent au grand jour par de purs actes du banditisme urbain ou la basse criminalité. Aussi paradoxal que cela semblerait, à notre humble avis, ces jeunes gens sont pour la plupart des adolescents et quelques matures, c’est-à-dire que la criminalité à Kinshasa réussit si aisément à se stratifier ; des bandits de grand chemin ont résolu de laisser la basse besogne citadine aux plus jeunes. A en croire une édition du journal télévisé en Lingala dit facile, un groupe d’adolescents avait renversé le cercueil, aux environs du marché Gambela, d’une vendeuse de ce marché, jetant ainsi son corps dans la boue et endommageant même le cercueil, devant l’œil impuissant de la famille éprouvée… C’était cela l’expression, m’a-t-on dit, de leur reconnaissance à la mémoire de cette illustre femme que ces jeunes ont bien connue (sic !). A N’Djili, un couple de jeunes fiancés avait subi les affres de cette jeunesse dépravée, attirant naïvement la curiosité de toute la société sans que des mesures adéquates soient communiquées au peuple, victime innocente de cette autre forme de démission de l’Etat… Dans les communes telles que Kalamu, Limeté (Kingabwa), Matete, Lingwala, Kasa-Vubu…, Le phénomène « Kuluna » passe pour un fait de société auquel il faut s’adapter ; autrement, il y a de quoi mourir debout. Car comment comprendre que les femmes qui vendent notamment le long de l’avenue Mushie, sont toujours sous la psychose des rafles impunies de ces badauds ? Que des armes blanches soient toujours utilisées en ville par des groupes généralement bien identifiés, parce que n’opérant jamais à visage cagoulé, entraînant mort d’hommes, des coups et blessures graves, des destructions méchantes ? Que des jeunes filles à protéger par la société se fassent violer massivement et ce, sans autre forme de procès ? Que de paisibles citoyens se fassent braquer des machettes, couteaux et bouteilles en plein jour afin de leur ravir argent, bijoux, sacs, appareils… ? A bien observer, ce phénomène, ces criminels primaires opèrent en toute quiétude et prennent tout leur temps, la besogne n’ayant jamais été expéditive. D’ailleurs, chaque coin de Kinshasa regorge de ses propres « Gangsters », c’est autant rejeter ce vieux grincheux qui affirme que « A bon mentir qui vient de loin ». Alors, cette donne complique davantage la réflexion sur le phénomène ; car dans une société donnée, les marginaux opèrent en clandestinité, si c’est le contraire qui se fait, la société porte elle-même dans ce cas les germes de sa propre destruction ou de ce qu’elle semble désapprouver. Le phénomène « Kuluna » traduit, si besoin en était, le degré de déchéance morale, politique et civique dans la société congolaise et l’incapacité du reste notoire d’une certaine élite à pouvoir cerner les vrais problèmes sociaux qui se posent en termes de grands défis à relever, coûte que coûte (si nous tenons vraiment à notre existence au concert d’autres peuples de la planète), et à y apporter, non pas des remèdes- trompe l’œil, mais des solutions plus qu’adéquates, afin de renverser certaines pesanteurs qui paraissent étrangement congénitales. En effet, vu sous cet angle, ce phénomène par-dessus tout constitue un fléau social de temps présents, mieux un message que bon nombre de compatriotes ne sont malheureusement pas en mesure de décrypter. Or, lorsque le diagnostic n’est pas bien posé, aucune prophylaxie ne tiendra devant le malade. Ceci expliquant cela, la traque policière des ‘‘Kuluna’’ n’aurait-elle pas fait ses limités ? Sinon, le but de l’action publique (judiciaire ou policière) est avant tout de dissuader les citoyens à bien se comporter sous peine de poursuite. C’est à ce niveau qu’il y a la différence d’avec des sociétés bien civilisées. A titre d’exemple, au Congo en face, la justice comme la police font encore peur, mais ici, il n’est pas exclu d’entendre d’un criminel : ‘‘A ta bomemi ngai na l’Etat bakosala ngai nini’’ (entendez, même si vous m’arrêtez pour me présenter à la justice qu’est-ce qu’elle fera de moi). Cette traque policière avait commencé dès l’irruption du théorème dans le vocable ou mental des Kinois mais cela n’empêche pas les « kuluna » d’opérer dans les rayons même des postes de police. D’où vient ce phénomène ? Même si le Congolais aura le mérite universel de vouloir justifier toujours le mal et de camoufler ainsi ses limites personnelles, ayons le courage d’inscrire ce phénomène dans le lot d’interrogations que doit susciter à chacun d’entre nous la mauvaise gouvernance de notre espace pourtant vital. Lors de campagne législative et pour avoir été un des candidats à la circonscription électorale de la Funa, j’avais cru fondé mon credo électoral sur la restauration du tryptique : famille, école et Etat ; parce qu’estimé-je, tout part delà. J’attirais l’attention de mes semblables concitoyens sur le rôle ou la place de ces trois institutions dans la société afin de prétendre, comme nous le chantons si bien dans le « Debout Congolais » (de la dénomination d’un mouvement d’éveil démocratique à lancer d’ici là), « dresser nos fronts longtemps courbés … » ; sans quoi, tout ce que nous entreprendrons ne serait que « loisir » comme pour paraphraser ce jeune talentueux des médias Miles Tshibangu. A ce propos, ne conviendrait-il pas d’admettre que les (jeunes) Badauds sont tous si pas de la rue (shequés) mais dans la rue, c’est-à-dire victimes innocentes de la déliquescence de la famille au Congo, la famille en tant que espace vital composé de père, mère et enfants, dépendant du père et ou de la mère, et vivant en harmonie dans un toit sous autorité du père et suivant une ligne de conduite bien tracée en son sein. Reconnaissons qu’ils accusent pour la plupart, de déficits graves de chaleur familiale, d’encadrement parental et d’éducation de base… La quête de la survie exonère contre leur gré certains parents de leur obligation de suivre leurs enfants, ces jeunes sont donc au monde comme des lionceaux, livrés aussitôt nés à la clémence de la jungle, et c’est plus que suicidaire. Parlant de l’école, la finalité de la science est de transformer l’homme de manière à le rendre beaucoup plus apte à maîtriser son environnement et à rendre celui-ci si agréable pour sa propre survie (lire S.O.S pour L’université au Congo, ma réflexion tirée de mes manuscrits « Congo, Démocratie envoûtée » in Référence plus n°4372 du 29 septembre 2008) ; aussi étrange que cela puisse paraître au Congo, l’intellectuel, mieux « le porteur du diplôme » résiste à la transformation de son être par la science apprise au point de vouloir mettre celle-ci au service de son égoïsme. Dans ces conditions, les jeunes Kuluna ont non seulement raté pour la plupart leur scolarité, ce qui constitue une démission des pouvoirs publics tenus constitutionnellement à ce devoir patriotique (art 42, etc.), mais aussi et surtout résisté au génie transformateur de l’éducation scolaire pour ceux d’entre eux ayant été à l’école. D’ailleurs, que reste-t-il de l’école, mieux du programme d’enseignements de base ? Les cours de morale, d’éducation civique ou de religion, s’ils sont prévus encore que dire de leur contenu ou mieux de la qualité (intégrité) de leurs dispensateurs ? Un enseignant d’une école périphérique s’était complu en plein cours de vanter la bravoure des jeunes Kuluna de son quartier, lors d’une altercation d’avec ceux du quartier voisin. Non, où voulons-nous conduire ce pays ? Qui alors redressera les mœurs dès l’enfance en passant par la jeunesse jusqu’à la vieillesse ? N’importe comment les jeunes d’aujourd’hui auront la charge de conduire le Congo de demain, après nos aînés et nous-mêmes, et c’est cela la loi de la nature. Que dire alors de l’Etat, si pas établir sa responsabilité ou sa complicité inconsciente dans ce phénomène ? Ainsi que je viens de le brosser si sommairement, ces jeunes marginaux sont, pince sans rire et la main dans l’âme, des malades sociaux à qui il conviendrait d’administrer une thérapeutique conséquente. Depuis tout ce temps, l’Etat a-t-il déjà songé à la mise sur pied d’un Centre de rééducation de ces jeunes, tenant bien compte de la spécificité de leur identité criminelle ? N’est-ce pas qu’ils ont aussi besoin de bons psychologues pour leur encadrement mental ? Faut-il les brimer davantage, dès lors que leur attitude dans la société extériorise si bien les brimades sociétales dont ils auraient fait l’objet quelque part ? La police a-t-elle songé déjà à la spécialisation d’une unité pour suivre de près ce phénomène comme sous d’autres cieux ? Oui, il faut les arrêter et primer ceux qui les arrêtent, et après ? La justice congolaise peut-elle établir en termes d’une courbe l’évolution judiciaire de ce phénomène avec des statistiques fiables des procès tenus pour décourager ces malfrats et leur situation pénitentiaire ? Sinon, alors où vont ces jeunes gens que l’on arrête ça et là ? Quel serait le sort d’un incivique maîtrisé par la police et présenté au parquet ? Un simple « M.A.P » suivi d’une mise en liberté sous « caution » en seraient la suite républicaine ? Eh bien, puisqu’il existe, me semble-t-il, des ministères en charge de la Famille et de la Jeunesse, la nation n’est-elle pas tenue de connaître finalement la politique du gouvernement face à ce fléau, en matière de famille et dans l’encadrement de la jeunesse ? A ce point précis, je regrette que le pays n’ait point connu de ministre de la Jeunesse, si pas des ministres du football, Basket Ball, voire Karaté ou judo… Mais quelle est cette Nation qui a décollé sans encadrement réel de la famille, sans politique efficiente d’épanouissement de la jeunesse, sans réforme sûre et permanente de son système éducatif, et même sans une justice dissuasive à l’égard des marginaux, alors de vrais marginaux qui couriraient le chemin ? Et pour conclure, la problématique de Kuluna est plurielle. A cet effet, ce phénomène de société mérite de réflexions sérieuses si la société tient à l’endiguer, même si par la réflexion, me dira-t-on, aucune société n’a réussi à éliminer la criminalité. Quelle structure étatique (Ministères de la famille ou de la jeunesse) pourrait servir d’interface à ces jeunes délaissés, n’ont-ils pas besoin d’interlocuteurs valables pour bien nous livrer ce message combien désastreux qu’ils véhiculent par leurs actes. N’est-ce pas qu’un fou attend des autres de le tirer de la folie car par lui-même il n’est pas forcément fou ? Aussi pensé-je, que les élus du peuple au niveau tant national que provincial chercheront à en savoir davantage afin que la politique de la jeunesse soit clairement établie, que la restauration de la famille fasse réellement l’objet des préoccupations du gouvernement et que la science arrive par l’école à transformer l’homme congolais. Telle est ma modeste contribution. Pathy Joseph Lendo Avocat, analyste Politique Source: Le Potentiel |
Le Roi Leopold II - Genocide au Congo
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