MONROVIA (AFP) - Ellen Johnson Sirleaf, première femme élue
présidente en Afrique,
a prêté serment lundi pour un mandat de six ans devant plusieurs
dirigeants internationaux venus célébrer à Monrovia un jour historique
pour le Liberia, petit pays ouest-africain ruiné par la guerre.Cette
ancienne économiste de la
Banque Mondiale, âgée de 67 ans, a été élue le 8 novembre 2005
contre George Weah, qui avait contesté les résultats, selon lui entachés
par la fraude, avant d'abandonner sa procédure de recours.
L'ex-footballeur était présent lundi devant le "Capitol", bâtiment
qui abrite le Parlement, en face duquel se sont massées plusieurs
milliers de personnes. "Moi, Ellen Johnson Sirleaf, je jure
solennellement de protéger, défendre et faire respecter la Constitution
de la République du Liberia et je remplirai consciencieusement,
fidèlement et de manière impartiale mes devoirs au mieux de mes
capacités, avec l'aide de Dieu", a-t-elle déclaré devant le président de
la Cour suprême du pays, Henry Reed Cooper.
Le vice-président libérien Joseph Boakai et les 30 sénateurs et 64
députés issus des législatives du 11 octobre ont également été investis
au cours de la même cérémonie. Les parlementaires, dont Isaac Nyenabo,
président du Sénat, et Edwin Snowe, président de l'Assemblée nationale,
ont prêté serment de concert devant le président sortant de l'Assemblée,
George Koukou. Cette cérémonie met un terme à deux ans et demi de
pouvoir du gouvernement de transition de l'ex-président Gyude Bryant,
installé à la fin de la guerre civile et qui a souvent été critiqué pour
son inaction et sa corruption. Vêtue d'un tenue africaine de couleur
crème et coiffée d'un chapeau assorti, le première présidente africaine
s'exprimait devant un parterre de personnalités de haut rang comprenant
la première dame des
Etats-Unis Laura Bush, la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza
Rice, et les présidents d'Afrique du Sud Thabo Mbeki, du Sénégal
Abdoulaye Wade, du Niger Mamadou Tandja, du Ghana John Kufuor et de
Sierra Leone Ahmad Tejan Kabbah. La ministre française déléguée à la
Coopération, au Développement et à la Francophonie, Brigitte Girardin,
le ministre chinois des Affaires étrangères Li Zhaoxing, le Premier
ministre guinéen Cellou Dalein Diallo et Simone Gbagbo, l'épouse du
président ivoirien Laurent Gbagbo, étaient également présents sur la
place du "Capitol". Alors que plus de 15.000 Casques bleus de l'Onu sont
déployés dans le pays, le dispositif sécuritaire a été renforcé ces
derniers jours dans la capitale. De nombreuses rues du centre-ville
étaient fermées à la circulation lundi matin et l'aéroport a été fermé
aux vols commerciaux. Deux bâtiments de la marine de guerre américaine
mouillaient au large de Monrovia, signe, comme la présence de Mmes Bush
et Rice, de l'appui de Washington au processus en cours. La mission de
Mme Sirleaf s'annonce extrêmement ardue, car tout est à reconstruire
dans ce pays fondé en 1847 par des esclaves affranchis venus des
Etats-Unis. Ravagé par
des années de guerres civiles (1989-2003) qui ont fait plusieurs
centaines de milliers de morts et de déplacés, le Liberia accumule les
difficultés économiques et aura besoin de l'aide de la communauté
internationale pour se redresser. Lors d'un discours prononcé après sa
prestation de serment, Mme Sirleaf s'est engagée à rompre avec les
mauvaises habitudes des administrations précédentes et à gouverner dans
un esprit d'union nationale. "Je m'engage à répondre à vos besoins (...)
Mon gouvernement tendra la main de l'amitié et de la solidarité pour
rallier tous les partis politiques (...) en tournant le dos à nos
différences", a déclaré Mme Sirleaf. "Sous mon administration, la
corruption sera le principal ennemi public. Nous l'affronterons et le
combattrons", a-t-elle également promis.