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Rapport politique sur la RDC
(Carlo De Filippi, Chef
de Délégation)
1. La date des
élections législatives et présidentielles vient d’être
fixée au 30 juillet 2006.
a) Comme prévu il n’a pas été possible de respecter
l’échéance du 30 juin 2006 fixée par l’Accord Global et
Inclusif
- Depuis le début de la transition, la Communauté
internationales n’a pas su ou pas voulu s’opposer aux
manœuvres dilatoires des dirigeants congolais.
De ce point de vue l’installation au pouvoir, suite à
Sun City, des anciens belligérants s’est révélée être
une erreur tant elle a favorisé, sur fond de méfiance
réciproque ;
* et les pratiques de corruption et de mauvaise
gouvernance ;
* et les manœuvres dilatoires et leur volonté de rester
au pouvoir coûte que coûte.
Si la communauté internationale, à travers le CIAT a
paru, fin novembre 2005, vouloir enfin changer de ton
vis-à-vis des dirigeants congolais, les choses ont
malheureusement rapidement évolué suite au référendum
constitutionnel du 18 décembre 2005. Alors que le risque
de non respect de l’échéance du 30 juin 2006 se posait
déjà, la communauté internationale, soudée en façade
mais largement divisée en profondeur, a préféré agir en
ordre dispersé dans la dénonciation des manœuvres
dilatoires des dirigeants congolais :
* qu’il s’agisse de la promulgation de la Constitution
et de la loi électorale ;
* ou de l’intégration de l’armée et des discussions sur
la gouvernance.
Les dirigeants congolais depuis janvier 2006 ne prennent
d’ailleurs plus de gants pour refuser tout dialogue avec
la communauté internationale : de fait les réunions avec
l’espace présidentiel et celles des commissions mixtes
sont devenues rarissimes et le CIAT préfère diffuser des
communiqués relativement complaisants sur les problèmes
de la transition congolaise.
- Or depuis la
promulgation de la Constitution de la IIIème République,
le non respect de l’échéance du 30 juin 2006 constitue
surtout un problème politique ;
* sur un plan juridique, l’article 222 de la nouvelle
Constitution permet en effet d’assurer la continuité des
institutions de la Transition au-delà du 30 juin 2006 ;
* toutefois la marginalisation volontaire de l’Udps,
semble-t-il appuyée aujourd’hui par une partie de la
hiérarchie catholique (Monseigneur Monsengwo), pourrait
contribuer à compliquer cette nouvelle prolongation de
la Transition.
* Dans un contexte d’extrême fragilité du processus de
Transition, marquée entre autres par l’insécurité
croissante à l’Est de la RDC, notamment en Ituri où le
regain des milices cache mal les ingérences croissantes
de l’Ouganda, par les atteintes répétées aux Droits de
l’homme perpétrées surtout par l’armée congolaise,
qu’elle soit intégrée ou pas, par la méfiance croissante
des membres de l’espace présidentiel qui se présentent,
presque tous à l’élection présidentielle, la moindre
déstabilisation pourrait entraîner une cascade
d’événements non souhaitables et difficilement
contrôlables. Par exemple, Jean-Pierre Bemba se plait
ouvertement que les troupes de Joseph Kabila,
essentiellement la GSSP, n’ont pas été brassées,
contrairement à la plupart de nos soldats. De plus
International Crisis Group souligne que le RCD, un des
déçus probables du processus électoral en cours,
pourrait être tenté de déstabiliser l’Est du pays.
b) Il convient en outre d’être conscient que la date du
30 juillet 2006 risque encore d’être difficile à
respecter compte tenu du fait qu’elle repose sur un
enchaînement presque parfait des différentes étapes
devant conduite aux élections.
- De fait, la CEI a fixé une date sans s’accorder de
marge de manœuvre au cas où des difficultés se
produiraient dans la réalisation de certaines étapes. Du
coup, on peut constater que la date du 30 juillet 2006
n’est pas trop décalée par rapport à une Transition qui
a duré 3 ans, voire beaucoup plus si on ajoute les
années de négociation qui ont conduit à la signature de
l’Accord global et inclusif.
En fait, le choix du 30 juillet 2006 offre le grand
avantage de faire démarrer les campagnes législatives et
présidentielles avant le 30 juin 2006, le 29 juin
exactement, ce qui est psychologiquement très important.
A signaler en outre que la date d’un éventuel deuxième
tour de l’élection présidentielle ainsi que des
élections provinciales ne sera annoncée qu’après la
publication des listes définitives des candidats aux
élections provinciales dont l’enregistrement vient de
commencer. Selon certaines sources, cette date ne
pourrait pas intervenir avant la mi-octobre au plus tôt
ce qui risque de renvoyer vers la fin de l’année 2006 la
mise en place des nouvelles institutions congolaises.
- le principal risque réside dans le fait que cette date
repose sur un enchaînement extrêmement sacré des
différentes étapes devant conduire aux élections. Le
respect de ce nouveau calendrier (la date du 18 juin
2006 avait initialement été choisie) dépendra notamment
en effet.
- Non seulement du comportement des dirigeants de la
Transition dont on peut toujours craindre le pire, alors
que l’échéance est proche. A cet égard, certains,
surtout ceux dont les chances électorales sont très
réduites, pourraient être tentés de répondre
favorablement à l’appel de Mgr Monsengwo en faveur d’un
« consensus » réunissant « les forces vives de la
nation » en vue de franchir l’échéance du 30 juin 2006 ;
une telle hypothèse reviendrait à ouvrir la boîte de
Pandore et il est probable que les élections ne
pourraient pas avoir lieu cette année ;
- Mais aussi de la capacité de l’Afrique du Sud à
imprimer, assembler et livrer, en 32 jours, tous les
bulletins de vote vers 14 « hubs » régionaux en RDC ; or
qu’il s’agisse du recensement de la Fonction publique ou
de celui de l’armée, les performances sud-africaines en
RDC ont été plutôt mitigées… On a d’ailleurs le
sentiment qu’à travers cette opération, l’Afrique du Sud
qui a parrainé les accords de Sun City, a voulu se
réinsérer dans un processus qui était jusqu’ici
largement européanisé. Cette réinsertion, qui est
souhaitable, ne doit pas cependant conduire à ralentir
encore le processus.
2. Le nombre, sans doute trop important, des candidats
qui se présentent soit aux présidentielles, soit aux
législatives, devrait paradoxalement avantager Joseph
Kabila.
a) C’est le seul qui se dégage vraiment de la liste des
33 candidats aux présidentielles.
- Avec beaucoup d’habileté, il est en train de réussir
plusieurs choses :
* apparaître comme un candidat « indépendant » seul
contre tous, transcendant les clivages ethniques et
politiques ; sa séparation, de façade, avec le Pprd
constitue une bonne opération politique de même que les
rumeurs sur son futur mariage, en juin prochain, qui
serait béni par le Cardinal Etsou ;
* accélérer la décomposition du Mlc ;
* donner l’impression de venir en aide au RCD sur la
question de Minembwe sans pour autant s’exposer
publiquement à l’impopularité qu’une telle décision
entraînait ;
* Favoriser un grand nombre de candidatures de
complaisance qui se rallieront à lui, juste avant le
premier tour des présidentielles, afin de provoquer un
grand rassemblement, soit avant le deuxième tour, si un
deuxième tour est nécessaire.
- De fait, il existe une forte chance que Joseph Kabila
soit élu au premier tour ;
* non seulement ses partisans en sont convaincus,
certains faisant même courir le bruit qu’il y aurait un
risque à organiser un deuxième tour des
présidentielles ;
* mais surtout lui-même, par son côté « Force
tranquille », donnée l’impression que ses élections
constituera une simple formalité.
En outre l’attitude d’une partie de la communauté
internationale accentue cette tendance en donnant
l’impression qu’elle soutient Joseph Kabila. Ce
comportement est extrêmement dangereux, car l’opinion
publique en RDC finit par en être convaincu. Ce qui
risque de dénaturer un processus démocratique en offrant
une fausse liberté de choix. De fait certains acteurs
bilatéraux membres du CIAT qui étaient jusqu’ici plutôt
neutres par rapport au processus électoral, semblent
maintenant vouloir changer d’attitude pour appartenir au
« camp des vainqueurs »… A l’opposé, l’actuel Président
de l’Union Africaine, Denis Sassou Nguesso, ferait tout
pour compliquer la tâche de Joseph Kabila en incitant l’Udps
à participer au processus et en soutenant Jean-Pierre
Bemba.
b) S’agissant des législatives, la multitude des
candidatures retenues par la CEI (86,3%) risque,sans
grands partis vraiment structurés, d’accoucher d’un
Parlement atomisé, donc faible et, sans doute, à la
botte de Joseph Kabila – 213 partis et plate-formes sont
en lice, dont 13 présentent des candidats dans toutes
les provinces du pays. Un grand nombre soutient
ouvertement Joseph Kabila et présente 1126 candidats
sont près de 13% de l’ensemble des candidats (PPRD, MSR
de Samba Kaputo et PANU de FUTA, sans oublier l’UNAFEC
de Kisimba Ngoy qui n’est présente que dans 6
provinces). D’autres sont là pour marquer les vrais
adversaires de Joseph Kabila, en particulier les forces
du Renouveau d’Olivier Kamitatu et Mbusa Nyamwisi qui
visent surtout à prendre des voix au CODECO de Pay Pay à
l’Est ainsi qu’au RCD d’Azarias Ruberwa, sans oublier le
MLC de Jean-Pierre Bemba à l’Ouest.
Le processus de postes de haut niveau peut également
favoriser les ralliements, Olivier Kamitatu étant de
plus en plus convaincu d’être choisi par Joseph Kabila
pour diriger le futur gouvernement issu des élections.
* Cette recomposition du paysage politique congolais « à
la gabonaise » pourrait permettre d’aboutir à un certain
consensus politique après les joutes électorales. Elle
risque toutefois de donner l’impression à l’électeur
congolais que son vote a été détourné d’où l’appel
récent de Mgr Monsengwo à une certaine transparence dans
le processus électoral, « le peuple et l’opinion
nationale autant qu’internationale » ayant « le droit de
savoir s’il y a des « candidats alimentaires », qui sont
de simples figurants ou prête-noms et dont la
candidature ne sert qu’à induire l’électeur dans
l’erreur ».
Cette approche risque également de rompre l’équilibre
qui avait été voulu par les acteurs de la Constitution
de la IIIème République en faisant du Parlement une
simple chambre d’enregistrement, les décisions
essentielles se prennent à la Présidence.
3. Devant le risque d’avoir un système démocratique
dévié de ses objectifs, la communauté internationale, et
surtout l’Union Européenne, doit rester très vigilante.
a) Tout d’abord en s’assurant que le processus électoral
en cours soit au minimum crédible, c’est-à-dire en
faisant tout pour que ce processus évite essentiellement
de « légitimer par avance » Joseph Kabila.
Dans ce contexte, il conviendrait pour la Communauté
internationale :
- de veiller au strict respect du calendrier fixé ;
- d’afficher une stricte neutralité vis-à-vis des
candidats aux législatives ainsi qu’aux présidentielles.
Cette attitude sera difficile à observer vis-à-vis de
certains candidats appartenant à l’espace présidentiel
et qui sont incontournables si on veut maintenir un
minimum de dialogue avec les dirigeants de la RDC. Elle
sera encore plus difficile à observer de la part des
Etats qui ont déjà publiquement manifesté leur
préférence au point d’induire l’opinion publique
congolaise en erreur.
- D’empêcher toute tentative de découplage entre
législative et présidentielles, risque toujours possible
si on finit par se rendre compte qu’il sera peut être
difficile d’organiser les élections législatives pour le
30 juillet 2006 ; l’entourage de Joseph Kabila est
naturellement très favorable à ce découplage faisant
même courir le bruit que si les élections n’ont pas lieu
avant le 30 juin 2006, il risque d’u avoir des troubles
à Kinshasa… ;
- De veiller au respect d’une certaine déontologie, en
exigeant en particulier l’adhésion de tous les candidats
à un code de bonne conduite lorsque les différentes
campagnes électorales démarreront.
- De permettre à la HAM de jouer son rôle en matière
d’égalité d’accès aux médias, de transparence et de
respect absolu de la liberté d’expression ;
- De poursuivre sans compromissions, l’objectif d’inclusivité
du processus par exemple en essayant de convaincre l’Udps
à participer aux élections provinciales qui serviront à
la désignation des sénateurs et des Gouverneurs ;
- D’assumer une observation des élections qui soit
performante ;
- D’accélérer l’arrivée de la force européenne qui
devrait constituer une assurance contre toute tentative
de dérapage d’où qu’elle vienne.
c) Mais aussi, après les élections, en étant conscient
que ces élections très coûteuses ne constitueront pas la
panacée et ne permettront pas forcément de tourner la
page de la guerre civile, des abus et de la corruption.
* Ceci suppose d’instaurer un véritable dialogue avec
les autorités congolaises issues des élections.
Ce dialogue doit porter notamment sur les thèmes qui
n’ont pas pu être abordés sérieusement durant la
Transition et qui risquent d’affecter la stabilité du
pays même après les élections : intégration de l’armée
et création d’une armée républicaine, création d’une
nouvelle police, gouvernance etc…
Il devrait également aborder les questions relatives à
la reconstruction du pays et qui relèvent d’une
coopération plus classique.
La question est de savoir si les nouvelles autorités
congolaises, légitimées par un corps électoral de 25
millions d’électeurs et sans doute à nouveau courtisées
par un grand nombre d’Etats dont la Chine et les
Etats-Unis peu enclins à faire porter le dialogue sur la
gouvernance, accepteront ce véritable dialogue alors
qu’elles l’ont refusé de facto pendant toute la
Transition.
- Ceci exige surtout une coordination au sein de la
communauté internationale et notamment au sein de
l’Union Européenne, conformément aux conclusions de la
stratégie pour l’Afrique.
Dans cet exercice, les Nations Unies, avec un succès
mitigé (Action Plan), ont avancé leurs pions. S’il
apparaît impensable de ne pas se coordonner avec les
Nations Unies dans un pays post-conflit comme la RDC, il
convient toutefois de le faire en bon ordre pour l’Union
Européenne, premier partenaire et de loin de la RDC.
Dans les instructions post transition, l’Union
Européenne, si elle veut être efficace, devra parler
d’une seule voix. Sera-t-elle capable de le faire
facilement sur un plan local lorsque l’on observe le
comportement de certains représentants de nos Etats
membres actuellement membres du CIAT qui éprouveront les
difficultés à jouer franchement le jeu de la
coordination et qui considèrent qu’après la Transition,
la Commission doit se concerter totalement sur les
questions relatives à la coopération (…1er pilier) pour
laisser aux Etats membres l’exclusivité du dialogue
politique ?
C’est pourquoi il importe d’examiner, sans tarder, la
manière dont les recommandations contenues dans l’examen
global et unifié de l’action extérieure de l’Union
Européenne en RDC » pourraient être mises en œuvre. Sans
attendre la fin du processus électoral, il pourrait être
opportun d’envisager une réunion entre le Haut
Représentant pour la PESD et le Commissaire en charge du
Développement et de l’action humanitaire.
2006-06-12 |