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Azarias Ruberwa invite la classe politique à favoriser la concorde nationale
(Congo Tribune 25/08/2006).


Le vice-président de la République en charge de la Commission Défense, Politique et Sécurité et président national du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), Azarias Ruberwa Manywa a lancé à la population congolaise « un message de paix », dans lequel il invite « tous les acteurs de la vie nationale à adopter des attitudes patriotiques pour favoriser un climat de sérénité et de concorde nationale ». C’était au cours d’une déclaration faite lors du point de presse tenu mercredi 23 août 2006, au siège du parti, à la Gombe. Nous laissons au lecteur l’intégralité de la déclaration.

MEDARD MUYAYA Le dimanche 20 août dernier, la CEI a publié sous une vague de contestations ce qu’elle considère comme les résultats provisoires du premier tour des élections présidentielles. Comme chacun le sait, c’est depuis cette même date que les populations de la ville de Kinshasa vivent malheureusement sous tension à la suite des affrontements armés et sanglants entre la garde du Président de la République et celle du Vice-président chargé de la Commission économique et financière. Ces affrontements ont causé des pertes en vies humaines et des destructions de diverses natures. Nous condamnons ces actes qui ont fait des victimes innocentes et nous présentons nos condoléances aux familles éprouvées. Mesdames, Messieurs, En dépit de ces moments difficiles, qu’il me soit permis de saluer le courage et l’abnégation du peuple congolais qui, malgré des conditions difficiles, s’est massivement rendu aux urnes pour accomplir le devoir civique de voter. Je suis en mesure de témoigner de cet engagement de notre peuple car, durant la campagne électorale, j’ai été l’un de rares candidats à se rendre dans les coins les plus reculés de notre pays, souvent désertés par les autres candidats qui ont préféré rester confortablement dans les villes, parois abusant des médias publics et privés. Contrairement à ceux-là, nous avons mené une campagne digne, une campagne citoyenne, une campagne respectueuse de notre peuple, des droits de l’Homme, en présentant clairement notre projet de société, notre programme électoral, et notre vision sur la conduite de la vie de la nation. Je voudrais exprimer mes remerciements les plus chaleureux, les plus sincères à tous les compatriotes qui ont montré leur adhésion à notre projet de société en nous offrant leurs précieuses voix. Il me faut également exprimer mes remerciements à ceux-là qui, pour une raison ou pour une autre, n’ont pas porté leur choix sur notre candidature et qui le regrettent aujourd’hui. A tous, je me dois de redire ma gratitude car je sais que mes électeurs et tous ceux qui croient en notre projet ne vont pas baisser les bras. J’ai foi qu’ensemble nous allons continuer le combat politique jusqu’à faire triompher nos idéaux de paix, de justice et de bonne gouvernance lors de prochaines échéances électorales. En ces lendemains de la publication des résultats, je dois rappeler que ces élections comportaient une importance particulière aux yeux de notre peuple. C’est, en effet, notre véritable premier rendez-vous démocratique depuis 1964, soit depuis plus de 40 ans: Ces élections qui intervenaient après tant d’années de transition infructueuses, après tant de sacrifices, après tant d’efforts politiques, ces élections donc devaient constituer un vrai rendez-vous de notre peuple avec le droit de choisir librement ses dirigeants. Pourtant, comme chacun le voit, ces résultats laissent malheureusement un goût amer à nos populations tant les fraudes, les irrégularités et les anomalies étaient nombreuses et systématiques, tel qu’il a été stigmatisé dans un rapport publié par notre parti. Pour mémoire, ce rapport faisait constat notamment : - de la réduction intentionnelle, manipulation et falsification des totaux au détriment de certains candidats ; - de l’invalidation ou annulation intentionnelle de mes bulletins de vote; - de l’achat des cartes d’électeurs et leur usage par des non titulaires; - de l’existence des bureaux de vote fictifs; - de l’implication des agents de la CEI et détournement du vote des analphabètes en faveur de certains candidats; - du bourrage des urnes avant et après l’ouverture des bureaux de vote; - du dédoublement des numéros des cartes d’électeurs. - de l’implication des Interhamwe pour un vote en faveur de certains candidats; - des bureaux de vote saccagés et du matériel détruit; - du suffrage exprimé supérieur au nombre de votants enregistrés ; - du nombre de votants supérieur à celui d’enrôlés; - du nombre des votants inférieur à celui d’enrôlés; - des électeurs soudoyés; - des témoins gênés dans leur tâche; - du non apolitisme de la garde républicaine; - du désordre notoire caractérisant les centres de compilation. En fait, pendant que nous croyions dans le processus et que nous y avions travaillé en mettant toute notre bonne foi, nous constatons aujourd’hui que d’autres partis s’étaient depuis longtemps inscrits dans un autre schéma, en abusant des moyens de l’Etat dans le but d’influencer les résultats des élections. En réalité, notre peuple a été floué. Et le sentiment que mon parti éprouve aujourd’hui est celui d’être victime des manœuvres consistant à réduire son poids politique et son influence sur l’échiquier national. Comme chacun le sait, en sentinelle du processus de transition, dès le début des opérations de dépouillement, j’ai été le premier à prendre à témoin 1’opinion publique nationale et internationale en dénonçant, preuves à l’appui, ces nombreuses irrégularités. Mon inquiétude se fondait sur le fait que ces anomalies risquaient à coup sûr d’entacher de manière durable la légitimité des dirigeants de la Troisième République. Je pensais, comme tous les patriotes, qu’il était dommage qu’après tant d’années et de vies perdues, nous sortions de la transition avec des problèmes qui risquent de handicaper l’exercice du pouvoir politique demain. C’est le moment de rappeler que les concertations auxquelles nous appelions l’ensemble de la classe politique congolaise, ces concertations qui ont été sabotées par certains partis, auraient pu poser les véritables bases d’une démocratie résolvant notamment le problème de la transparence des élections; de la sécurité des candidats et des électeurs; la question des médias; ainsi que la gestion du pays après le 30 juin 2006. Il y a lieu de noter qu’au vu de la situation actuelle, l’Histoire nous donne raison. Chers compatriotes, au jour d’aujourd’hui, partout dans le pays, des voix grondent pour exprimer des mécontentements, certains vont jusqu’à la violence: c’est le signe que notre peuple est conscient que ces élections ont été un rendez-vous manqué avec l’Histoire. Le fait que les deux gagnants de ce premier tour en arrivent si rapidement aux affrontements est le signe d’un profond malaise. Tout laisse croire en effet que la période postélectorale porte en elle des germes d’instabilité et de conflit. Ce mauvais présage nous interpelle tous. Je voudrais lancer à la population, et à l’ensemble de la classe politique un message de paix. Je voudrais inviter tous les acteurs de la vie nationale à adopter des attitudes patriotiques pour favoriser un climat de sérénité et de concorde nationale. Cette attitude a été la nôtre depuis le début de ces affrontements au cours desquels nous avons gardé la neutralité et mis à contribution, dans des conditions particulièrement difficiles. Notre garde personnelle s’est interposée pacifiquement entre les deux belligérants, quand elle a pu le faire. Nous saluons également l’apport de la MONUC et de l’EUFOR dont l’intervention a permis de réduire les tensions. Politiquement, nous nous sommes personnellement impliqués dans la résolution de ces affrontements. J’ai parlé régulièrement avec le Président de la République et le Vice-président de l’ECOFIN afin de les ramener aux bons sentiments. Dans le même sens, tout le long du conflit, j’ai pris contact avec le Représentant spécial des Nations unies, M. William Swing, le Président du Comité des Sages, son Excellence M. Joachim CHISSANO, et bien d’autres personnalités. Ces différentes démarches ont contribué de manière significative à décrisper les tensions. En conclusion, au regard de la situation, je lance un appel à l’ensemble de la classe politique, spécialement aux deux responsables des derniers événements malheureux, pour qu’ensemble nous puissions travailler avec les institutions de la République afu\ de contribuer à l’apaisement des esprits et à la sécurisation de Kinshasa et de l’ensemble du pays. Aussi, par rapport au scrutin présidentiel, pour l’intérêt supérieur de la Nation, le Rassemblement Congolais pour la Démocratie prend acte de ses résultats provisoires et se réserve le droit d’introduire un recours auprès de la Cour suprême de justice, comme le requiert la législation en la matière.

Fait à Kinshasa, le 23 août 2006

Azarias Ruberwa Manywa
Vice-Président de la République et Président national du RCD

 

    
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