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A 8 jours des scrutins: La crédibilité des élections sujette à controverse. Par  Le Potentiel. Kinshasa, le 22 juillet 2006.

Pour les représentants de l’Union européenne, soutien financier des élections en Rdc, les scrutins doivent coûte que coûte avoir lieu le 30 juillet. Aux candidats à la présidence de la République qui dénoncent des «irrégularités» du processus électoral, ou aux évêques catholiques qui redoutent la non transparence des opérations, une seule réponse, quasi mécanique, leur est réservée : «Certes, il y a des défaillances mais pas assez pour conclure au manque de transparence». Ce langage des sourds oppose la communauté internationale à plusieurs acteurs politiques et civils congolais. Il risque d’hypothéquer la crédibilité des scrutins.

Jamais méfiance n’avait autant prévalu dans les relations des leaders congolais avec leurs partenaires de la communauté internationale.

Il n’y a pas que les politiciens qui se plaignent et accusent. La société civile, et pas n’importe laquelle, s’est invitée à table. En effet, la hiérarchie de la puissante Eglise catholique de la RDC ne cesse de mettre en garde la communauté internationale contre son objectif des «élections coûte que coûte», alors qu’il existe des préalables dont elle devrait tenir compte pour une fin de transition apaisée. Depuis des mois, la controverse enfle au fur et à mesure que le peuple est poussé vers la fatidique date du 30 juillet 2006, jour du premier tour de la présidentielle et des législatives. Sur le fond, des divergences demeurent tenaces. Un haut mur d’incompréhension s’est érigé. La fracture est perceptible, ainsi que le démontre la chronologie des faits ci-dessous.

Dans une «Déclaration spéciale» datée du 20 juillet 2006, la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) stigmatise «les lenteurs et les hésitations incompréhensibles, les doubles jeux regrettables et les faux-fuyants inadmissibles qui, jusqu’à présent, ont empêché la nation de baliser le chemin des élections dans la paix, l’entente et la concorde nationale». Et de conclure par un constat : «Au stade actuel, en effet, toutes les conditions ne sont pas encore réunies pour la tenue des scrutins réellement transparents, libres et démocratique».

BESOIN DE RASSURER LE PEUPLE

Les évêques catholiques expliquent qu’«un ensemble de données confirment les craintes de manipulation, de tricherie sinon de fraude : notamment les déclarations contradictoires sur les listes électorales et le nombre exact des électeurs, les explications embarrassées sur celui des bulletins de vote excédentaires, les suspicions sur la localisation du serveur central et sur les programmes informatiques, l’absence du calendrier électoral complet et les doutes sur la volonté réelle d’organiser toutes les échéances électorales (nationales, provinciales et locales)».

D’où leur exigence suivante : «le peuple a besoin d’être rassuré sur toutes ces questions…La Cenco, sous peine de ne pas reconnaître la validité des élections, demande à tous les acteurs concernés dans l’organisation de celles-ci de s’employer à corriger les irrégularités constatées et à créer, à tous les niveaux, les conditions requises de vérité, de transparence, de liberté et de pleine responsabilité qui doivent entourer la tenue de prochains scrutins».

Moins de 24 heures après la «Déclaration spéciale» des évêques catholiques, une «conférence de presse spéciale» a été tenue le 21 juillet au quartier général de la Monuc à Kinshasa. L’abbé Apollinaire Malumalu, président de la Commission électorale indépendante (CEI) y a pris la parole ainsi que le général Philippe Morillon, chef de la Mission d’observation électorale de l’Union européenne en RD du Congo. C’était en présence des représentants des missions d’observation de l’Unops et du Pnud. C’est un vrai forcing inspiré par les communicateurs d’outre-mer.

Reconnaissant que la CEI «a connu des retards sur le terrain», Malumalu s’est cependant dit serein : «Je confirme que le premier tour de deux scrutins aura lieu le 30 juillet».

LES ASSURANCES DU GENERAL MORILLON

Ensuite, comme pour répondre aux évêques, il a insisté sur la transparence du processus électoral: «La liste des électeurs que nous avons publiée est fiable. Nous connaissons le nombre d’électeurs (25.712.552 inscrits sur les listes, y compris les 877.673 ‘omis’) et le nombre de bulletins pour chaque centre de vote. Nous avons les numéros des cartes d’électeurs. La transparence sera totale. Et nous serons en mesure de dénoncer les fraudes constatées». Des propos qui laissent le zoo politique sceptique.

Le général Morillon a, pour sa part, assuré que la présence des observateurs européens et internationaux «garantira la régularité des opérations de dépouillement». Ajoutant, sur un ton de réalisme, qu’il ne peut pas garantir «que tout se passera pour le mieux dans le meilleur des mondes, compte tenu des défis que rencontre le pays, mais nous serons en mesure de dénoncer les fraudes constatées».

Après cette belle passe d’armes, quel est le climat au sein de la classe politique ? Du brouillard, qui s’explique par ailleurs. Ceux des candidats à la présidence de la République qui avaient pris le train de la contestation, au point d’exiger le gel du processus, ont finalement lâché du lest. Pour la plupart, ils se sont lancés dans la campagne élecetorale, bien que timidement, tardivement et sans conviction. Serait-ce l’effet du manque de moyens conséquents pour une campagne voulue à l’américaine et touchant l’ensemble du territoire national ? Serait-ce, au contraire, la persistance de leur légendaire duplicité, leur vénalité ?

Déjà, dans les salons huppés de la capitale, il est fait mention du décrochage de certains pseudo présidentiables, qui auraient (déjà !) offert leur disponibilité aux candidats authentiques. Cette anecdote rappelle étrangement la récente révélation du président de la Cenco, Mgr Monsengwo, à la presse belge, quand il dénonçait la présence insolite parmi les «33» des «candidats alimentaires». En fait des faire-valoir. Ces derniers, hommes et femmes dépourvus de moralité et de personnalité, sont tactiquement utilisés par des candidats potentiellement mieux outillés en vue d’atomiser sur le terrain, tribal ou provincial, l’électorat de leurs challengers jouissant d’une certaine notoriété.

Alimentée par des controverses et des questions non résolues, l’atmosphère électorale devient franchement irrespirable. C’est à se demander, dans ce climat de méfiance avérée, ce qu’il adviendrait des résultats des scrutins imposés au 30 juillet 2006 par la communauté internationale.

    
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