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Pour une fin de
transition apaisée: "le peuple avait le cœur à
l'ouvrage". Message du Comité Permanent des Evêques de
la République Démocratique du Congo aux fidèles
catholiques et aux hommes de bonne volonté à la fin de
la transition.
Frères et sœurs,
1.
En ce moment où
le Congo se trouve à un point crucial de son histoire,
Nous, Cardinal, Archevêques et Evêques membres du Comité
permanent de la Conférence Episcopale Nationale du Congo
(CENCO), réunis en session extraordinaire à Kinshasa du
21 au 24 juin 2006, saisissons cette occasion pour vous
adresser un message d’espérance. Dans un esprit
d’écoute mutuelle, nous avons fait le tour des
événements des derniers mois et nous nous sommes
informés les uns les autres sur la vie du peuple confié
à notre sollicitude pastorale. A la lumière de nos
échanges, nous avons réaffirmé notre détermination à
« rester vigilants, dans un travail concerté et
audacieux, pour accompagner les progrès en cours ».
Par le présent message, nous voulons
partager avec vous la communion des cœurs et des esprits
que nous avons vécue. Nous entendons aussi vous faire
part, comme par le passé, de la contribution que nous
proposons à la Nation pour garantir une fin sereine et
apaisée de la Transition, à travers des élections
libres, démocratiques et transparentes. Ainsi seront
assurées une entrée pacifique dans la IIIe
République et une gestion heureuse et prometteuse de
celle-ci.
Elections : l’heure est venue !
2. Les regards de tous les Congolais
sont maintenant tournés vers les élections qui, déjà,
pointent à l’horizon. Nous sommes témoins de
l’impatience de la population, qui veut en finir avec
une situation politique dramatique faite de misères
indescriptibles, de souffrances indicibles et de morts
innombrables. Nous sommes aussi témoins de sa volonté
manifeste d’aboutir le plus tôt possible, en cette
année 2006, à l’instauration d’un Etat de droit. Notre
peuple ne mérite guère ce « lourd fardeau d’incertitude
du lendemain, d’insécurité grandissante et de misère
intolérable ».
C’est pourquoi,
après avoir fait nôtre l’appel pressant de Néhémie à son
peuple de se lever pour bâtir Jérusalem, qui était en
ruines et d’affermir leurs mains pour le bel ouvrage (Ne
2,17-18), aujourd’hui nous reprenons son cri pour
demander à tout le peuple de mettre le cœur à l’ouvrage
(Cfr Ne 3,38). Car, sans l’aide de Dieu et un engagement
total de tous, nous ne réussirons pas.
L’impératif doit
être clair : nous tenons absolument à l’organisation
des élections, dans un climat de vérité et de
transparence. Telle a toujours été et demeure
notre option fondamentale, car pour l’Episcopat de la RD
Congo les urnes constituent la seule voie pour la
conquête du pouvoir et sa légitimité.
Mission prophétique de l’Eglise.
3. Aujourd’hui,
si nous Eglise élevons encore la
voix à la veille de ces échéances historiques, c’est par
amour pour notre peuple, dont nous partageons « les
joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses »
(Gaudium et Spes, n.1), et aussi en vertu de
notre mission de veilleurs et d’éveilleurs des
consciences.
Comme au prophète Ezéchiel qui,
pendant et après le siège de Jérusalem, fut
revêtu d’une mission de guetteur pour
prévenir les dangers physiques et moraux qui menaçaient
le peuple de l’Alliance, le Seigneur nous adresse cette
interpellation : « Toi aussi, fils d’homme, je t’ai fait
guetteur (…). Lorsque tu entendras une parole de ma
bouche, tu les avertiras de ma part » (Ez 33,7).
·
C’est donc à ce
titre que, depuis plus de 15 ans, « d’un seul cœur et
d’une seule âme » (Ac 4,32), nous avons
toujours engagé une lutte contre toute forme
d’exploitation et de paupérisation progressive et à
outrance de notre peuple, pour qu’il retrouve sa
dignité humaine ;
·
C’est aussi à ce
titre que nous avons toujours affirmé que l’intégrité
territoriale et la souveraineté de notre pays ne sont
pas négociables ;
·
C’est encore à
ce titre que nous avons levé l’option pastorale
d’assurer à notre peuple une formation appropriée à
travers le grand programme d’éducation
civique et électorale.
De cette façon l’Eglise catholique de aide le peuple à
acquérir les notions de base d’un Etat de droit et à
se former à une vraie culture démocratique.
·
C’est enfin à
ce titre que nous tirons aujourd’hui la sonnette
d’alarme, pour amener la communauté nationale et
internationale, pendant qu’il est encore temps, à
conjurer le mal et à poser de
nouvelles balises, pour que les élections qui sont déjà
à nos portes augurent des lendemains meilleurs.
« Après les élections » ne doit
pas être égal à « avant les élections ».
Quelles élections
voulons-nous ?
4.
Les élections
que nous voulons, et
pour lesquelles nous nous sommes investis, doivent
absolument se dérouler
- dans la légalité,
c’est-à-dire dans le respect scrupuleux des textes en
vigueur ;
- dans la vérité et la
transparence, sans fraude ni manipulation ;
- dans
l’apaisement, à l’exclusion de toute dérive
autocratique et de toute forme de violence d’où qu’elle
vienne ;
- dans la liberté et la
pleine responsabilité du peuple congolais, sans
aucune forme de contrainte ou de
pression « interne ou externe ».
5. Nous saluons
les pas significatifs déjà réalisés dans cette
direction :
- la détermination manifeste
du peuple congolais à aller aux élections ;
-
l’avancée dans la préparation
des matériaux des élections par la CEI ;
-
l’appui
logistique de la communauté
internationale et sa détermination à sécuriser la
période électorale ;
-
le
séminaire inter-institutionnel du mercredi 21 juin 2006
et sa décision d’organiser avant le 30 juin 2006 des
concertations entre les forces vives de la Nation, afin
de créer un climat apaisé avant la tenue des élections.
6. Cependant,
plusieurs situations encore inquiétantes nous
obligent à attirer l’attention des uns et des autres,
pour que les espoirs du peuple ne soient pas déçus. Les
plus préoccupantes sont :
·
Le
retard pris dans l’intégration et la formation d’une
unique armée républicaine,
qui n’est pas de nature à créer ce climat apaisé
souhaité par tous ni à rassurer les uns et les autres
d’une part et, d’autre part, à assurer l’acceptation par
tous du résultat des urnes ;
·
L’insécurité persistante à l’Est du pays
avec des poches de résistance actives, qui ne va pas
sans inquiéter toute personne éprise de paix ;
·
L’intimidation dont font
l’objet des journalistes et des acteurs politiques,
qui doit prendre fin conformément à la loi.
·
Des tentatives
et des menaces de blocage du processus électoral.
Concertations en vue d’un
climat apaisé
7. Eu égard à
ce qui précède, nous réitérons nos vœux, déjà exprimés
en juin 2005, de la tenue d’un dialogue positif de
concertation nationale entre les forces
socio-politiques significatives du pays.
Des telles concertations, qui ne
visent en rien à retarder les élections ni à
procurer un sursis à certains hommes politiques en mal
de positionnement et désireux de garder leurs
privilèges, peuvent se tenir dans une durée brève de
moins d’une semaine avant le 30 juin. Ce dialogue, que
nous voulons positif et consensuel, vise à
calmer les esprits et à pacifier les cœurs, afin que nos
élections se déroulent dans un climat général
de paix et de concorde nationale, de pardon et de
réconciliation. Il sera donc important de respecter
la volonté du peuple de ne pas « tourner en rond
indéfiniment ». Il faudra dès lors éviter des
discussions et débats interminables, qui briseraient la
dynamique déjà imprimée au processus électoral et nous
conduiraient de « transitions en transitions, de
rébellions en rébellions, de conférences en dialogues ».
8. Les points
suivants pourraient figurer à l’ordre du jour de ces
concertations :
- Trouver un consensus pour
définir la durée de la Transition au-delà du
30 juin 2006 ;
- Prendre les dispositions
nécessaires sur les modalités de gouvernement du
pays pendant la campagne électorale, à laquelle
seront occupés la plupart de membres des
Institutions du pays et dans l’attente de la mise en
place de nouvelles institutions issues des
élections ;
- Arrêter les stratégies
nécessaires à la formation effective d’une unique
armée républicaine en remplacement des
nombreuses milices agissant de manière incontrôlée ;
·
Examiner les
voies et moyens pour garantir l’observation, la
sécurité et la transparence des élections, afin
d’éviter des contestations ;
·
Accélérer la
publication de la liste des électeurs et des
candidats aux différentes échéances ;
·
Régler de
manière juste et équitable le problème de
l’exclusivité ;
·
Envisager un
pacte de non-agression et une signature de la fin
des hostilités.
Quelques exigences
9.
•
Pour la réussite des élections
nous demandons aux gouvernants de veiller à
sécuriser la population, à prendre toutes les
dispositions requises pour que le trésor public de
l’Etat ne soit pas détourné aux fins de la campagne
électorale, et que la gestion des affaires courantes
de l’Etat continue à être assurée.
·
Nous invitons
les acteurs politiques au respect du code de
bonne conduite qu’ils ont librement signé. Ils portent
une responsabilité devant l’histoire, celle de réussir
la Transition, de la terminer dans une atmosphère de
tolérance et de respect mutuel, de courtoisie et de
fair play. Nous les invitons à publier d’urgence
leurs chartes, projets de société et programmes de
gouvernement. Nous leur demandons d’être disposés à
accepter le verdict des urnes au nom du bien supérieur
de la nation.
·
Nous invitons
les nouveaux dirigeants qui sortiront des élections à se
mettre au service de toute la Nation et non
seulement de leurs partis. De même, nous rappelons à
ceux qui auront perdu les élections, qu’ils ont eux
aussi, une grande responsabilité devant Dieu et devant
l’histoire dans la sauvegarde de la paix sociale.
Il leur revient de jouer le rôle positif dévolu à
l’opposition politique dans une société
démocratique.
·
Nous exhortons
le peuple à dire non à toute forme de violence et à
la manipulation. Il ne peut en aucun cas vendre sa
conscience en échange des dons ni céder à la tentation
du tribalisme ou du régionalisme. Pour le contrôle des
élections, nous demandons à la population de suivre la
formation des observateurs et de participer à
l’observation électorale.
·
Les
jeunes en particulier, vous qui êtes l’avenir et
l’espoir du pays et de l’Eglise, nous vous demandons de
ne pas vous considérer comme des spectateurs, mais
plutôt comme des acteurs qui, par la force de votre
nombre et de votre engagement, devez contribuer
efficacement à l’édification de la Nation. Ne vous
laissez donc pas manipuler et instrumentaliser.
·
Nous réaffirmons
que l’Eglise catholique ne désigne aucun candidat à
quelque poste que ce soit. Elle ne soutient non
plus aucun parti politique mais invite les électeurs
à choisir, au moment du vote, des hommes et des femmes
qu’il faut aux places qu’il faut, « des hommes nouveaux,
avec un sens élevé de l’amour de ce pays, soucieux du
bien commun, rompus à la bonne gouvernance, ayant une
probité morale et une bonne capacité intellectuelle
doublée d’une expérience bien éprouvée ».
·
En ce moment
particulier de l’histoire de notre pays, nous prions
les professionnels des médias,
aujourd’hui plus que jamais, conformément au Code de
déontologie de leur métier, de « ne pas déformer,
dénaturer ou fausser, par leur formulation, par
insistance, grossissement, omission ou manipulation, les
opinions d’autrui, les titres ou les commentaires des
articles qui doivent être traités avec impartialité et
publiés de bonne foi » (Art. 9).
·
Enfin, quant à
la Communauté internationale, nous saluons
les efforts financiers et matériels très importants, qui
ont été consentis et déployés pour le soutien et la
sécurisation de notre pays, surtout en cette période
d’élections. Mais, nous sommes conscients du danger que
ce soutien international n’entraîne des tentations de
mise sous tutelle et d’imposition de choix qui ne sont
pas ceux du peuple congolais, dont la souveraineté, en
dépit de sa fragilité actuelle, doit être absolument
respectée.
Exhortation finale
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