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L'Afrique du Sud
protègera Jean-Pierre Bemba tant qu'il le
souhaitera
AFP
27 mar. 07 - 17h21
PRETORIA, 27 mars 2007
(AFP) - L'ancien vice-président de
République démocratique du Congo (RDC)
Jean-Pierre Bemba, hébergé depuis cinq jours
dans une résidence de l'ambassade d'Afrique
du Sud à Kinshasa, y restera tant qu'il le
souhaitera, a indiqué mardi le gouvernement
sud-africain.
"Bemba est toujours hébergé dans une
résidence appartenant à l'Afrique du Sud
(...) Il (y) restera jusqu'à ce qu'il juge
opportun de partir", a déclaré Aziz Pahad,
vice-ministre sud-africain des Affaires
étrangères, au cours d'un point de presse.
"L'Afrique du Sud est tenue de le protéger
par les conventions internationales", a-t-il
ajouté.
"Il n'a pas véritablement indiqué ce qu'il
avait en tête", a-t-il précisé.
Accusé par le pouvoir de "haute trahison"
pour "entretien de milice", jean-Pierre
Bemba, qui avait obtenu 42% des voix au
second tour de la présidentielle d'octobre
2006, a indiqué qu'il était prêt à partir en
exil si sa sécurité n'était pas garantie.
De violents affrontements ont opposé les 22
et 23 mars les Forces armées de RDC (FARDC)
et la garde rapprochée de Bemba, qui
refusait de voir ses hommes intégrer l'armée
régulière.
Ils ont fait "entre 200 et 500" tués, a
estimé mardi l'ambassadeur d'Allemagne à
Kinshasa.
Les violences à
Kinshasa ont fait "entre 200 et 500" morts
(diplomate UE)
AFP
27 mar. 07 - 12h38
KINSHASA, 27 mars 2007
(AFP) - "Entre 200 et 500" personnes ont été
tuées à Kinshasa lors des combats qui ont
opposé les 22 et 23 mars l'armée congolaise
et la garde de l'ex-vice-pré sident
Jean-Pierre Bemba, a estimé mardi
l'ambassadeur d'Allemagne à Kinshasa, au
cours d'une conférence de presse.
Karl-Albrecht Wokalek a indiqué que cette
estimation du nombre de victimes avait été
établie au vu des éléments d'informations
recueillis jusqu'à présent auprès de sources
hospitalières, humanitaires et
diplomatiques.
Le dernier bilan établi lundi par l'ONG
Caritas faisait état de 155 morts et 150
blessés graves.
"Il y a eu énormément de victimes civiles.
Des obus sont tombés dans la cité (quartiers
populaires de Kinshasa), dans des
habitations. On ne connaîtra probablement
jamais le nombre exact des victimes", a
déclaré l'ambassadeur britannique Andy
Sparkes, au cours de la même conférence de
presse.
Les ambassadeurs européens à Kinshasa,
réunis mardi à l'ambassade d'Allemagne, ont
fermement condamné "le recours prématuré à
la force alors même que toutes les voies de
la négociation n'étaient pas encore
épuisées" entre le gouvernement et le
sénateur Bemba, qui refusait de voir ses
hommes intégrer l'armée régulière.
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Réagissant au
point de presse du chef de l'Etat
L'UE : pas d'aide sans
opposition
Par Le Potentiel
Les
ambassadeurs européens à Kinshasa, réunis
mardi 27 mars 2007 à l'ambassade de la
République fédérale d'Allemagne, ont
fermement condamné «le recours prématuré à
la force ». Aussi, les diplomates
exigent-ils des autorités congolaises de
garantir la libre expression de toutes les
opinions politiques et d'appeler les forces
de l'ordre à la retenue et à la discipline.
Auparavant, au lendemain des incidents, l'
Union européenne avait affirmé « qu' elle ne
tolèrera pas que le processus démocratique
en RDC déraille».
Les chefs de Mission des
États membres de l'Union européenne
expriment leur indignation à la suite de
graves affrontements armés qui ont eu lieu à
Kinshasa, du 22 au 24 mars 2007, entre les
Forces armées de la République démocratique
du Congo (FARDC), d'un côté, et les éléments
assurant la protection personnelle du
sénateur Jean-Pierre Bemba, de l'autre.
Au cours d'une conférence
de presse animée à l'ambassade d'Allemagne à
Kinshasa, les diplomates européens ont
dénoncé la précipitation avec laquelle les
hommes en arme sont intervenus pour rétablir
de l'ordre. Ils déplorent ainsi « le recours
prématuré à la force, alors même que toutes
les voies de négociation n'étaient pas
encore épuisées ». Ils ont aussi déploré «
les moyens militaires mis en œuvre qui se
sont avérés inadaptés au regard des
objectifs visés ».
ENTRE 200 ET
500 MORTS
Les diplomates européens
ont déploré également la perte de nombreuses
vies humaines parmi lesquelles des civils. «
Entre 200 et 500 personnes ont été tuées à
Kinshasa lors des combats qui ont opposé les
22 et 23 mars l'Armée congolaise à la garde
de l'ex-vice-président Jean-Pierre Bemba »,
a estimé l'ambassadeur d'Allemagne à
Kinshasa.
Karl-Albrecht Wokalek a
indiqué que cette estimation du nombre de
victimes avait été établie au vu des
éléments d'informations recueillis jusqu'à
présent auprès des sources hospitalières,
humanitaires et diplomatiques. Entre-temps,
le dernier bilan établi lundi par l'Ong
Caritas faisait état de 155 morts et 150
blessés graves.
Ce qui est sûr est qu'il
y a eu énormément de victimes civiles. Des
obus sont tombés à la cité (quartiers
populaires de Kinshasa), dans des
habitations. « On ne connaîtra probablement
jamais le nombre exact des victimes », a
déclaré l'ambassadeur britannique, Andy
Sparkes, au cours de la même conférence de
presse.
PAS DE
DÉMOCRATIE SANS OPPOSITION
L'Union européenne
est-elle prête à recevoir le sénateur Bemba
pour un exil ? Rien n'a filtré clairement. «
Les négociations sont en cours », a lâché
l'ambassadeur allemand.
Par ailleurs, les
diplomates européens ont insisté sur
l'importance de l'opposition dans une
démocratie.
Ils en appellent au bon
sens du gouvernement congolais s'il veut
compter sur l'aide de l'Union européenne,
répondant ainsi à une question de la presse.
Mais l'aide, ce n'est pas pour le
gouvernement, c'est pour le peuple
congolais, dans les programmes de
développement, a-t-on tenu à préciser au
cours de ce point de presse de l'Union
européenne.
« Les autorités doivent
désormais tout mettre en œuvre pour assurer
l'existence d'un espace démocratique afin de
garantir la libre expression de toutes les
opinions politiques ». Chantage ? Pression
diplomatique? Toujours est-il que des
intervenants sont revenus plusieurs fois sur
cet aspect du problème au cours de cette
conférence de presse. « Au-delà des
personnes, il est important qu'il y ait une
opposition qui soit à mesure d'apporter des
critiques (constructives) aux actions du
gouvernement », a martelé le diplomate
allemand, Wokalek.. Car, a renchéri Carlo de
Filipi, représentant résident de l'Union
européenne en RDC, « quand on recourt à la
violence, la démocratie prend un coup… Nous
voulons voir le vrai engagement du
gouvernement pour le rôle d'une opposition
politique. ».
Visiblement, cette
flambée de violence a fait basculer la
capitale congolaise dans l' horreur et lui a
infligé un coup sévère au délicat processus
démocratique en RDC. « Ce n'est pas
nécessairement la mort (du processus de
démocratisation en RDC), mais ce processus a
reçu un coup sévère », a indiqué
l'ambassadeur britannique, Andy Spakers.
Dans leur communication,
les ambassadeurs européens n'ont pas passé
sous silence les graves violations des
normes internationales, concernant notamment
la protection des missions diplomatiques
ainsi que de leurs agents. Face aux actes de
pillage dont ont été victimes certaines
ambassades (Grèce, Espagne, Italie), les
diplomates ont dit avoir « pris acte des
excuses des autorités congolaise au plus
haut niveau ».
Nul doute qu' au regard
des assurances du président de la République
de ne pas entraver au bon déroulement du
processus politique en RDC, les observations
pertinentes des ambassadeurs de l'Union
européenne qui ressemblent à une épée de
Damoclès seront prises en considération par
le gouvernement.
Il est donc important de
se souvenir d'un certain mois de mai 1991
avec les événements du campus de Lubumbashi.
Si l'Union européenne a condamné l'existence
d'une quelconque milice, elle insiste sur la
poursuite normale du processus de
démocratisation en République démocratique
du Congo.
Elle avait prévenu
qu'elle ne tolèrerait pas que le processus
électoral en RDC déraille, surtout après
avoir été le grand bailleur de ce processus
et subi de nombreuses critiques liées à ce
processus électoral.
Cette conférence de
presse doit être considérée comme un sévère
avertissement à l'endroit du pouvoir.
"Kabila veut se
débarrasser de moi"
LE MONDE | 26.03.07 |
15h06
Jean-Pierre Bemba,
disparu depuis le 22 mars, a accordé, par
téléphone, dimanche 25 mars, un entretien à
l'envoyé spécial du Monde à
Kinshasa.
Etes-vous réfugié
à la résidence de l'ambassadeur d'Afrique du
Sud à Kinshasa, et pourquoi avez-vous
maintenu une milice armée après votre
défaite à l'élection présidentielle ?
Je ne peux absolument pas
vous dire où je me trouve, il en va de ma
sécurité.
Les hommes de ma garde ne
constituent nullement une milice, ce sont
des soldats détachés et rémunérés par les
forces armées régulières. Tous les accords
signés depuis trois ans me donnent droit à
ce détachement pour ma sécurité.
La réalité est que le
pouvoir de Joseph Kabila veut se débarrasser
de moi. Après ce qui m'est arrivé, plus
personne n'osera parler dans ce pays.
En quinze jours, deux
détachements de mille hommes ont été
déployés autour de ma résidence, créant des
tensions inutiles dans la ville. Il est
incroyable que dans un pays démocratique on
utilise les militaires pour intimider un
homme politique.
Jeudi (22 mars)
, au moment où les affrontements ont
commencé, des négociations sur la taille de
mon équipe de protection rapprochée devaient
justement débuter. Ils ne sont en réalité
que 200, dont la moitié à Kinshasa.
L'attaque faisait partie d'un scénario
préparé pour évacuer tout débat.
Si je n'obtiens aucune
garantie, je partirai (en exil) .
Mais je compte sur les Nations unies et la
communauté internationale pour assurer ma
sécurité.
Nous sommes à un tournant
de notre histoire, car si on continue de
décapiter l'opposition, une nouvelle
dictature se mettra en place. On reviendra
alors quarante ans en arrière, au début du
régime de Mobutu et du règne de son parti
unique. Les 450 millions de dollars dépensés
par les Occidentaux pour les élections
n'auront servi à rien.
Propos recueillis par Ph. B.
Article paru dans
l'édition du 27.03.07
Autour des
affrontements des 22 et 23 mars 2007
La Belgique inquiète
pour la démocratie en RDC
Par Freddy Monsa Iyaka
Duku
L'heure est aux leçons à
tirer sur les derniers événements qui ont
marqué le processus politique en République
démocratique du Congo. Le président de la
République s'en est expliqué en insistant
sur la dimension sécuritaire, écartant celle
politique. Mais les partenaires n'en
finissent pas d'analyser les derniers
incidents. Ils sont inquiets pour la
poursuite du processus politique en
République démocratique du Congo. Tel est le
cas de la Belgique
Les derniers
affrontements des 22 et 23 mars entre les
éléments des FARDC et ceux de la garde
rapprochée de l'ancien vice-président de la
République, Jean-Pierre Bemba, demeurent
d'actualité. En Belgique, les commissions
des Affaires étrangères et de la Défense se
sont réunies et les séances ont été marquées
par des débats houleux sur cette question.
En fait, il s'est dégagé
au cours de ces débats, « la crainte d'une
dérive autocratique du pouvoir de Kinshasa
». Selon Dirk Van der Maelen, député de SPA,
« l'évolution qu'on constate est inquiétante
pour la démocratie ».
De son côté, Karel De
Gucht, ministre belge des Affaires
étrangères ne s'est pas beaucoup montré
optimiste : « Nous devons réfléchir à
l'opposition au Congo, car une chose est
certaine, il faut lui donner un rôle »,
a-t-il déclaré.
D'où la question de
savoir si un rôle à l'Opposition est
imaginable et crédible sans son principal
dirigeant ? A cette interrogation, de
nombreux parlementaires belges soulignent
que «croire qu'on peut ignorer 40 pour cent
de la population, en référence aux électeurs
qui avaient accordé leur confiance à
Jean-Pierre Bemba au second tour de
l'élection présidentielle serait une grosse
erreur politique ». Aussi, ont-ils convenu
que le chef de la diplomatie belge
s'entretienne de cette question, qualifiée
de cruciale, avec les autorités congolaises
lors de son voyage projeté au mois d'avril
prochain à Kinshasa.
LA POLITIQUE BELGO -
CONGOLAISE
Ce n'est pas la première
fois que les commissions des Affaires
étrangères et de la Défense du Parlement
belge se réunissent pour débattre des
questions belgo-congolaises. L'on se
rappellera qu'à l'annonce du voyage du Roi
des Belges en RDC, cette question avait
suscité un débat houleux sur l'opportunité
de ce voyage alors que les élections
venaient seulement d'avoir lieu.
Des personnalités belges
avaient qualifié cette décision de
prématurée comme si l'on voulait conférer
une certaine légitimité internationale aux
nouveaux dirigeants congolais. Le voyage qui
avait été prévue pour le 15 mars a été
reporté sine die.
Vint le « faux pas » de
André Flahaut, ministre belge de la Défense
de décerner le titre de Docteur honoris
causa de l'Ecole royale militaire au
Président Kabila. Vive polémique politique
entre les Libéraux et les Socialistes. La
décision a été qualifiée d'unilatérale et
d'inadmissible sans l'avis des autorités
académiques et militaires de l'Ecole Royale
militaire.
Enfin, Louis Michel,
Commissaire européen au Développement et à
l'Aide humanitaire, s'est expliqué le 15
mars devant les commissions belges sur la
conditionnalité de l'aide à accorder à la
République démocratique du Congo. Si Louis
Michel est pour « la liberté qui doit être
laissée à Kinshasa pour utiliser les fonds
d'aide à la relance », d'autres partenaires
s'y sont opposés et sont favorables « à une
forte coordination entre bailleurs de fonds
pour que le Congo aille dans la bonne
direction ».
Car, pour ces derniers,
il faut une gestion surveillée tant sur la
restauration de la démocratie que la bonne
gestion des fonds. Voilà que les
affrontements des 22 et 23 mars viennent de
leur donner raison, en quelque sorte,
suscitant ainsi ce débat au parlement belge.
Il est un fait indéniable que tous ces
débats tournent autour de la politique belge
au Congo en prévision de prochaines
élections belges qui se dérouleront
incessamment en Belgique.
Dans ce contexte précis,
les Libéraux et les Socialistes ont de la
matière pour la campagne électorale.
REFROIDISSEMENT DES
RELATIONS ?
Cette éventualité a été
déjà évoquée avec cette distinction de l'Ecole
royale militaire. Mais elle a été vite
balayée avec la tenue à Kinshasa de la
réunion de la Commission mixte
belge-congolaise. La Belgique a même accru
son enveloppe financière sur la coopération
qui est passée de 70 à 195 millions d'euros.
Cependant, le ministre
belge à la Coopération, Armand de Decker,
avait rajouté en invitant les « dirigeants
congolais à effectuer une révolution de
culture » pour s'appuyer sur la bonne
gouvernance. En d'autres termes, la Belgique
n'accorderait pas un chèque en blanc aux
Congolais, mais cette aide sera libérée
progressivement au regard des efforts que
les dirigeants congolais auront à fournir
dans le cadre de la bonne gouvernance, au
sens large du terme. D'ailleurs, Van de
Maelen qualifiait les déclarations du
gouvernement congolais de « bonnes
intentions »
Comme pour anticiper ces
débats qui se déroulent au Parlement belge,
le chef de l'tat, Joseph Kabila, a donné une
réponse à toutes ces inquiétudes belges,
niant catégoriquement vouloir instaurer un
pouvoir autocratique : « Je serai la
dernière personne. Cette question unique
relève de la haute trahison », a affirmé le
chef de l'Etat. Il est un fait que d'autres
partenaires européens observent de près le
déroulement des débats au Parlement belge
sur la question congolaise.
En cas de refroidissement
des relations entre les deux pays, sous le
prétexte « d'ingérence dans les affaires
intérieures d'un Etat souverain », il est
fort possible que d'autres partenaires
européens s'aligneront derrière l'attitude
qu'adoptera la Belgique vis-à-vis de la
République démocratique du Congo.
Ou, si par aventure
politique, les derniers affrontements
imposaient un coup d'arrêt au processus de
démocratisation en RDC, vers justement ce
pouvoir autocratique, les pays européens
prendront de la distance vis- à-vis de la
RDC. En d'autres termes, l'aide tant
attendue ne viendra jamais.